Attaquant révélation de la Squadra Azzurra, Alessandro Matri a dû ronger son frein pendant près de sept ans avant qu'on ne lui offre la possibilité d'exprimer ses qualités de buteur au plus haut niveau. Ce Lombard pure souche a finalement du "s'expatrier" en Sardaigne pendant trois ans et demi pour voir enfin s'ouvrir les portes de la Juventus de Turin et, dans la foulée, celle de la Nazionale.

A y regarder de plus près, Matri, 26 ans, est le prototype de joueur italien que les grands clubs possèdent dans leur vivier mais qu'ils préfèrent prêter pour laisser la place à un joueur étranger confirmé. Comble de l'ironie, quelques années plus tard ils sont tout heureux de pouvoir les racheter à prix d'or.

Naturellement, Matri ne pouvait échapper aux recruteurs d'un des deux grands clubs milanais. Originaire de Graffignana, un village de 2 000 habitants dans la Lombardie profonde, il rejoint l'AC Milan dès l'âge de 12 ans. Les divers responsables des équipes de jeunes remarquent rapidement la volonté et les qualités de cet attaquant complet, pouvant évoluer en pointe ou en retrait avec la même efficacité, très rapide et déjà habile dans le jeu de tête.

Sens du combat et instinct du buteur
C'est donc logiquement qu'il fait ses débuts en Serie A le 24 mai 2003 contre Piacenza (2:4) lors de la dernière rencontre de la saison. Il ignore alors qu'il va devoir patienter quatre longues années avant de gouter à nouveau au parfum de l'élite.

Pendant une saison, il va évoluer uniquement avec l'équipe réserve, les dirigeants rossoneri préférant miser sur Andriy Shevchenko, Filippo Inzaghi, Rivaldo, Jon Dahl Tomasson et autres Marco Borriello. Mais peu emballé à l’idée d’un séjour prolongé sur le banc de touche, Matri décide de  tenter l'aventure du prêt, quitte à aller se battre en troisième et en seconde division à Prato, Lumezzane et Rimini. Quand Cagliari achète à l’AC Milan la moitié de sa propriété au début de la saison 2007/08, il pense enfin avoir mangé son pain noir.

Pourtant, il va devoir patienter encore deux saisons et le départ de l'entraîneur Davide Ballardini pour être enfin titularisé à la pointe de l'attaque. Immédiatement, il confirme son instinct de buteur, réussissant même la performance d'égaler un vieux record de Gigi Riva en inscrivant sept buts décisifs en sept matches consécutifs. Dans la foulée, il entame le début de la saison en cours en marquant 11 buts lors des 22 premiers matches.

"Je ne pense pas, je tire"
La Juventus, à la recherche d'un attaquant après les transferts de David Trezeguet et Amauri, se tourne alors vers cet espoir confirmé qui arrive dans le Piémont le 31 janvier 2011 avec son numéro 32 sur le dos. "J'ai trouvé un groupe serein, ce qui m'a surpris car il n'est pas facile de rester unis si les résultats n'arrivent pas", explique Matri qui va réussir son premier doublé le 5 février à... Cagliari. "Et puis Gianluigi Buffon et Alessandro del Piero m'ont mis à l'aise en me disant de ne pas me compliquer les choses et de jouer comme je le savais. Je suis un attaquant d'instinct. Devant le gardien, je ne pense pas. Je tire."

Un bonheur n'arrivant jamais seul, le lendemain il est appelé par Cesare Prandelli même s'il ne fera ses débuts internationaux que deux mois plus tard face à l'Ukraine (2:0) contre laquelle il inscrira son premier but en azzurro. "Je vis un rêve. En sept jours ma vie a complètement changé", avoue-t-il, perché sur son nuage.

Selon Prandelli, il a "l'impact physique de Marco Borriello et le sens du but de Giampaolo Pazzini", deux de ses concurrents ou compléments à la pointe de l’attaque italienne. On pourrait également souligner sa capacité à se faire oublier pour mieux surgir, ou sa grande efficacité des deux pieds et de la tête. Autant d’éléments qui rappellent son prédécesseur David Trezeguet aux tifosi de la Vieille Dame. Autre ancienne gloire turinoise et azzurra, "Toto" Salvatore Schillaci estime que "Matri peut devenir un joueur important pour la Nazionale, d'autant plus qu'il a une marge de progression intéressante. Et des attaquants de ce niveau il n'y en a pas beaucoup en Italie".

Après tout, sept années de patience et de volonté pour recevoir un tel compliment d’un connaisseur, ça valait le coup d’attendre. Et le meilleur est peut-être à venir.