Dans quelques mois seulement, la Nouvelle-Zélande va devenir le plus gros poisson de la marre OFC. Polémique ou pas, la décision de l'Australie de rejoindre la zone AFC aura pour première conséquence de propulser ses voisins des mers australes sur le devant de la scène continentale.

Très discrète depuis sa participation à la Coupe des Confédérations de la FIFA, France 2003, la sélection néo-zélandaise risque de se trouver face à un défi à la mesure de celui relevé par le grand rival australien.

Dans une nation tout entière dévouée au sport, le football kiwi peut compter sur une base solide. Et malgré l'omniprésence du rugby, le ballon rond reste le sport le plus pratiqué chez les jeunes. Des fondations saines sur lesquelles les dirigeants fédéraux ne sont toujours pas parvenus à bâtir un édifice stable. Le championnat national peine à prendre racine. Quant à la sélection nationale, sa position géographique ne fait rien pour rehausser un niveau de jeu parfois proche du calamiteux.

Une chance à saisir
Au vu de tous ces handicaps, qui pourrait donc croire que le football néo-zélandais est à l'aube d'une renaissance annoncée ? C'est pourtant bien le cas, même si les Kiwis ne doivent ce salut qu'à la décision des Aussies d'aller se frotter aux gros bras de la zone asiatique. Si certains ont déploré la défection du frère ennemi, d'autres, en revanche, accueillent la nouvelle avec grand enthousiasme.

Après deux décennies d'un règne australien sans partage qui a vu les Socceroos truster quasiment toutes les places qualificatives aux différents tournois de la FIFA, les sélections All Whites (féminines, juniors, futsal, etc) comptent bien désormais s'engouffrer dans le trou béant laissé par les jaune et vert.

Bien sûr, les équipes des îles du Pacifique ne l'entendent certainement pas de cette oreille, notamment des formations comme Vanuatu et les Iles Salomon, dont les progrès ont été spectaculaires ces dernières années. Cependant, pour la plupart des équipes arborant la fougère argentée, la route qui mène aux grands tournois internationaux paraît plus dégagée que jamais.

Pourtant, cette année encore, les parents pauvres des All Blacks n'ont pas pu aligner une équipe dans le tournoi qualificatif du Championnat du Monde U-17 de la FIFA. Toutefois, avec deux places qualificatives attribuées à la zone OFC pour l'édition 2007, les Kiwis espèrent bien faire leur grand retour sur la scène internationale junior, six ans tout juste après avoir organisé cette même compétition chez eux.

 

Quand les All Whites broient du noir
De là à pouvoir envisager une nouvelle qualification pour la grand-messe du football mondial, leur seule participation remontant à la Coupe du Monde de la FIFA, Espagne 1982, il y a encore un pas à ne pas franchir. Depuis qu'ils ont remporté la Coupe d'Océanie des Nations en 2002, les Kiwis ont traversé une bien mauvaise passe, touchant même le fond cette année lors des qualifications pour Allemagne 2006 et leur élimination précoce dès les phases de groupe.

Depuis qu'ils ont quitté les éliminatoires par la petite porte en juin dernier, les hommes des antipodes n'ont joué qu'une seule fois (défaite 1:0 face à l'Australie). Preuve, s'il en est, du manque de matches dont souffre l'équipe nationale, le derby océanien a eu lieu au cœur de Londres, à Craven Cottage, antre du Fulham FC. Avec un tel déficit de rencontres jouées, la Nouvelle-Zélande n'a cessé de dégringoler au Classement FIFA/Coca-Cola, passant de la 47ème position il y a deux ans, à la 116ème actuellement.

"C'est frustrant", déclare sans ambage Graham Seatter, président de la Fédération néo-zélandaise, avant de poursuivre : "Le seul moyen de jouer des équipes qui sont devant nous [au classement] est de les jouer en amical. Mais les matches amicaux sont assez difficiles à organiser".

