Le dimanche 26 juin 2011, les supporters de River Plate vivent leur pire cauchemar : en barrage pour le maintien en première division, les Millonarios ne parviennent pas à battre le modeste Belgrano de Córdoba, qui monte dans l'ascenseur à destination de l'élite. Pour la première fois depuis sa création il y a 110 ans, le club le plus titré du football argentin effectue le trajet inverse.

Ce que peu de gens savent hors d'Argentine, c'est que dans les tribunes du Monumental ce jour-là, se trouve un certain David Trezeguet. Avec son profil bas habituel et aux côtés de son oncle et de quelques amis, le Français souffre comme n'importe quel autre supporter de River Plate devant l'implacable scénario d'un match aux allures de funérailles, qui conduit le mythique club de Buenos Aires en deuxième division.

Quelques semaines plus tôt, le quatrième buteur de l'histoire de la Juventus avait connu lui-même un moment difficile avec la descente de son club, Hércules, en deuxième division espagnole. Trezeguet tente alors de rebondir en changeant complètement d'environnement : à l'été 2011, il signe aux Émirats arabes unis dans le club de Baniyas SC. Il ne le sait pas alors, mais ce transfert sera le prélude à une véritable renaissance.

Un mal pour un bien
Trezeguet n'est pas un joueur comme les autres. Si le Moyen-Orient attire de nombreuses stars sur le déclin venues chercher un petite tranquillité et une grande sécurité financière, le Français a pour sa part l'intention de continuer le football à un échelon relativement élevé. "Le niveau était beaucoup plus bas que ce à quoi je m'attendais. Pour mon dernier match, il y avait 100 personnes dans les tribunes. J'avais perdu la joie de jouer", explique-t-il. C'est grâce à son oncle Tomás, qui gère sa carrière, que Trezeguet parvient à rompre son contrat. Au terme de négociations menées tambour battant, l'ancien international français offre ses services à River Plate au milieu de la saison de deuxième division argentine.

Mon premier but avec River a eu plus d'importance pour moi que celui que j'ai marqué contre l'Italie en finale de l'EURO 2000.
David Trezeguet

Côté Millonarios, la direction accepte immédiatement, sans toutefois s'attendre à une demande que fait le Français au moment de signer son contrat : aller fouler la mythique pelouse, en compagnie de quelques amis qui l'accompagnaient en ce jour si particulier. "Ils ne comprenaient pas. Ils pensaient sûrement que je voulais aller demander un maillot. En réalité, j'avais envie de voir ma nouvelle maison. C'est très impressionnant, même si ce n'est rien à côté de l'atmosphère des jours de matches, quand le stade est plein", raconte celui qui a laissé femme et enfants en Europe. "Ils ont très bien compris. Il ne me reste que trois ans au plus haut niveau", confie-t-il.

La motivation de Trezeguet fait le reste. L'entraîneur Matías Almeyda est vite convaincu, tout comme les aficionados de River, choqués par la descente et le refus de plusieurs idoles de revenir à bord du navire naufragé. Plusieurs buts, dont certains décisifs, finiront de lever le dernier voile sur les doutes générés par le passé footballistique récent de Trezeguet.

"Plus important qu'en finale de l'EURO"
"Avec Trezeguet, River va remonter, c'est sûr. C'est un joueur merveilleux, qui sait faire tout ce qu'un numéro 9 doit savoir faire. Celui qui veut apprendre à jouer au poste d'avant-centre n'a qu'à le regarder jouer." Cette prophétie doublée d'un déluge de louanges provient de Juan Román Riquelme, idole et alors capitaine de Boca Juniors. Le mythique meneur de jeu xeneize ne s'est pas trompé. Le 23 juin dernier, les Millonarios remontent en première division après un dernier match crispant contre Almirante Brown, ponctué d'une victoire 2:0 grâce à un doublé de… Trezeguet.

"Mon premier but avec River a eu plus d'importance pour moi que celui que j'ai marqué contre l'Italie en finale de l'EURO 2000", affirme sans sourciller le champion du monde 1998. Ça ne s'invente pas : Trezegol a marqué 13 buts au cours des 1 317 minutes qu'il a disputées en deuxième division depuis son arrivée à River Plate. Treize buts et deux particularités : 12 d'entre eux ont été réussis sans contrôle et dix ont été décisifs pour obtenir soit le match nul, soit la victoire, dans des parties toujours serrées.

"Ici, j'ai retrouvé la joie de vivre. Je me sens de nouveau important", poursuit celui qui, après les départs en retraite récents de Juan Sebastián Verón et de Gabriel Milito et les adieux de Riquelme à Boca, sera incontestablement l'un des grands noms de la prochaine saison de première division en Argentine. Il aura donc fallu 363 jours, entre cette sombre journée de juin 2011 et la remontée acquise le 23 juin 2012, pour que River et Trezeguet, dans une relation symbiotique, renaissent de leurs cendres.