Ricardo, qui s'est jusqu'en 2009 à Monaco, aura réussi le paradoxe de relancer Bordeaux, ramenant en deux ans une place en C1 puis un trophée (Coupe de la Ligue), sans que son équipe parvienne jamais à convaincre faute d'éclat, d'audace, ou de temps.
Arrivé en 2005 pour succéder à Michel Pavon, le Brésilien trouva un groupe traumatisé par six mois de stress, le maintien assuré (15e) à la dernière journée, après une autre saison anonyme (12e). Le titre 1999 était loin, plus loin encore les riches heures européennes du club au scapulaire.
Par petites touches, un mélange d'écoute, de charisme et de rigueur, le technicien au CV cossu (65 sélections, les rênes d'une demi-douzaine de clubs au Brésil, du onze olympique, du PSG avec deux coupes à la clef) s'attela à "redonner confiance à de bons joueurs". Via des résultats peu à peu consolidés, une assise défensive, et un jeu a minima, mais assumé.
"J'adore le football très offensif. Mais une équipe équilibrée gagnera davantage de matches, même sur des petits scores", plaida Ricardo, clamant sa quête d'"équilibre", d'une prise de risques sans désorganisation.
Jeu "pauvre"
L'ère Ricardo vit aussi une très forte
sud-américanisation de l'effectif, avec plus (Fernando, Wendel,
Henrique sur le tard) ou moins (Perea) de réussite, et des
promesses (Jussiê, Cavenaghi) encore en suspens.
Divine surprise pour les supporteurs, la 2e place de mai 2006 et le retour en C1, six ans après, fut au final dur à digérer pour Bordeaux: trop en dedans pour la Ligue des champions (aucun but avant la 4e journée, trop tard), trop éprouvé ou inconstant en L1.
Et la 2e saison de Ricardo, glanant le seul trophée (Coupe de la Ligue) depuis 2002 et qui aurait été un triomphe avec un 2e visa pour la C1, ne se débrida jamais. Même si le coach invoqua une infirmerie guignarde (Fernando, Planus, puis Darcheville longuement) empêchant les automatismes, donc l'audace.
Face à Nantes relégable, pour la 36e journée (0-1), Bordeaux alors 2e donna -encore- l'impression de ne savoir forcer son destin. Et au final ne produisit que sur deux mois un peu plus offensifs -mars-avril- la suave transformation du jeu annoncé par son coach.
Impeccable et courtois, gentleman avéré à l'humour patent, Ricardo laissa aussi entrevoir une facette disciplinaire, l'impatiente exigence de travail et d'implication de celui qui n'est "pas là pour être l'ami des joueurs".
Un goût d'inachevé
Darcheville en paya le prix, qui disparut du onze
de départ, puis du groupe, peu après des critiques sur le jeu
"pauvre", puis une fois son départ pour les Glasgow
Rangers avéré. "Dans sa tête, il est déjà parti",
justifia Ricardo.
Mavuba, chéri de Chaban-Delmas et intouchable depuis trois ans, n'eut pas droit à plus d'égards, avec des passages sur le banc à l'hiver, puis de nouveau en mai, alimentant ses désirs d'ailleurs, a fortiori en C1.
Arrivé pour deux ans, puis prolongé jusqu'en 2009, Ricardo s'inscrivit sur la durée, avec pour objectif "d'essayer d'avancer chaque année", et toujours en tête le "réalisme" imposé par les moyens limités de Bordeaux.
L'éventualité d'une voilure supérieure à Monaco aurait-elle rendu l'offre princière attrayante ? A moins qu'un élément de réponse ne réside dans sa situation personnelle -sa famille ne s'était pas ancrée à Bordeaux ?
Quoi qu'il en soit, le coach de 42 ans qui, approché par l'ASM, joua réglo, et quitte Bordeaux "en toute amitié" (selon le président Jean-Louis Triaud), y laisse un sentiment mitigé: entre un goût d'inachevé et l'indéniable respect dû à la remise sur pieds, sans bruit, d'un club inquiet.
