A force d'arabesques et de coups d'éclat, le jeune Réunionnais Dimitri Payet, révélation du FC Nantes, est devenu en une demi-saison l'assurance maintien des Canaris, toujours 19e et relégables en L1, lui qui se voyait vivre sur son île après une première expérience mitigée.
Jeune homme timide et réservé, à la voie douce, le gaucher de 19 ans, arrivé dans l'équipe de CFA la saison dernière, s'est installé sur le terrain lors de la 5e journée, à la faveur d'un but contre Lille lors de sa 1re titularisation. Depuis, son empreinte sur le jeu nantais n'a cessé de s'étendre, au point qu'en son absence les Canaris versent souvent dans le ridicule.
"On attend beaucoup de Dimitri, appuie Der Zakarian qui, comme Le Dizet et Eo, mise gros sur lui. "Il peut faire encore plus de choses. C'est un leader technique de l'équipe. Il est capable de créer, d'éliminer. Ses limites, on ne les connaît pas", ajoute le technicien.
Porté à bout de bras par sa seule satisfaction individuelle, que personne n'attendait à pareille fête, Nantes a d'ailleurs offert en décembre un premier contrat pro de trois ans à son stagiaire... après des négociations menées durement par sa mère!
Une récompense sur laquelle le surdoué avait pourtant fait une croix au sortir de l'adolescence.
Recruté par Le Havre (L2) à 12 ans, le Réunionnais quitte son île et sa famille pour la Normandie, où il passe quatre ans avant d'être rattrapé par le bourdon.
Meilleur réalisateur du club
De retour dans l'océan indien, il se jure de ne plus remettre les pieds en métropole et rejoint, à 16 ans, les seniors de l'Excelsior Saint-Joseph... club filleul du FCNA.
Passant par là, Laurent Guyot, le directeur du centre de formation nantais, impressionné, convainc Payet de reprendre l'avion. Ses premières minutes en L1 l'an passé lui offrent même son premier but, contre Metz (4-1).
Auquel il en ajouté déjà quatre cette année, synonymes de huit points, et autant de passes décisives, pour devenir le meilleur réalisateur du club en championnat, loin devant Diallo, Oliech et consorts.
Avec son gamin, l'équipe "pèse" 1,16 point et 0,89 but par match. Cela peut paraître insignifiant mais, sans lui, la moyenne tombe à... 0,44 point et 0,67 but!
Si Payet, qui doit faire face à une réputation naissante de gros dormeur, Dom Juan en devenir et amateur de gastronomie, doit encore travailler sa constance, ses performances n'ont pas échappé aux Bleuets qui l'ont déjà convoqué deux fois.
"Il a une grande carrière devant lui", décrypte Cetto, qui a lui aussi vécu cet état de grâce de fils prodige au début de sa carrière. "C'est quelqu'un de petit mais puissant, qui démarre très vite et frappe des deux pieds. Il a tout pour réussir", ajoute l'Argentin.
"C'est mon style de jeu: j'aime attaquer, provoquer", répond Payet qui vient de racheter la Mercedes de son capitaine après avoir décroché son permis. "J'ai parfois tendance à jouer sur mes acquis et j'espère qu'on saura me botter le c... si c'est le cas. On vit une saison difficile. Pour une première année chez les pros, ça forge un mental!"