Distillée par intermittence seulement lors de la première partie de saison, la science du jeu du milieu de terrain argentin de Marseille Lucho Gonzalez, désormais physiquement au mieux, s'exprime enfin dans la continuité depuis la reprise.

Sa ligne de statistiques ne donne qu'un premier aperçu de l'impact grandissant de l'ancien capitaine de Porto: soit 4 buts en championnat (7 toutes compétitions confondues), dont le dernier dimanche sur la pelouse du Parc des princes, et 4 passes décisives en 19 matches.

L'influence de ce grand brun (1,85 m) au port altier dont les tatouages ne dépareilleraient pas sur les parquets de NBA se mesure aussi dans le liant offensif qu'il apporte désormais à son équipe.

Quand il ne donne la passe décisive, il est souvent à l'origine de la passe précédente ou du décalage qui déstabilisera la défense ou le milieu adverse.

Non qu'il soit forcément rapide. Le manque d'explosivité serait plutôt son défaut, qu'un programme spécifique de musculation devrait en partie corriger.

Ce qui frappe avant tout, c'est la justesse de ses gestes et sa capacité à anticiper les mouvements de ses coéquipiers, au point parfois de les dérouter.

Sa faculté à se faufiler entre les lignes, à se rendre libre et se faire oublier avant de surgir au moment opportun font de lui également un joueur précieux. La plupart de ses buts sont ainsi dus à sa science du placement. "Il a cette capacité à se trouver dans les zones libres", remarque justement le latéral droit Laurent Bonnart.

"On se lèche les babines"
"Il a jeu assez fin, se déplace très bien sans oublier de défendre. Il ne va pas percuter par des grandes courses, il n'a pas cette vitesse-là, mais il a cette vista, ce jeu de passes", observe aussi Bonnart.

Au fond, Lucho, 29 ans, épouse la courbe ascendante d'une équipe qui offre aujourd'hui un visage nettement plus séduisant qu'avant la trêve et se découvre enfin des affinités techniques.

"Son influence dans la relation milieu-attaque est plus importante aujourd'hui", se satisfait également le coach marseillais Didier Deschamps, grand artisan de sa venue à Marseille.

Les débuts de l'ancien capitaine de Porto (5 saisons pleines) avaient pourtant été hésitants. La faute à une incroyable série de blessures (fracture de la clavicule dès le 29 juillet, entorse à une cheville, distension des ligaments d'un genou), aux airs de malédiction. Et à une nécessaire adaptation à l'environnement marseillais et à ses coéquipiers, dans une équipe de surcroît totalement reconstruite. Dans ces conditions, l'étiquette de recrue la plus chère de l'histoire du club (18 M EUR plus 6 M EUR de bonus) l'a aussi évidemment desservi et nourri les inquiétudes du public.

"Nous nous sommes demandés si le club n'avait pas acheté un joueur en carton... Mais maintenant, on se lèche tous les babines", raconte Michel Tonini, vice-président du club de supporteurs des Yankees, ajoutant: "je n'ai pas souvenir d'une star -- avérée ou non -- arrivant à Marseille et "cassant la baraque" tout de suite. Mais tous ceux qui ont franchi ce cap sont devenus des idoles du Vélodrome".