Peu d'événements sportifs au monde peuvent se targuer d'attiser les mêmes passions que les Real Madrid - Barcelone. Samedi 19 novembre à 20h00 (CET), toute l'Espagne ou presque, une bonne partie de l'Europe et bien d'autres téléspectateurs du monde entier seront rivés à leur petit écran pour suivre un des deux chocs annuels entre l'équipe de la capitale et le principal représentant de la Catalogne.
Comme les 80 000 heureux détenteurs d'un précieux sésame pour le stade Santiago Bernabeu, la plupart de ceux qui regarderont le match auront choisi leur camp. S'il ne constitue pas un derby à proprement parler, le match entre les Merengues et les Blaugranas en véhicule tout le vécu et toutes les caractéristiques. Real - Barça représente une des plus farouches rivalités dans le monde du sport.
D'aucuns affirment que ce clásico est à des années-lumière d'un match traditionnel de championnat. Aujourd'hui encore, l'enjeu du match va bien au-delà de l'aspect purement sportif. Alors que le gouvernement espagnol planche sur une nouvelle constitution qui renforcerait l'indépendance de la région de Catalogne, le duel continue à véhiculer des valeurs de liberté et d'honneur.
Et tous les gladiateurs qui descendent dans l'arène (dont la plupart ne sont d'ailleurs plus Espagnols ni Catalans) se sentent investis d'une mission très importante.
Le premier choc des titans de cette saison se présente sous les meilleurs auspices. Jamais peut-être il n'a réuni plus belle brochette de vedettes. Au sein de la Casa Blanca, Zinédine Zidane, Ronaldo (Joueurs Mondiaux de la FIFA), Raúl, David Beckham, Roberto Carlos et le tout jeune Robinho forment l'ossature d'une équipe de rêve. Les Culés opposent au Real un onze alignant notamment Ronaldinho (l'actuel Joueur Mondial de la FIFA), Samuel Eto'o (Joueur Africain de l'Année), Deco, Xavi et le sensationnel jeune Argentin Lionel Messi.
A la tête des deux équipes, on retrouve le Brésilien Vanderlei Luxemburgo, dont la poigne a permis de rétablir la fâcheuse posture du Real après la trêve hivernale la saison dernière, et le Néerlandais Frank Rijkaard, qui a permis aux Blaugranas de décrocher leur premier titre en six saisons.
Un battage médiatique qui se vérifie
A chaque derby, un élément nouveau fait son apparition pour épicer un plat qui ne manque pourtant jamais de sel. Transféré en Espagne par le Real Madrid puis prêté à Majorque, Samuel Eto'o brillait de mille feux avec le club insulaire avant d'être débauché par Barcelone l'été dernier.
Pour ce match, il aurait déjà été au centre de toutes les attentions sans les commentaires qu'il avait adressés au club de la capitale lors de la parade triomphale du Barça la saison dernière. Avec 24 buts, le Camerounais a joué une part prépondérante dans le sacre du Barça. Et il a pris la dangereuse habitude de marquer contre ses anciennes couleurs.
"Il n'y a jamais de moment idéal pour se rendre à Bernabeu, déclare l'Africain, qui a pourtant trouvé le chemin des filets à six reprises face aux Castillans, notamment lors des deux matches du dernier championnat. L'année dernière, nous en sommes revenus avec quatre buts dans nos valises. Même si l'enjeu n'est que de trois points, gagner contre le Real fait du bien au moral et à l'ego."
Le clásico est précédé d'un tel battage médiatique qu'on se dit à chaque fois que le match ne pourra pas être à la hauteur des attentes. Et pourtant, celles-ci se vérifient invariablement. En Espagne, la manière est aussi importante que le résultat. A l'image du combat où les deux boxeurs refusent de céder, les joutes Real - Barça sont traditionnellement marquées par un engagement total jusqu'au coup de sifflet final.
"On essaie toujours de jouer pour faire plaisir à nos supporteurs, déclare le polyvalent défenseur de Madrid et de la sélection nationale Iván Helguera. Avec les joueurs que nous possédons, on ne peut de toute façon pas faire autrement."
Une lutte à couteaux tirés
Depuis le premier match remporté par Barcelone à Madrid, en 1902 (1:3), les buts ont souvent plu. En un siècle, chacune des deux équipes a subi de cuisantes défaites. En 1935, le Real Madrid corrige son éternel rival sur le score de 8:2 dans la capitale. En 1951, Barcelone, emmené par le Hongrois Ladislau Kubala, balaye son vieil ennemi 7:2 sur les Ramblas.
