"Ça ne m’étonne pas. Il a les qualités pour s’imposer dans la Liga. Il peut même me succéder au palmarès du Soulier d’Or. Mais il doit rester jusqu’à la fin de la saison à l’Ajax. Il est jeune, il doit encore apprendre. Il sait ce que j’en pense". Quand Diego Forlan parle de la rumeur de transfert de Luis Suarez au FC Barcelone, son ton paternaliste en dit long sur l’estime que porte l’attaquant vedette de la Celeste à son jeune partenaire en sélection.

Adoubé par l’autre roi Diego, icône du football uruguayen, le nouveau capitaine de l’Ajax Amsterdam, à 22 ans seulement, explose tous les compteurs depuis le début de saison : 15 buts en 11 rencontres, dont un quadruplé en septembre sur la pelouse du VVV Venlo. Le fantôme de Klaan-Jan Huntelaar ne rode plus à l’ArenA. Le peuple amstellodamois s’est trouvé une nouvelle idole. A Montevideo aussi, l’ex-fils prodigue du Club Nacional est traité comme un joyau.

"Personne n’a compris quand Groningen a pu le faire signer pour une indemnité de transfert aussi faible (moins d’un million d’euros). Le gamin sortait d’une superbe saison et avait terminé champion avec plus de dix but à 18 ans à peine. Ici, c’était déjà une star, un immense espoir. Il a bien géré son départ du pays, il fait les bons choix et après, c’est son talent immense qui parle", affirme à FIFA.com un journaliste du quotidien national Diario Deportivo.

Une joie de vivre communicative
Interrogé par des confrères algériens à l’orée de la saison, au cœur de l’été, l’intéressé la jouait modeste. "Si les responsables ont pensé à moi pour être capitaine, c’est que quelque part, je peux assumer ce nouveau rôle. C’est sans doute une grande responsabilité d’hériter du brassard dans une équipe aussi prestigieuse, mais je tâcherai de l’assumer convenablement. Vraiment, je suis heureux". Une joie de vivre qui se ressent sur le terrain, où ses sourires sont encore plus opulents que ses buts.

"Luis, c’est l’exemple même du bonheur sur un terrain de football", nous assurait au printemps 2008 Urby Emanuelson. Le paradoxe, c’est que l’international (24 sélections depuis 2007) accumule les cartons sur les prés néerlandais. Aucun attaquant n’en compile autant que lui (13 la saison passée toutes compétitions confondues) et au royaume du beau jeu, ça peut faire grincer quelques dents.

"Il était pareil plus jeune avec le Nacional. Il défend comme un fou, beaucoup plus dans la tradition des attaquants argentins qu’uruguayens. Il le fait parfois maladroitement. Mais aussi parce qu’il déteste perdre", nous explique notre confère uruguayen. La garra charrúa n’est pas une légende et Luis Suarez, l’enfant de Salto, est un pur produit autochtone. "Mais à la différence de Forlan, il est beaucoup plus impliqué dans le collectif, il donne plus de passes décisives. Et puis il vient presser très haut le milieu adverse", décrypte notre interlocuteur du Diario Deportivo.

Athlétique avec son 1m81, Suarez s’inscrit depuis cette saison dans la droite lignée des exercices précédents : 22 buts en 2008/09 en Eredivisie et 20 buts en 40 matches toutes compétitions confondues en 2007/08 pour ses débuts dans la capitale. Son arrivée pour quelque 8 millions d’euros a fait jaser à l’été 2007.

Nous sommes prêts à discuter avec les clubs intéressés. Et si nous recevions une bonne proposition, ce serait très intéressant pour nous
Rik Van den Boog, directeur général de l'Ajax Amsterdam

Nous étions à l’un des premiers entrainements du prodige en provenance de Groningen. La presse locale n’en avait que pour lui, mais pas automatiquement pour en faire les louanges. Quelques critiques criaient à l’erreur de casting bien dispendieuse. Il aura fallu deux semaines à Suarez pour susciter l’unanimité. Et voilà maintenant que sa réputation a traversé les frontières de l’autre Plat pays. L’Atlético de Madrid, l’AC Milan et le FC Barcelone seraient sur les rangs.

Interrogé par le média hollandais Algemeen Dagblad, le directeur général de l’Ajax, Rik Van den Boog, a indiqué récemment que le club était disposé à laisser filer son joyau offensif dès janvier si de belles offres se présentent. "C’est une décision qui doit être prise en accord avec le staff technique, mais nous sommes prêts à discuter avec les clubs intéressés. Et si nous recevions une bonne proposition, ce serait très intéressant pour nous". D’ici l’ouverture d’un mercato qui pourrait être agité, Suarez saura s’il sera présent à la Coupe du Monde de la FIFA, Afrique du Sud 2010.

Un "rêve de gamin" qui passera par un barrage contre le Costa Rica. A 90 minutes près, le billet était déjà composté. "On va battre l’Argentine", lançait Suarez, présomptueux, avant le match décisif devant l’Albiceleste de Diego Maradona. Sa Celeste s’est finalement inclinée 0:1. Dans le camp des Ticos, un autre phénomène de l’Eredivisie attend Suarez : Brian Ruiz, auteur de sept réalisations avec le FC Twente, leader du championnat. Un duel très Oranje pour une consécration finale.