Au Real Madrid comme en sélection nationale, Iker Casillas n'a pas de souci à se faire sur le côté droit de sa cage. A 30 ans, son infatigable et fidèle acolyte, Míchel Salgado, est au sommet de son art. A un pas du sésame pour Allemagne 2006 avec l'Espagne et qualifié pour les huitièmes de finale de la Ligue des champions avec son club, qui a retrouvé sa place dans le haut du classement de la Liga, le défenseur galicien pourrait bien faire une saison parfaite pourvu que les blessures l'épargnent.

"Je me sens très bien. C'est vrai que ça peut m'arriver d'avoir une baisse de régime, mais en ce moment je suis plein d'énergie et d'envie. Je sens que j'ai la force nécessaire pour continuer à ce niveau très élevé", confie Míchel à FIFA.com dans une interview exclusive.

C'est donc dans d'excellentes dispositions qu'il entame une saison extrêmement exigeante pour un footballeur qui aspire non seulement à remporter les trois titres brigués par son club, mais également à faire le voyage jusqu'en Allemagne pour défendre les couleurs de son pays. "C'est une saison difficile, reconnaît-il, mais après plusieurs années à ce rythme, on finit par s'habituer. Le calendrier est très serré et ce qui me préoccupe le plus, ce sont les blessures et mon état physique à la fin de la saison.

Les matches s'enchaînent et on n'a pas le temps de récupérer. On accumule cette fatigue dans les jambes et dans la tête. Le travail psychologique est très important pour les joueurs", ajoute-t-il.

Le défenseur, qui évolue depuis sept ans sous le maillot madrilène, fait désormais figure d'autorité lorsqu'il s'agit de sonder le cœur merengue. S'il affiche les mêmes aspirations et la même audace qu'à son arrivée dans la capitale espagnole, ses grandes qualités sont aujourd'hui accentuées par la maturité et l'expérience acquises au fil de ces années d'efforts dans un des clubs les plus exigeants du monde.
 
"Avoir un mental en béton"

D'ailleurs, comment un joueur aussi humble et "normal" réussit-il à survivre dans un vestiaire truffé de "galactiques" ? "Je ne survis pas parce que je me considère fort, important. Je connais mon travail et mon rôle au sein du groupe. A ce niveau, il est vital d'avoir un mental de béton et de ne jamais baisser la garde, pas même un seul jour, explique-t-il.

Ici, il n'y a pas de superstar, il y a seulement une équipe avec de très bons joueurs. Peut-être que ça intéresse la presse de faire croire ça, qu'il y a des footballeurs d'une autre galaxie, mais ça nous fait du tort, rien de plus. Pour gagner des titres, il faut une bonne équipe, parce que personne ne peut gagner un match tout seul. La seule chose importante c'est d'avoir à Madrid un groupe fort, respecté de ses adversaires", continue-t-il.

Troisième du classement du championnat espagnol, le club madrilène n'est qu'à une victoire de la première place et à un point de son éternel rival barcelonais, qu'il recevra samedi prochain au stade Santiago Bernabéu. "Tous les clubs ont fait un début de saison irrégulier. On a été leaders et maintenant, on est à trois points de la première place. Ça se passe comme ça parce que les clubs ont un niveau de plus en plus homogène et que les footballeurs disputent chaque saison plus de matches", explique le latéral.

"Les grandes équipes jouent sans temps de récupération et n'ont quasiment pas le temps de préparer un match. Le corps n'est pas une machine. Ces clubs finissent par souffrir plus parce qu'il est impossible de tenir le rythme de trois compétitions à fond et de toutes les gagner", réplique le footballeur à ceux qui reprochent aux Madrilènes un début de saison quelque peu irrégulier.

Certaines critiques à l'encontre de l'équipe mettent en cause une mauvaise forme physique. "Je ne suis pas du tout d'accord avec ça. Si nous n'étions pas en forme, le Real Madrid ne serait pas remonté comme il l'a fait. On a perdu deux matches d'affilée et ensuite on a pris la tête du classement une fois de plus. Ç'aurait été impossible si on n'était pas en forme".

Alors que d'autres détracteurs dénoncent un style de jeu peu convaincant, Míchel, qui accepte que tous les supporters ne partagent pas la même vision du jeu, préfère ne pas entrer dans ce genre de débat. En tant que membre de l'équipe, il défend les siens et espère que le temps leur donnera raison. "Nous devons nous soucier d'arriver au mois de mars dans de bonnes conditions pour les trois compétitions : la Ligue des champions, le championnat, évidemment, et si possible la Coupe d'Espagne. A partir de là, on entamera le sprint final, c'est à ce moment là que se gagnent les compétitions".

"On a de la chance de jouer dans cette équipe"
"On doit être réguliers, essayer de ne pas faire de faux-pas et de corriger les éventuelles erreurs. Deux ou trois défaites d'affilée peuvent coûter très cher", déclare le Galicien, interrogé sur la clé du succès.

A deux matches de la fin de la phase de groupes, les Madrilènes sont déjà qualifiés pour les huitièmes de finale de la Ligue des Champions de l'UEFA. Le 23 novembre prochain, ils recevront les Lyonnais, contre lesquels ils se sont inclinés 3:0 à l'aller. De toute évidence, le duel s'annonce très différent de celui du début de la compétition.

"C'est l'entraîneur qui décidera mais on est déjà qualifiés et on n'a peu de chances d'être premiers du groupe, alors il faut penser que ces deux dernières rencontres sont une bonne occasion de se concentrer sur le championnat et, pourquoi pas, de faire tourner l'effectif, d'équilibrer un peu les choses", avance le défenseur.

Car la saison est longue et difficile et la lutte perpétuelle pour défendre une place de titulaire très convoitée peut se révéler épuisante. "Bien sûr, il y a des jours sans. Mais on se rend rapidement compte de la chance qu'on a de jouer dans cette équipe. Le football est tout pour moi et jouer au Real Madrid est un privilège… Un privilège qui apporte son lot de souffrances et de récompenses".

Ce privilège suppose aussi quelques sacrifices, tout particulièrement pour un homme aussi simple que Salgado. "On n'a pas assez de temps pour profiter de la famille et mener une vie normale, comme aller dîner entre amis ou en couple un samedi, faire du surf régulièrement et voyager, comme j'aimerais le faire."

"Pour le moment je ne pense à rien d'autre qu'à continuer de remporter des titres et rester au Real Madrid pour les quatre prochaines années. Ce serait idéal de terminer ma carrière ici", conclut malgré tout l'international.