Qui l'eût cru ? En début de saison, rares étaient ceux qui voyaient le VfB Stuttgart côtoyer les sommets de la Bundesliga. Comme toujours, le Bayern Munich et sa myriade de stars avaient alors la faveur de tous les pronostics. De son côté, le Werder Brême pensait s'appuyer sur ses nombreux internationaux allemands pour faire de l'ombre au géant bavarois. Miroslav Klose, Torsten Frings et Per Mertesacker sortaient alors tout trois d'une Coupe du Monde de la FIFA, Allemagne 2006 extrêmement réussie. Dans la course au titre, Schalke 04, fort d'un recrutement ambitieux, apparaissait lui aussi comme un candidat sérieux. Mais, comme souvent, rien ne s'est déroulé comme prévu.
Le malheur des uns a fait le bonheur des autres, en l'occurrence celui du club de Bade-Wurtemberg. En effet, pour devenir champion d'Allemagne, le VfB a su profiter tout au long de la saison des nombreux faux-pas de Schalke et du Werder.
En alignant huit victoires consécutives dans la dernière ligne droite, les hommes d'Armin Veh ont cependant démontré qu'ils n'avaient rien d'un champion par défaut. En fait, le tournant de la saison est intervenu lors de l'avant-dernière journée, lorsque Stuttgart a repris la tête du classement à la faveur d'une défaite (0:2) concédée par Schalke 04 face au Borussia Dortmund, dans le derby de la Ruhr. Dans le même temps, le Werder abandonnait ses derniers espoirs de conquête en s'inclinant (1:2) sur son terrain face à l'Eintracht Francfort, pourtant menacé de relégation.
Le VfB aura toutefois dû lutter jusqu'au terme de la saison pour empocher le cinquième titre de champion de son histoire, sa victoire n'étant définitivement acquise qu'au terme d'une 34ème journée qui aura vu les trois premiers du classement s'imposer. Trois cent quinze jours exactement après les manifestations de joie qui avaient accueilli la troisième place de l'équipe d'Allemagne en Coupe du Monde de la FIFA, la grande place de Stuttgart était à nouveau envahie par la foule.
A Stuttgart, la star, c'est l'équipe
Le succès d'Armin Veh et de ses hommes démontre, si besoin était, que l'esprit d'équipe reste un ingrédient indispensable pour s'imposer au plus haut niveau. Sans véritable star dans ses rangs, le VfB est parvenu à surclasser tous ses concurrents en alignant l'équipe la plus jeune depuis les fameux "gamins" du Borussia Mönchengladbach, champions d'Allemagne dans les années 70.
Le défenseur Serdar Tasci, le milieu de terrain Sami Khedira et le buteur Mario Gomez forment la colonne vertébrale de l'équipe. Fait particulièrement remarquable, tous ont moins de 22 ans et tous ont été formés au club ! A cette liste, il faut ajouter le gardien de but international Tim Hildebrand et le capitaine portugais Fernando Meira. Stuttgart a construit son succès autour de ce noyau dur, en proposant un football résolument tourné vers l'offensive.
Dès le début de la saison, l'entraîneur Armin Veh et le manager général Horst Heldt (37 ans seulement !) avaient fait parler d'eux en recrutant les deux premiers Mexicains de l'histoire de la Bundesliga, Pavel Pardo et Ricardo Osorio. Un pari risqué, mais qui allait rapidement s'avérer payant. Samedi prochain, les joueurs du VfB auront même l'occasion de réaliser le doublé, à condition toutefois de s'imposer devant Nuremberg en finale de la Coupe d'Allemagne à Berlin.
Schalke 04, le Werder et le Bayern déçoivent
Après avoir longtemps dominé les débats, Schalke 04 s'est une nouvelle fois effondré dans la dernière ligne droite. Le club de Gelsenkirchen avait déjà connu pareille mésaventure en 2000/01. De son côté, le Werder Brême a souvent séduit en pratiquant un football de grande qualité, mais les hommes de Thomas Schaaf ont fini par payer leur manque d'efficacité et devront se contenter d'une qualification pour la Ligue des Champions.
