On dit qu'une telle chose ne s'était produite qu'une seule fois par le passé. Alors que l'arbitre mettait un terme à ce nouveau "clásico" entre le Real Madrid et le FC Barcelone, les habitués du stade Santiago Bernabeu se sont levés comme un seul homme pour saluer l'équipe adverse. Pour une fois, la rivalité entre les deux équipes était oubliée, l'espace d'un instant. Il faut dire que la performance de Ronaldinho fut si inspirée que même les plus fidèles supporters madrilènes n'ont pu s'empêcher de faire à l'artiste brésilien la standing ovation que son talent mérite.

Un peu plus tôt dans la semaine, Diego Maradona, l'autre joueur blaugrana a avoir reçu les félicitations des Merengues, avait désigné le meneur de jeu brésilien du FC Barcelone comme le meilleur joueur de la planète. Ce samedi, devant plusieurs millions de téléspectateurs originaires de 51 pays, 80 000 supporters madrilènes et face à quelques-uns des meilleurs joueurs de la planète, l'imprévisible et souriant milieu de terrain barcelonais s'est appliqué à lui donner raison.

L'équipe dirigée par Frank Rijkaard mène déjà 1:0 face aux Zinédine Zidane, Ronaldo, Raúl, David Beckham et autres Robinho lorsque le Joueur Mondial de l'Année de la FIFA 2004 récupère le ballon au milieu du terrain. On approche alors de l'heure de jeu et Ronaldinho se retrouve dans sa position préférée, légèrement excentré sur la gauche.

Sur sa lancée, il évite le tacle de Michel Salgado, efface Iván Helguera et place une frappe d'une qualité exceptionnelle au premier poteau. Iker Casillas, le gardien international espagnol, est si surpris qu'il n'esquisse pas le moindre geste pour tenter d'arrêter le ballon.

Peu d'équipes seraient capables de se relever après avoir encaissé un but pareil. Et dix-huit minutes plus tard, l'ancien joueur du Paris Saint-Germain remet ça. Cette fois, il est servi plus près de la surface de réparation, avec un seul défenseur sur sa route, mais cela ne l'empêche pas de régaler à nouveau le public. D'une superbe feinte de corps, il se débarrasse de Sergio Ramos avant de conclure froidement en glissant le ballon hors de portée de Casillas, au second poteau.

Les supporters du Real Madrid, réputés grands connaisseurs de football, ne s'y trompent pas et récompensent l'artiste comme il se doit, par une salve d'applaudissements. "Cela m'a vraiment touché de voir nos adversaires les plus acharnés m'applaudir, confiait le jeune homme à l'issue de la rencontre. Ce sont des moments rares dans la carrière d'un joueur et c'est un souvenir que je chérirai longtemps."

Mais les spectateurs du stade Santiago Bernabeu ne sont pas les seuls à féliciter le Brésilien. "Ronaldinho a fait la différence à lui seul", explique Vanderlei Luxemburgo, l'entraîneur du Real, interrogé sur la contre-performance de son équipe.

"En seconde période, il nous a vraiment impressionnés avec sa rapidité, son toucher de balle et sa technique", s'émerveille Rijkaard. "C'est sans doute la meilleure performance de Ronaldinho", constate pour sa part Robinho, le jeune prodige du Real dont on attend aussi beaucoup.

Débuts en fanfare pour Messi
C'est pourtant un autre débutant qui fait parler de lui lors des premières minutes de la rencontre. L'Argentin Lionel Messi, titularisé au poste d'ailier droit en lieu et place de Ludovic Giuly, fait des débuts fracassants. Souvent comparé à Maradona, Messi pose énormément de problèmes à Roberto Carlos, déboussolé par la vivacité du jeune homme.

A la 14ème minute, Messi se lance à nouveau dans une longue chevauchée vers le but et trouve Samuel Eto'o. Le Camerounais, dont la presse a beaucoup parlé avant la rencontre, fait taire les supporters madrilènes en concluant l'action lancée par son partenaire et en ouvrant le score en faveur des visiteurs.

Grâce aux efforts incessants de Deco et Xavi au milieu du terrain, ainsi qu'à la vigilance du capitaine Carles Puyol en défense, les attaquants madrilènes se retrouvent le plus souvent privés de ballons. Entré en cours de jeu, Julio Baptista se procurera bien une occasion en fin de rencontre, mais, dans l'ensemble, ce choc entre les deux géants espagnols fut l'un des moins équilibrés en près de 103 ans d'histoire.

"Quitter cette pelouse sous les applaudissements des supporters du Real, c'est vraiment quelque chose d'extraordinaire", remarquait Puyol. Le fait n'a peut-être qu'une importance symbolique, mais Rijkaard est devenu du même coup le premier entraîneur barcelonais à s'imposer par deux fois à Bernabeu. Deux ans après son premier triomphe dans la capitale espagnole, le Néerlandais a conduit les Blaugranas à leur 14ème victoire à Madrid.

"Nous ne sommes pas entrés dans l'histoire, tempérait-il. Pour cela, il nous faudrait remporter le championnat." Si le Barça est encore loin des 29 titres et des 9 Coupes d'Europe remportés par son rival madrilène, Frank Rijkaard semble avoir mis en place une équipe jeune et suffisamment talentueuse pour réduire l'écart entre les deux clubs au cours des prochaines années.