Le fait que des dizaines d'internationaux en puissance soient allés monnayer leur talent loin de leurs terres, notamment en Europe et en Amérique du Nord, n'aide pas non plus.

"Nous n'arrivons pas à aligner nos meilleurs joueurs et nos adversaires ont le même problème. Pour les matches à l'extérieur, nous sommes privés de droits de retransmission. D'où pas mal de problèmes", déplore Seatter.

Pour Ricki Herbert, nouveau sélectionneur et ancien d'Espagne 82, la tâche s'annonce des plus rudes. Lors de la prochaine sortie de ses protégés, nul doute qu'il s'appuiera sur son capitaine et défenseur des Blackburn Rovers, Ryan Nelsen, pour montrer l'exemple. Nelsen est actuellement "l'argent sur la fougère" du football kiwi. Il est d'ailleurs le premier Néo-zélandais à évoluer en Premier League anglaise. Des débuts effectués en 2004, juste après le titre de Major League Soccer remporté avec DC United, l'équipe de la capitale américaine.

Parmi les autres cadres de l'équipe, on peut également citer Ivan Vicelich, souvent titulaire dans son club de Roda JC Kerkrade aux Pays-Bas, ainsi que le duo "anglais" Chris Killen (Oldham Athletic) et Dave Mulligan (Doncaster Rovers). Depuis longtemps, l'Amérique du Nord constitue une autre terre d'asile pour les footballeurs néo-zélandais, les exemples les plus récents étant Simon Elliott et Duncan Oughton, deux joueurs qui connaissent une belle réussite en MLS, avec leur club de Colombus Crew.

Pour les féminines aussi, les Etats-Unis représentent une destination de choix, avec plus d'une douzaine de joueuses évoluant actuellement dans les championnats universitaires.

Le championnat muscle son jeu
Malgré cet exil massif, les signes encourageants ne manquent pas. La meilleure équipe du pays, les New Zealand Knights, a beau avoir préféré rejoindre la toute récente A-League australienne, la concurrence n'en reste pas mois extrêmement forte entre les autres clubs de l'élite nationale.

En octobre 2004, un championnat entièrement remodelé a vu le jour. Le New Zealand Football Championship est composé de huit clubs représentant les principales villes du pays, à savoir : Auckland City, Canterbury United, Hawkes Bay United, Otago United, Team Wellington, Waitakere United, Waikato FC et Youngheart Manawatu. Les férus de géographie auront noté la bonne répartition entre Ile du Nord et Ile du Sud, les deux principales terres d'Aotearoa.

Avec dans ses rangs plus d'une douzaine de All Whites, anciens ou actuels, le niveau du championnat est monté d'un cran. Conséquence : les meilleurs joueurs du Pacifique commencent à affluer. C'est le cas de Commins Menapi, Aleck Maemae et Nelson Sale, les stars des Iles Salomon qui, tout auréolés de leurs bonnes prestations face à l'Australie, ont signé pour Youngheart Manawatu de Palmerston. Dans la plus grande ville du pays, les champions en titre d'Auckland City pourront encore compter sur Reginald Davani, leur attaquant vedette venu de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Autre signe qui ne trompe pas, de grosses pointures australiennes, avec à leur tête l'ancien Socceroo Pablo Cardozo, ont posé leurs valises en terre kiwi. Preuve que la traversée de la Mer de Tasmanie ne se fait plus en sens unique. Tout à la pointe sud du pays, on notera l'arrivée de l'ancien international irlandais Terry Phelan, qui a pris les commandes du club d'Otago United en tant qu'entraîneur-joueur.

Côté spectateurs, on répond présent puisque l'affluence moyenne a triplé par rapport à la saison précédente, avant que la nouvelle formule ne soit lancée. Alors que l'ombre du géant Aussie s'estompe peu à peu, toutes les conditions sont enfin réunies pour que la fougère néo-zélandaise puisse enfin pousser.