Et le Bayern dans tout ça ? Le grand club bavarois n'a jamais véritablement réussi à compenser le départ de Michael Ballack et le rajeunissement annoncé a abouti à une véritable catastrophe : pour la première fois depuis la saison 1996/97, le Bayern Munich ne sera pas présent en Ligue des Champions. "Cette quatrième place est une terrible déception", constatait, amer, Karl-Heinz Rummenigge.
Les dirigeants bavarois espèrent néanmoins qu'Ottmar Hitzfeld, appelé au chevet de l'équipe au mois de janvier dernier après le limogeage de Felix Magath, profitera de la période estivale pour reconstruire une équipe compétitive. Quoi qu'il en soit, le Bayern devra se contenter, la saison prochaine, de la Coupe de l'UEFA, qu'il disputera en compagnie du Bayer Leverkusen, cinquième du classement.
Trois clubs quittent l'élite
Le Borussia Mönchengladbach a, quant à lui, connu un véritable calvaire cette saison. Le quintuple champion d'Allemagne n'a inscrit que 23 buts en 34 journées et subi, une fois de plus, les affres de la relégation. Un tel manque d'efficacité offensive tient pratiquement du record. En effet, seul le Tasmania Berlin a fait encore moins bien avec seulement 15 buts inscrits… en 1965/66 !
La Bundesliga fait donc ses adieux à l'un des clubs qui a marqué son histoire, ainsi qu'au sympathique FSV Mayence, relégué trois ans après son arrivée parmi l'élite. Malgré les renforts de Mohamed Zidan et Leon Andreasen à l'hiver, l'entraîneur Jürgen Klopp a dû constater avec tristesse que l'enthousiasme et le dévouement de ses hommes n'aura pas suffi, cette fois-ci, à éloigner le spectre de la relégation.
Du côté d'Aix-la-Chapelle, l'euphorie provoquée par la montée n'aura pas non plus permis de créer la surprise. Face à des équipes habituées aux joutes de la Bundesliga, comme l'Eintracht Francfort ou le VfL Wolfsburg, les promus ont souvent manqué de réalisme. Les hommes de Michael Frontzeck ont également été "victimes" du bon parcours d'autres candidats supposés à la relégation comme l'Energie Cottbus ou le VfL Bochum, qui ont rapidement assuré leur maintien.
Gekas, buteur en série
Si Bochum a connu une saison relativement tranquille, il le doit en grande partie à un homme, Theofanis Gekas. L'attaquant grec s'est avéré être l'homme providentiel du VfL cette saison, en inscrivant 20 buts en championnat. Cette étonnante réussite fait non seulement de lui le roi des buteurs allemands, mais aussi la révélation de la saison.
Un autre joueur a réussi à se faire une place à part dans le cœur des spectateurs pour sa première saison en Bundesliga. Il s'agit bien entendu de Diego, le meneur de jeu brésilien du Werder Brême. Impressionnant tout au long de la saison, l'ancien milieu de terrain du FC Porto s'est même offert le luxe d'inscrire un but de plus de 60 mètres lors de la 30ème journée, à l'occasion de la victoire (3:1) de son équipe sur Aix-la-Chapelle. Diego termine la saison avec 13 buts et 14 passes décisives à son actif, ce qui fait de lui le deuxième joueur le plus efficace du Werder, juste derrière Miroslav Klose, 13 buts et 15 passes décisives.
Mais la star de cette saison 2006/07 restera sans aucun doute Armin Veh. Pour l'entraîneur de Stuttgart, tout avait pourtant mal commencé avec une défaite 0:3 à domicile. Au soir de la première journée, le VfB occupait une peu reluisante dernière place. Que de chemin parcouru depuis ! En quelques semaines, Veh a su façonner une équipe attractive, capable de pratiquer un football de qualité et d'offrir à ses supporters de grands moments. Au final, le VfB Stuttgart a réussi à déjouer tous les pronostics pour emporter son cinquième titre de champion d'Allemagne. Il y a bien longtemps que la course au titre n'avait pas été aussi palpitante en Allemagne. Une saison riche en rebondissements et en surprises qui s'inscrit dans la droite ligne de la Coupe du Monde de la FIFA 2006 !
