Il y a un peu moins de sept ans, Juan Sebastián Verón vivait un cauchemar dans son pays. À la surprise générale, l'Argentine venait de quitter la Coupe du Monde de la FIFA, Corée/Japon 2002 dès le premier tour. Pire, il était montré du doigt par nombre de journalistes et de supporters, qui en faisaient l'un des grands responsables de cet échec cuisant. Chacune de ses apparitions publiques étant accompagnée par des manifestations de mécontentement, il décida de ne plus fréquenter pendant un moment les rues de Buenos Aires. Rares sont les footballeurs capables d'inverser le cours d'une telle histoire...
L'image de la Brujita (la petite sorcière, son surnom) brandissant la prestigieuse Copa Libertadores le 15 juillet dernier n'illustre pas seulement le cycle doré d'Estudiantes de La Plata. Elle confirme aussi une impression qui se dessinait de plus en plus nettement, à savoir que le capitaine de 34 ans a gagné son propre combat.
"Cette Copa Libertadores, je la dédie à tout le monde. Aux gens qui m'aiment et à ceux qui ne m'aiment pas". Ces premiers mots, prononcés les larmes aux yeux dans un Mineirao silencieux, l'ancien Mancunien ne les a pas choisis au hasard. Et ils n'ont pas été sans suite. Depuis le titre continental, le héros a été couvert d'éloges par l'entraîneur du club platense, le sélectionneur national, les utilisateurs de FIFA.com et même... certains torcedores brésiliens ! Verón obtiendra-t-il sa revanche définitive à Afrique du Sud 2010 ?
Couronnes de lauriers
"Je pèse mes mots : Juan Sebastián Verón est le joueur le plus important de l'histoire de ce club". Les propos appartiennent à l'entraîneur Alejandro Sabella, euphorique après le titre obtenu à Belo Horizonte. Le stratège pincharrata n'a pas balancé cette déclaration à l'emporte-pièce : il sait que le milieu de terrain a repoussé les offres de plusieurs grosses écuries du pays pour rejoindre Estudiantes, le club de son cœur, en 2006. De retour dans son alma mater, Verón s'est impliqué comme personne, il a construit un projet sur le long terme et a même donné son opinion en matière de recrutement. Trois ans plus tard, son club a décroché le titre national, la Copa Libertadores et il se prépare à représenter la CONMEBOL à la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA.
Dans la compétition continentale reine, Verón a joué 1 304 minutes réparties sur 14 matches et a inscrit un but. Son autorité et sa personnalité ont tiré son équipe de plusieurs situations épineuses. De plus, sa vista et son sens de la passe ont été précieux en toutes circonstances. Autant de qualités qui lui ont valu d'être reconnu comme le meilleur joueur de cette Copa Libertadores par une écrasante majorité d'utilisateurs de FIFA.com.
"Sebastián évolue à un niveau impressionnant. Avec tout le terrain qu'il a couvert en finale contre Cruzeiro, on aurait dit un gamin de 22 ans ! C'est comme ça que je l'aime. Quand il joue comme ça, c'est l'un des cinq meilleurs footballeurs du monde", n'a pas hésité à affirmer Diego Armando Maradona. Le sélectionneur albiceleste, qui avait déjà convoqué l'ancien Interiste pour les matches de qualification contre la Colombie et l'Équateur, prévoit de l'utiliser lors de l'imminent clásico contre le Brésil, décisif pour la suite des événements. Le Brésil, un pays qui réussit bien à Verón en ce moment...
Le Brésil puis l'Afrique du Sud ?
Bande posée sous le genou, bouc impeccable, crâne lustré ; impossible de louper Verón sur le rectangle vert. Il convient d'ajouter à son profil une redoutable frappe à mi-distance et, bien entendu, une volonté inébranlable pour inverser le cours d'histoires mal engagées. À tel point qu'après la victoire contre Cruzeiro au Brésil, l'Argentin s'est également mis dans la poche des supporters... brésiliens !
C'est ainsi que des centaines de fans de l'Atletico Mineiro, ennemi juré de Cruzeiro, se sont approchés de l'hôtel des Argentins pour obtenir un autographe du divin chauve. Lors de la rencontre du Galo contre São Paulo dans le cadre du Brasileirão, le kop a même déployé des banderoles à son effigie et entonné des chants à sa gloire... La "Verónmania" a bel et bien traversé des frontières que l'on croyait infranchissables dans le monde du football.
Pourtant, il est pratiquement certain que les supporters de la Seleçao verront leur équipe confrontée au talent de l'ancien Parmesan le 5 septembre prochain. Cela fait en tout cas partie des plans de Maradona, qui a confié rêver de l'aligner aux côtés de Javier Mascherano dans cet immense choc.
Verón relève le défi et remercie celui avec lequel il a bien des points communs, au-delà d'un tatouage de Che Guevara : "C'est important pour moi d'entendre ce genre de commentaires car ils viennent du sélectionneur et du meilleur footballeur de l'histoire. Ça me fait plaisir, je suis content, c'est clair. Ça alimente mon espoir et mon envie de passer beaucoup plus de temps avec la sélection". Les hinchas argentins pourraient en dire autant !