Quelques années plus tard, les deux clubs se disputent Afredo Di Stéfano, qui va finalement choisir les Merengues. Mais Barcelone fait à nouveau la joie de ses supporteurs en s'imposant 5:1. Puis, Di Stéfano venge sa nouvelle équipe en marquant deux buts lors d'une plantureuse victoire du Real 5:0. Vingt ans plus tard, en 1974, c'est l'illustre Johan Cruyff qui en fait voir de toutes les couleurs aux Madrilènes en aidant Barcelone à s'imposer 5:0 au Bernabeu.
En 1994, le Néerlandais, devenu entraîneur, voit son club écraser le Real 5:0 au Nou Camp grâce à trois buts du génial Romario. L'année suivante, le même score s'affiche au marquoir du stade Bernabeu, mais ce sont cette fois les hommes de Cruyff qui sont les dindons de la farce, victimes d'un époustouflant coup du chapeau du Chilien Iván Zamorano.
Ambiance de derby
Les deux équipes ont atteint un tel niveau de popularité et de puissance que beaucoup des plus grands joueurs de la planète ont connu l'ambiance folle d'un clásico à Bernabeu ou au Camp Nou. Côté madrilène, Di Stéfano, Ferenc Puskas, Gento, Santillana, Hugo Sánchez, Emilio Butragueño et Michel ont tour à tour fait la pluie et le beau temps à Bernabeu.
Côté Barça, Kubala, Luis Suárez, Cruyff, Diego Maradona, Hristo Stoitchkov, Rivaldo et Romario ont joué avec fierté les premiers rôles sur les Ramblas. "Pour n'importe quel joueur, Real Madrid - Barcelone constitue le summum, déclare l'ancien capitaine de Madrid et de l'équipe d'Espagne Fernando Hierro. Quand ton équipe gagne, tu sais combien c'est important pour les supporters. Se donner à 100 % n'est pas suffisant. Il faut se dépasser."
L'attaquant anglais Gary Lineker fouille dans ses souvenirs : "Je savais que ce match était un peu la Catalogne contre le reste de l'Espagne. J'étais comme un petit soldat de l'armée catalane."
Le nombre de supporters, de journaux et, désormais, de caméras de télévision augmentant d'année en année, la controverse guette à chaque décision. Et l'atmosphère n'est jamais aussi électrisée que lorsqu'un joueur ose troquer la vareuse des Blaugranas pour celle des Madrilènes, ou vice-versa. Di Stefano, Bernd Schuster, Michael Laudrup, Luis Enrique ont ressenti la colère que cette trahison pouvait susciter. Plus récemment, Luis Figo en a fait l'amère expérience.
Côté chiffres, c'est le Real Madrid, élu club du XXème par la FIFA, qui tient la corde, avec 64 victoires en championnat, pour 57 à Barcelone et 27 nuls. Les Madrilènes présentent également un palmarès plus étoffé, avec 29 titres de champion contre 17 et 9 Coupes d'Europe contre une seule au Barça.
Mais la vitrine aux trophées des Catalans se remplit lorsque l'on tient compte des matches amicaux et des matches de coupe. Le Barça a ainsi remporté 25 Coupes d'Espagne contre 19 à Madrid, raflé la Coupe des Vainqueurs de Coupe à quatre occasions et inscrit à son palmarès trois Coupes de l'UEFA pour deux au Real. Les Merengues ont quant à eux remporté la Coupe Intercontinentale/Toyota à trois reprises. C'est le seul trophée qui manque à Barcelone.
Si certains aspects négatifs émaillent la fantastique rivalité des deux équipes, elles doivent une bonne part de leur réussite à l'émulation. Non, décidément, on imagine mal le Real Madrid sans Barcelone et Barcelone sans le Real Madrid. Car, hormis leurs épisodiques confrontations directes, la prospérité des deux clubs semble aller de pair.
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Real Madrid
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| Fondé | 6 mars 1902 |
| Stade | Santiago Bernabeu |
| Capacité | 80 354 |
| Palmarès | 29 titres nationaux, 9 Coupes d'Europe, 3 Coupes Intercontinentales/Toyota, 19 Coupes d'Espagne, 2 Coupes de l'UEFA |
| Président | Florentino Perez |
| Entraîneur | Vanderlei Luxemburgo |
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FC Barcelona
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| Fondé | 29 novembre 1899 |
| Stade | Camp Nou |
| Capacité | 98 000 |
| Palmarès | 17 titres, 1 Coupe d'Europe, 25 Coupes d'Espagne, 4 Coupes des Vainqueurs de Coupe, 3 Coupes de l'UEFA |
| Président | Joan Laporta |
| Entraîneur | Frank Rijkaard |