Il y a peu de temps encore, la réputation de Ricardo Gomes au Brésil était celle d'un ex-défenseur central de la Seleção. Dans son pays, son parcours comme entraîneur n'était pas des plus notoires, soit par manque de résultats avec les clubs brésiliens, soit parce qu'il exerçait loin de sa terre natale, dans le championnat de France en l'occurrence.
La surprise a donc été de taille quand à la fin du mois de juin, le São Paulo FC a annoncé son arrivée en remplacement de Muricy Ramalho, celui-là même qui a conduit le Tricolor au sacre dans les trois dernières éditions du Brasileirão. Au lieu de faire appel à l'un des grands techniciens évoluant au Brésil, le club est allé chercher quelqu'un qui n'avait plus travaillé au pays depuis 2004, et dont le palmarès inspire plus de respect dans l'Hexagone qu'au Brésil. Option à risque, certes, mais qui incontestablement est en train de payer...
Impact immédiat
À sa prise de fonctions, Ricardo hérite de la pression ambiante. Après huit journées de championnat, le São Paulo FC végète à la 16ème place du Brasileirão. Dès lors, le Tricolor enregistre neuf victoires, dont sept au cours des sept dernières journées, deux matches nuls et deux défaites. Le club traverse le classement en sens inverse et atteint une zone qu'il a rarement quittée ces dernières années : le carré de tête, ou "G4", qui correspond aux quatre places directement qualificatives pour la prochaine Copa Libertadores.
"Quand je suis arrivé, les gens n'avaient qu'un mot à la bouche : la descente en deuxième division. Il a suffi de deux ou trois victoires pour que tout le monde commence à dire que le champion était de retour", explique Ricardo Gomes le sourire aux lèvres, lors d'un entretien avec FIFA.com au centre d'entraînement de la formation pauliste.
La remontée spectaculaire du São Paulo FC n'a pas été longue à se traduire par un retour en masse des supporters au Morumbí. Ces derniers temps, la mode parmi les torcedores paulistes est même d'entonner le chant "le champion est de retour" et d'arborer le masque de Jason, le héros coriace du film Vendredi 13. "Je suis en train de me réhabituer à la culture footballistique brésilienne, qui veut que l'on tire très vite des conclusions positives ou négatives", confie avec un sens certain de l'euphémisme le joueur formé à Fluminense, qui a également porté les couleurs de Benfica et du Paris Saint-Germain.
L'équipe avant tout
Ricardo a disputé la Coupe du Monde de la FIFA, Italie 1990. Quatre ans plus tard, Carlos Alberto Parreira le désigne comme capitaine de l'équipe du Brésil en vue d'États-Unis 1994. Hélas, une blessure contractée huit jours avant le début de la compétition l'oblige à déclarer forfait. En 1996, à 31 ans, il raccroche les crampons et entame immédiatement une carrière d'entraîneur. Au PSG d'abord, qu'il conduit en 1998 au doublé Coupe de France-Coupe de la Ligue.
En 1999, il rentre au pays, où il entraîne avec des réussites diverses le Sport do Recife, Vitória, Guarini, Coritiba et la Juventude. Après un passage décevant à la tête des U-23 brésiliens, et une qualification manquée pour le Tournoi Olympique de Football, Athènes 2004, et de brèves étapes à Fluminense et à Flamengo, Ricardo traverse à nouveau l'Atlantique, direction Bordeaux. Sous sa houlette, les Girondins sont vice-champions de France en 2005/06 et remportent la Coupe de la Ligue en 2007. Ricardo officie ensuite à Monaco, avant de rentrer au brésil.
En France, Ricardo était connu pour être un entraîneur pragmatique, réputation qui, de façon quelque peu ironique, laisse songeurs les supporters paulistes. Au Morumbí, on voit en lui un partisan d'un jeu beaucoup plus libre que celui prôné par l'austère Muricy Ramalho. "Vous savez, l'équipe vient avant le style de l'entraîneur. Il faut savoir utiliser des systèmes différents, en fonction des joueurs que vous avez à votre disposition. À Bordeaux, j'ai hérité d'un groupe qui venait de terminer la saison au bord de la zone de relégation. Je n'avais pas l'équipe pour pratiquer un jeu ouvert. À São Paulo, même si le club a traversé une mauvaise passe, je dispose d'une équipe organisée et sûre", fait valoir Ricardo.
Comment explique-t-il le début de saison raté du Tricolor paulista ? "Il est toujours difficile de tirer des conclusions. Muricy restait sur trois années pleines et autant de titres de champion, et la pression qui va avec. Forcément, ça use. Cela dit, l'équipe n'a pas vraiment changé depuis son départ. São Paulo joue toujours en essayant d'avoir un maximum de possession, mais c'est un processus lent. Nous y parvenons de mieux en mieux. C'est indispensable pour pouvoir déstabiliser l'adversaire".
Au moment de conclure, Ricardo se montre pragmatique. Les spéculations et les comparaisons ne l'intéressent pas et il n'a de compte à rendre à personne. "Je veux faire du bon travail, quel que soit l'endroit où je me trouve". Ce qui est certain, c'est qu'il est sur la bonne voie et que l'on peut d'ores et déjà affirmer, sans spéculation aucune, que le Brésil a redécouvert Ricardo Gomes.

