Dans la seconde moitié des années 1950, les Brésiliens adoptaient de nouvelles modes. Le rythme rafraîchissant et funky de la bossa nova déhanchait un public possédé par la musique, le cinéma maison était projeté sur le devant de la scène par un nouveau mouvement avant-gardiste. Simultanément, une équipe soudée enchantait Vila Belmiro avec un football injouable pour ses adversaires et irrésistible pour les spectateurs.

Le Santos Futebol Clube, qui n'avait alors glané qu'un seul titre depuis sa création en 1912, s'envolait vers la période la plus heureuse de son histoire. Entre 1955 et 1969, il remporte la Copa Libertadores et la Coupe intercontinentale deux fois chacune, six couronnes nationales, cinq tournois Rio-São Paulo et onze championnats d'État.

L'une des clefs du succès était la grande confiance accordée aux jeunes. Pelé a débuté à 15 ans, comme Edu. Coutinho et Clodoaldo n'avaient qu'un an de plus. À côté, Zito et Pepe faisaient figure de vétérans à 19 ans. Six joueurs qui occupent aujourd'hui encore une place au panthéon des légendes de Santos.

Après trois décennies sans triomphe national, hormis quelques succès régionaux, O Peixe s'est de nouveau tourné vers la jeunesse. Les graines semées en équipe première (Diego, 17 ans, Robinho, 18 ans, mais aussi Alex et Elano) ont permis de récolter un nouveau trophée, le Brasileirão 2002. Santos renouvelle la performance en 2004, en ayant échoué en finale de Copa Libertadores entretemps.

Un trio de promesses
Une compétition que Santos retrouvera d'ailleurs l'année prochaine grâce à sa victoire en Copa do Brasil, la nuit dernière. Malgré une défaite 2:1 au match aller, les protégés de Dorival Júnior ont inversé la tendance pour finalement s'imposer 3:2 sur l'ensemble des deux matches. Si l'apport du défenseur central Edu Dracena, des piliers du milieu de terrain Arouca et Wesley et de l'attaquant Robinho est indéniable, le succès de Santos est en très grande partie dû à un fantastique trio de jeunes talents : Paulo Henrique Ganso, n° 10 âgé de 20 ans qui associe flair et finition, Neymar, attaquant de 18 ans incroyablement doué qui a troqué ses performances inégales pour un redoutable sens du but, et Andre, 19 ans, buteur aussi rapide que doué de son pied droit.

Le triomphe du Santos est d'autant plus impressionnant que le club traîne le fardeau de favori depuis le début de la compétition, statut acquis après avoir tout simplement surclassé ses adversaires au début du Campeonato Paulista. Les Santistas ont inscrit 72 buts en 23 matches, soit 3,13 par match. Une moyenne toutefois inférieure aux 3,55 buts par match... de Santos, en Copa do Brasil, bien aidé par le 10:0 passé à Naviraiense et le 8:1 contre Guarani. "L'idée que le beau jeu ne permet pas de remporter de titres s'effondre", a déclaré l'entraîneur Dorival Júnior après coup. "Santos a fait chavirer les cœurs par son style attractif et flamboyant. Ce titre fait du bien au football."


Les joueurs de Vila Belmiro ont également fait preuve de force de caractère dans leur campagne vers le titre : privés de Neymar, ils avaient notamment perdu les matches aller en quart et en demi-finale, respectivement contre l'Atletico Mineiro et le Grêmio. Mais ils ont su rebondir. "C'est un titre très important", exultait Ganso, nommé meilleur joueur de la Copa do Brasil. "J'espère que les Meninos da Vila ne s'arrêteront pas là."

Deux départs à combler
L'ère Robinho et Andre s'est toutefois achevée, au moins pour le moment. Le premier retourne à Manchester City, qui l'avait prêté à Santos, tandis qu'Andre ira découvrir le Dinamo Kiev. Les grands clubs européens font également la cour à d'autres bijoux, tels que Wesley, Ganso et Neymar. "J'aimerais qu'ils restent tous", regrette Dorival. "Je n'ai pas envie de perdre des joueurs capables de faire une telle différence au moment où nous nous embarquons vers un nouveau défi, le Brasileirão. On a huit points de retard parce qu'on a donné la priorité à la Copa do Brasil. Maintenant, on va se pencher à 100% sur cette compétition."

Le technicien de 48 ans aurait été entendu par son n° 7 : "Je veux rester au Santos", a annoncé Neymar. "Je veux rester jusqu'à la fin de la prochaine Libertadores. Je vis ces moments avec les yeux d'un supporter. C'est une période vraiment très heureuse, mais on ne peut pas s'arrêter maintenant. On doit se battre pour le Brasileirão et la Copa Sudamericana."

Si les joueurs poursuivent leur mission en conservant une telle dévotion au futebol-arte, les puristes ne pourront que venir grossir les rangs des supporters santistas. Si le succès est à la clef, la maxime du club, qui veut que la valeur n'attende pas le nombre des années, fera des émules.