Début août 2006, les journaux turcs titrent comme chaque année sur le recrutement et les ambitions des trois géants stambouliotes dans le championnat. A peine deux mois plus tard, Galatasaray, Besiktas et Fenerbahce sont dans l'ombre du modeste club du Vestel Manisaspor, seule formation invaincue et qui caracole en tête de la ligue.
C'est pourtant dans l'anonymat le plus complet que le club de Manisa entame la saison 2006/2007. Aux 42 titres que se partagent les trois locomotives du football turc, Manisaspor n'a qu'une petite saison dans l'élite à opposer, terminée à une modeste dixième place. Et pour compliquer un peu plus le tableau, Manisaspor se voit proposer trois des quatre seuls clubs à avoir déjà remporté le titre pour les trois premières journées : Besiktas, Trabzonspor et Galatasaray.
Bilan après ces trois journées à haut risque : une victoire et deux matches nuls. On ne se doute pas encore que Galatasaray sera la dernière équipe à ne pas rentrer bredouille d'un match face aux hommes d'Ersun Yanal. Car depuis le 2:2 concédé sur leur pelouse du stade du 19 Mayis, les joueurs de Manisaspor ont enchaîné sept victoires consécutives, affichant notamment un bilan exceptionnel durant le mois de septembre : quatre matches, quatre victoires, 17 buts inscrits et un seul encaissé !
Une série qui leur a permis de rejoindre puis de dépasser le Fenerbahce de Zico en tête du championnat. Les joueurs d'Antalyaspor ont bien cru mettre fin à cette série lors de la dernière journée, mais les Tarzans, le surnom des joueurs du Vestel, ont montré qu'il faudrait compter avec eux jusqu'au bout. Menés 2:1 à la 89ème minute, les visiteurs pensaient priver Manisaspor de sa septième victoire consécutive en égalisant à la dernière minute, mais l'international slovaque Filip Holosko marquait dans les arrêts de jeu et offrait à son équipe la victoire et six points d'avance sur son dauphin.
Apprécier et travailler
Mais l'entraîneur Ersun Yanal ne semble pas s'émouvoir de cette place sur le toit du championnat. La recette du succès est simple : apprécier chaque victoire et travailler pour la suivante. "C'est une victoire dont se souviendra, surtout les trois dernières minutes" déclare-t-il après la rencontre. "On ne se préoccupe pas du classement ni des résultats de nos concurrents. On se concentre simplement sur notre travail et on essaie de faire de notre mieux".
Cependant, la réussite du Vestel Manisaspor ne se résume pas à un excellent début de championnat. Les premières pierres du succès ont été posées la saison dernière notamment avec l'arrivée de Yanal en octobre 2005. L'ancien sélectionneur national turc, qui a remplacé Levent Eri?, a apporté son expérience et son ambition. "Nous allons changer l'identité de Manisaspor et en faire une équipe qui pratique un football d'attaque" annonce-t-il à sa nomination.
Un appétit relayé par Haluk Çubukçu, le président du club : "Dans les cinq prochaines années, nous voulons faire de Manisaspor une équipe qui lutte pour le titre et obtenir des succès sur la scène européenne." A peine un an plus tard, la moitié du chemin est déjà accomplie, avec une place de leader après dix journées.
Recrutement intelligent
Autre ingrédient des performances du Vestel, un recrutement intelligent à rendement rapide. Récupéré le dernier jour du marché des transferts, le Brésilien Rafael Marques Mariano enfile les buts comme les perles et pointe en tête du classement des buteurs avec sept réalisations. En défense, le Français Stéphane Borbiconi est venu apporter l'expérience de ses sept saisons en Ligue 1 dans les rangs du FC Metz.
Ces deux recrues sont venues compléter un effectif déjà riche de quelques valeurs sûres telles que le milieu international tchèque Lukas Zelenka, arrivé du Sparta Prague en janvier dernier, le gardien de but Fevzi Tuncay, présent dans les rangs turcs à l'Euro 2000, ou l'attaquant slovaque Filip Holosko. Yanal a bâti un effectif construit pour progresser et n'a pas tardé à voir ses rêves se réaliser. Après dix journées, les joueurs de Manisa ne détiennent rien de moins que la meilleure attaque et la meilleure défense, et n'ont pas encore connu le goût de la défaite.
Comme souvent lorsqu'une équipe déjoue les pronostics en début de saison, tous les amateurs de football turc se demandent si la belle histoire des Tarzans va durer. Premier élément de réponse d'ici deux journées. Manisaspor recevra alors le grand Fenerbahce, son dauphin. En cas de victoire, le championnat turc pourrait avoir une petite idée sur l'identité du cinquième vainqueur de son histoire.