De son club de quartier de Yaoundé à la Ligue des champions, le milieu de terrain camerounais de Marseille Stéphane Mbia enchaîne les étapes vers le haut niveau à vitesse soutenue, conformément à un "plan de carrière" très arrêté.
Mbia, 23 ans, n'en a que six lorsque son entraîneur vient un soir "supplier" son père de le laisser disputer un match, rétif à l'idée de voir son fils s'adonner au football plutôt qu'à l'école.
"Chaque fois que je lui demandais une paire de chaussures, il me demandait d'abord d'être bon à l'école, alors qu'il achetait des trucs à mes frères. J'étais un peu le raté de la famille", rigole aujourd'hui le néo-Marseillais.
Le père accède finalement au voeu du fils. Mbia marque un but avec Eco Foot, petit club de Yaoundé. Il jouait alors attaquant, avec son "meilleur ami" Jules Stéphane Goda, aujourd'hui gardien de Bastia (L2). Il était au-dessus du lot. "C'est de là que tout est parti", dit-il, pas peu fier, affirmant vouloir retrouver "coach Kiri" -il serait en France- pour lui dire que "c'est grâce à lui" qu'il en est là aujourd'hui.
A Douala, la solitude
La réputation de Mbia est lancée. Elle lui vaut d'être recruté, à 13 ans, à la Kadji Sport Academy (KSA) de Douala, la capitale économique du pays. Créée par l'homme d'affaires Joseph Kadji Defosso, puissant industriel ayant fait fortune dans les brasseries, cet internat-centre de formation est un tremplin potentiel vers le football européen et ses promesses financières.
"Ils voulaient que je fasse un essai. Dès le deuxième jour, j'avais tous les équipements", se souvient Mbia, dont l'arrivée coïncide avec le départ de Samuel Eto'o pour le Real Madrid: "C'était déjà une star, c'est devenu un grand frère, humble, ouvert aux autres, loin de l'image que les gens en ont parfois".
A Douala, loin des siens, le néo-Marseillais a "vraiment galéré", se retrouvant "seul". C'était "à la fois le moment le plus dur et le tournant de ma vie, j'y pense souvent quand j'entre sur un terrain aujourd'hui. Le gros mental que j'ai vient de là", assure le milieu défensif, réputé coriace sur la pelouse.
A 16 ans, il se fait pourtant renvoyer de la KSA, pour son refus de signer en deuxième division camerounaise: "il était hors de question de jouer au Cameroun".
La Bretagne, à 17 ans
Retour à Yaoundé. Pas pour longtemps: l'entraîneur national des moins de 17 ans le convoque pour le Mondial en Finlande en 2003. Où des émissaires de Rennes le repèrent.
Le voici à 17 ans en Bretagne, en mode accéléré: l'essai se transforme illico en contrat avec le centre de formation. "Un rêve", pour ce déraciné qui fréquente l'attaquant nigérian John Utaka. Il l'admirait encore à la télévision peu de temps avant.
Six mois après, il passe professionnel. Le coach de Rennes, Laszlo Bölöni, l'en informe au lendemain d'un match d'entraînement entre l'équipe une et la réserve, où il fête un but sur coup franc en dansant sous les yeux du redouté entraîneur roumain. "On avait tous un peu peur de lui, ils m'ont pris pour un fou !". Mbia passera six ans en Bretagne.
Recruté par l'OM en août pour 12 millions d'euros, il se dit qu'il a signé "dans le plus grand club de France". Ses débuts sont plutôt satisfaisants, même s'il manque parfois de concentration. Mais il reste sûr de son fait: "Si je suis performant ici, je sais que je vais aller dans un très, très grand club. Mon plan de carrière est déjà fait. Mon rêve, c'est Manchester United".
