Que ce soit pour les sciences, les arts, la cuisine, ou la stratégie militaire, la Grèce s'est toujours fait une spécialité d'épater ses voisins européens. Cette réussite a déteint sur le football, qui s'est hissé sur le toit de l'Europe en 2004. Mais au niveau des clubs, cet exploit n'a pas eu de retombées, les gros bras du pays restant dans l'ombre des grandes écuries. Pourtant, la saison à venir pourrait inverser la tendance.
Les trois géants avaient ouvert la voie il y a quelques années en attirant quelques grands noms du football mondial. Ainsi, l'Olympiakos et l'AEK Athènes ont compté dans leurs rangs le champion du monde brésilien Rivaldo, tandis que le Français Christian Karembeu a lui aussi porté les couleurs du club du Pirée. Du côté du Panathinaïkos, on peut se vanter d'avoir accueilli le Brésilien Flávio Conceição, le Croate Robert Jarni ou le Portugais Paulo Sousa. Mais ces légendes du ballon rond avaient rejoint le championnat avec l'essentiel de leur carrière derrière eux.
Désormais, la donne a changé et les clubs grecs attirent des pointures mondiales au sommet de leur art. L'Olympiakos a su convaincre le Suédois Olof Mellberg d'écourter son aventure à la Juventus pour apporter aux Erythrolefki (rouge et blanc) l'expérience acquise lors de ses 90 sélections ou de ses sept années à Aston Villa. Autre renfort pour les quintuples champions en titre, l'attaquant anglais Matt Derbyshire, qui avait débuté sa carrière à Blackburn, a décidé de prolonger son séjour au Pirée. Prêté depuis le début de l'année, il avait tout de même fait parler la poudre à cinq reprises en sept rencontres, un ratio qu'il espère améliorer après s'être engagé définitivement.
En associant ces recrues aux tauliers que sont le gardien Antonios Nikopolidis, les défenseurs Didier Domi et Raúl Bravo, les milieux Luciano Galletti et Cristian Ledesma, et l'attaquant brésilien Diogo, l'Olympiakos espère non seulement décrocher une sixième couronne de rang, mais également faire aussi bien que ses deux places de quart de finaliste européen. C'était lors de la Coupe des Vainqueurs de Coupe 1993 et la Ligue des champions 1999.
Le Panathinaïkos frappe fort
Le problème, d'autres clubs sont au moins aussi ambitieux... Au premier rang desquels l'éternel rival, le Panathinaïkos. Lassés de se contenter des miettes, les Prasini (verts) ont mis les petits plats dans les grands pour déposséder le rival de son titre. Ils ont même réussi à y débaucher l'un des éléments clés de la saison dernière, l'Argentin Sebastián Leto, qui était prêté par Liverpool.
Mais c'est un autre ancien Red qui fait les gros titres à Athènes. Le Français Djibril Cissé a en effet rejoint le Panathinaïkos tant pour aider le club à garnir son armoire à trophées que pour relancer sa carrière. Après ses graves blessures, son expérience mitigée à Marseille et une saison à lutter pour le maintien à Sunderland, l'attaquant des Bleus espère, à 27 ans, retrouver la sélection. "D'un point de vue sportif, c'est la Ligue des champions qui m'a fait venir", avoue l'ancien Auxerrois, accueilli par 3 500 supporters à son arrivée en Grèce. "Beaucoup de gens croient que j'ai fait une erreur, mais j'ai souvent montré que je sais rebondir. Si j'arrive à mettre 20 à 25 buts, on parlera de moi et je pourrai jouer la Coupe du Monde."
S'il réussit son pari, Cissé le devra sans doute aux milieux de terrain chargés de lui fournir de bons ballons. Avec le Brésilien Gilberto Silva, les champions d'Europe 2004 Yórgos Karagoúnis et Kóstas Katsouránis, et l'ancien ailier de l'Ajax, Leonardo, la formation d'Henk Ten Cate semble armée pour conquérir son 20ème titre national et devenir la révélation de la scène européenne.
L'Aris part en guerre
L'AEK, dont le dernier sacre remonte à 1994, ayant perdu de sa superbe, il faut regarder du côté de Thessalonique pour trouver un outsider capable de faire chuter l'Olympiakos de son piédestal. Car l'Aris, dont le nom est tiré du dieu de la guerre, a sorti l'artillerie lourde cette saison...
Outre le milieu tunisien Mehdi Nafti, vainqueur de la CAN 2004 et ancien du Racing Santander et de Birmingham City, et le jeune attaquant irlandais Ian Daly, transfuge de Manchester City, le sixième du dernier exercice a décidé de jouer la carte sud-américaine. Recrue vedette, le globe-trotter uruguayen Sebastián Abreu veut prouver qu'il n'a rien perdu de son efficacité. A 32 ans, El Loco découvre son septième championnat et son...16ème club ! Mais il ne sera pas dépaysé à l'entraînement puisqu'il retrouve ses anciens adversaires Leandro Gracián, Cristian Nasuti et Carlos Arano, arrivés respectivement de Boca Juniors, Banfield et Huracan.
Les derbies avec le PAOK s'annoncent bouillants puisque aux Sérgio Conceição, Pablo Contreras et autres Ibrahima Bakayoko sont venus s'ajouter les vieux briscards italiens Mirko Savini, ancien de Palerme et de la Fiorentina, et Bruno Cirillo, passé par l'AEK, la Reggina et l'Inter Milan. D'autres valeurs sûres ont décidé de tenter l'aventure grecque. Ainsi, l'international croate Boško Balaban rejoint les Uruguayens Álvaro Recoba et Fabián Estoyanoff à Panionios, tandis que le buteur letton Māris Verpakovskis évoluera à Ergotelis, après des passages au Dynamo Kiev ou au Celta Vigo.
Autant de raisons pour les supporters grecs, d'ordinaire fous de ballon rond, de se passionner encore plus pour le sport roi. Et pourquoi pas, de se rapprocher une nouvelle fois du toit de l'Europe.
