Il faut toujours se méfier des statistiques. Pourtant, si l'on se penche sur le bilan comptable de son exercice 2006, tout prête à penser que Klaas Jan Huntelaar a évolué sur un petit nuage.
Voici quelques chiffres. Trente-trois : c'est le nombre de buts que le jeune attaquant a empilés en seulement 31 matches de championnat. Neuf millions : c'est le prix, en euros, payé par l' Ajax Amsterdam à Heerenveen au mercato 2005/2006 pour s'attacher ses services. Voilà le plus gros transfert interne du football néerlandais.
Vingt-trois ans, c'est l'âge auquel "The Hunter" (le chasseur) est devenu Soulier d'or européen, comme ses compatriotes Roy Makaay et Marco van Basten avant lui. Ironie du sort, l'ancien Milanais a fait en sorte que ce nombre revête une signification particulière dans l'esprit de Huntelaar. Car le sélectionneur des Pays-Bas a retenu 23 joueurs avant lui dans son groupe pour la Coupe du Monde de la FIFA 2006 .
Si l'artilleur côtoyait des notables comme Makaay, Clarence Seedorf et Edgar Davids dans la liste des oubliés, son absence n'en a pas moins déclenché une vague de mécontentement aux Pays-Bas. Les supporters se demandaient en effet ce que le meilleur buteur du Vieux Continent aurait pu faire de plus pour se rendre en Allemagne. Interrogé à ce sujet, Van Basten avait alors affirmé qu'en préférant le robuste Jan Vennegoor of Hesselink, il n'avait pas nécessairement snobé Huntelaar. Et d'ajouter que ce choix était effectué dans l'intérêt du buteur ajacide, amené à tenir un rôle clé lors du Championnat d'Europe U-21 de l'UEFA.
L'ancien Rossonero avait même poussé la logique plus loin, affirmant que cet espoir alors âgé de 22 ans se trouvait face à un autre défi : celui de prouver "que nous avons fait une erreur" en l'envoyant au Portugal plutôt qu'en Allemagne. Message reçu cinq sur cinq par Huntelaar, qui a décroché le titre européen et celui de meilleur buteur sur la péninsule ibérique. "Ç'a été une grosse déception de ne pas aller à la Coupe du Monde. J'avais très envie d'y aller, mais quand j'ai compris que ça ne serait pas possible, j'ai dû passer à autre chose. Ce titre en U-21 reste pour l'instant mon meilleur souvenir. Rien ne remplacera le sentiment que procure la victoire."
L'héritier de Van Nistelrooij
Cette sensation, les Oranje n'y ont pas goûté en Allemagne. Il n'en fallait pas plus pour que les supporters spéculent à l'envi sur l'issue de l'aventure néerlandaise si Huntelaar en avait fait partie. Les fans se consoleront au moins en constatant que Van Basten a pris bonne note de son "erreur".
Le jeune artilleur a ainsi été titularisé lors du premier match des Pays-Bas pour le compte de la saison 2006/07, lors d'un match amical à Dublin, le 16 août. Attendu au tournant, Huntelaar a répondu présent en inscrivant un doublé et en amenant deux buts, contribuant à la plus grosse défaite à domicile de la République d'Irlande depuis 40 ans. Le mois suivant, pour le premier rendez-vous des éliminatoires de l'EURO 2008, Huntelaar a donc conservé sa place lors de la courte victoire 1:0 au Luxembourg. Forfait lors des deux derniers rendez-vous de l'équipe de Van Basten, l'ancien pensionnaire de Heerenveen devrait retrouver une place centrale dans le dispositif batave, où Ruud van Nistelrooij brille toujours par son absence.
Si "The Hunter" voit son importance grandir en sélection, il est déjà considéré comme indispensable dans son club. Aujourd'hui, le PSV Eindhoven , avec 11 points d'avance sur son plus proche poursuivant, semble bien parti pour décrocher sa troisième Eredivisie consécutive. Autant dire que l'Ajax a peu de chances de mettre la pression sur le champion en titre. On serait presque tenté de dire que son seul espoir se trouve dans les pieds de son étincelant numéro 9.
Ironie du sort, l'adversaire le plus respecté et le plus craint du PSV est issu de son propre centre de formation. Huntelaar, dont les deux buts en finale de la Coupe ont bloqué la route du doublé aux hommes d'Eindhoven, a même effectué ses débuts dans l'élite sous le maillot rayé rouge et blanc, à l'âge de 18 ans. Mais après avoir été prêté à De Graafschap puis à AGOVV Apeldoorn, il s'est retrouvé barré par Mateja Kezman et un certain… Vennegoor of Hesselink.
Le PSV souhaitait le conserver, mais le joueur a refusé, préférant s'engager à Heerenveen, dont l'investissement de 100 000 euros s'est traduit par 32 buts en 48 matches sur les deux saisons suivantes.
Direction Old Trafford ?
Très vite, les plus grands clubs européens se sont pressés pour tenter de séduire cet attaquant à la fois technique et athlétique. Au final, l' Ajax s'est montré le plus prompt, même si une bonne partie de ce transfert record a terminé dans les caisses du PSV.
Tout le monde a d'ailleurs oublié ce "détail" d'ordre financier tant l'union entre Huntelaar et l' Ajax s'est avérée fusionnelle. "J'ai toujours voulu jouer dans une équipe à vocation offensive, près du but, avec des attaquants excentrés, déclarait le nouveau-venu, désireux de confirmer son adhésion total à la philosophie du club. J'ai toujours été meilleur au poste d'avant-centre avec deux ailiers, avec beaucoup de mouvement autour de moi et un numéro 10 derrière. Ce dispositif permet beaucoup de changements de positions. Je peux choisir entre le premier et le deuxième poteau quand les centres arrivent."
Certes, son rendement a quelque peu chuté au début de l'ère Henk ten Cate, mais Huntelaar reste l'arme numéro un de l'Ajax. Il est aussi son joueur le plus convoité. La liste des prétendants ressemble à un véritable who's who du football européen : Arsenal, l'Olympique lyonnais, l' Inter Milan , le Milan AC , Manchester United , tous sont intéressés par l'artilleur. Mais pour l'instant, ils ont tous été froidement repoussés par l'Ajax.
Et qu'en dit le principal intéressé ? Eh bien il ne ferme aucune porte, mais a déjà évoqué son "amour" pour Manchester United , "un club qui [le] fait rêver". Ses employeurs ne manqueront pas de lui rappeler qu'il a encore trois ans et demi de contrat à honorer. Mais à chaque but qu'il inscrit, ce chasseur devient une proie de plus en plus prisée…