L'ancien défenseur international Laurent Blanc, qui sera la saison prochaine l'entraîneur de Bordeaux (L1), a expliqué vendredi qu'il "attendait depuis longtemps" une telle proposition, et commençait à se désespérer de se voir reprocher son manque d'expérience.
Depuis votre retraite (en 2003), attendiez-vous cette
chance d'entraîner?
"J'attendais une proposition comme celle que m'a
faite Bordeaux depuis longtemps. Quand j'ai arrêté ma carrière
de footballeur, il était évident que je me voyais continuer dans ce
domaine. Entraîneur, c'est un métier très difficile, mais je ne
voulais pas le faire n'importe comment, pas avec n'importe
quel club. Je m'étais décidé à répondre aux sollicitations si
le club me convenait, j'en avais 5-6 en tête, dont Bordeaux. Je
devais faire un choix ambitieux, ce n'était pas de la
prétention... mais un peu quand même. Mais je m'étais dit que
si, d'ici un ou deux ans, je n'avais pas d'opportunité
de devenir entraîneur, il me faudrait être réaliste et prendre une
autre direction".
Malgré vos diplômes, le manque d'expérience a-t-il été
un obstacle ?
Depuis quatre ans, j'ai passé mes diplômes
(d'entraîneur et de manager de club). Entre-temps, j'ai eu
quelques propositions mais pour diverses raisons cela ne s'est
pas fait. Les discours bloquaient sur un point précis, mon manque
d'expérience, et cela commençait à me chatouiller. Mais ceux
qui le disent ont raison: je n'ai pas d'expérience. Aussi,
avec Jean-Louis Gasset (son adjoint), j'ai choisi d'amener
avec moi quelqu'un qui en a beaucoup".
Quelles sont vos priorités en termes d'effectif,
notamment eu égard à des joueurs comme Mavuba ou Faubert, tentés
par un départ ?
"Tous les bons joueurs sont bienvenus dans mon
équipe. Or, ces joueurs sont de très bons joueurs. Plus j'en
ai, plus j'ai de chances de faire une bonne saison. Avant tout,
essayons de conserver le maximum de joueurs de notre effectif. Pour
le moment, je suis plutôt dans cet état d'esprit-là. Le
recrutement est important, mais je n'ai pas une équipe à
rebâtir. Bordeaux a un très bel effectif, on connaît ses résultats,
il y a aussi déjà des départs (Darcheville, Cid), des joueurs non
conservés (Enakarhire), un joueur gravement blessé (Henrique). A
partir de là, essayons d'amener des retouches de
qualité".
On a reproché à Bordeaux d'être trop défensif. Quel jeu
et quel système prônerez-vous ?
"Je suis ouvert à tout tactiquement. Je veux
essayer d'être un entraîneur sans système strict. J'ai
connu dans ma carrière de grands noms qui, dès leur arrivée dans un
club, sans connaître forcément l'effectif, disaient: +je vais
jouer en 4-4-2 ou en 3-5-2+. C'était voué à l'échec quand
le groupe de joueurs avait des qualités ne collant pas au système.
J'aimerais être celui qui fait comprendre à ses joueurs
qu'en match, on peut changer d'option, de choix. Et
proposer du jeu m'intéresse, mais ce qui m'importe,
c'est d'être efficace".
Quels entraîneurs vous ont le plus marqué, ou inspiré
?
"Pour moi, l'entraîneur idéal est celui qui tire le
meilleur de chacun de ses joueurs. Et un très bon entraîneur est
celui qui arrive à faire cela, avec en plus une faculté tactique
qui lui permet de se sortir des mauvais moments dans un match ou
une saison. J'ai connu des entraîneurs avec ces deux qualités,
et je retiens surtout Marcello Lippi (qui fut son entraîneur à
l'Inter Milan), et Sir Alex Ferguson (Manchester United), qui
n'est pas forcément tout le temps avec toi dans la semaine sur
le terrain, mais qui, le jour du match ou la veille, prend les
choses en main, parle individuellement ou collectivement, et rend
le groupe réceptif, prêt à appliquer".
L'objectif affiché de Bordeaux est la qualification en
C1. Vous paraît-il réalisable pour votre première année
d'entraîneur ?
"Ce sera très difficile à réaliser, on n'est pas les
seuls à se battre pour cela, et ce qui me dérange, c'est que
c'est pour deux places, puisque je mets Lyon d'office dans
les trois. Mais ne nous fixons pas là-dessus pour l'instant.
L'objectif dans un premier temps est de connaître au mieux mon
groupe".
