Passer en deux ans du statut de club de milieu de tableau à celui de grand d'Europe, c'est l'exploit qu'a réalisé le FC Séville sous la houlette du magicien Juande Ramos. Cause ou conséquence de cette transformation, nombreux sont les joueurs qui n'avaient pas de grande renommée internationale à leur arrivée en Andalousie et qui sont aujourd'hui reconnus parmi les meilleurs d'Europe à leur poste.

Frédéric Kanouté, Julien Escudé, Luis Ernesto Chevanton, Enzo Maresca ou Christian Poulsen ont ainsi étoffé leur palmarès en même temps qu'ils ont relancé leur carrière et explosé à l'échelle internationale. Dernier bijou révélé par l'usine à champions d'Andalousie, le Russe Aleksandr Kerzhakov. Arrivé du Zenit Saint-Pétersbourg en janvier, l'attaquant international ne se doutait pas que cinq mois après, son club remporterait son troisième titre européen (2 Coupes de l'UEFA et une Supercoupe) et serait toujours en course pour décrocher le championnat et la Coupe d'Espagne. Mais l'effet de surprise n'est sûrement pas réciproque, Ramos se trompant rarement sur la qualité de ses recrues.

De bourreau à héros
Car Kerzhakov n'est pas complètement inconnu du public sévillan. Avant de devenir l'un de ses héros, il en fut le bourreau. Petit retour en arrière. Dans la conquête de son premier titre continental, la Coupe UEFA 2006, Séville n'a connu qu'un seul faux pas en phase de groupes, une défaite 2:1 en novembre 2005 au stade Petrovsky de Saint-Pétersbourg. Un jeune attaquant crève alors l'écran et inscrit les deux buts russes : Aleksandr Kerzhakov. Les deux équipes se retrouvent quelques mois plus tard en quart de finale. Séville prend sa revanche au stade Ramón Sánchez-Pizjuan en s'imposant facilement 4:1. Mais qui sauve l'honneur pour les Russes? Encore Kerzhakov.

En décembre 2006, les Andalous sont toujours en course pour conserver leur titre européen, à la lutte pour le sacre en Liga, et qualifiés en Coupe d'Espagne. Pour jouer sur tous les tableaux, Ramos doit renforcer son effectif et se tourne immédiatement vers l'attaquant du Zenit. A la plus grande joie de l'intéressé. "Après avoir découvert Séville, sa manière de jouer, la ville et l'atmosphère qui y règne, j'en suis tombé amoureux" avoue l'attaquant. "Alors quand j'ai appris que le club s'intéressait à moi, j'ai été très fier."

Sollicité par Newcastle, Tottenham, Rennes et l'Olympique de Marseille, Kerzhakov choisit le défi espagnol au grand désarroi des supporters du Zenit, qui voient s'envoler le meilleur buteur de l'histoire du club. Auteur de 95 buts en 205 rencontres, dont 15 en 23 matches européens, l'international russe a notamment terminé meilleur du championnat en 2004.

Rapidité, sens du but, bonne frappe des deux pieds et habileté sur coup de pied arrêté en ont même fait le plus jeune joueur russe à avoir atteint la barre des 100 réalisations, toutes aussi importantes à ses yeux. "Chaque but est important. Même si c'est un penalty, un but change toujours le score en faveur de votre équipe, et c'est là l'essentiel. J'ai inscrit de beaux buts dans ma carrière, mais ils ont tous la même importance pour moi."

Clin d'œil et compliment
En Espagne, Kerji doit faire face à la concurrence de Kanouté, Fabiano et Chevanton à la pointe de l'attaque, mais répond présent à chaque fois que l'on fait appel à lui. Son premier coup d'éclat intervient lors du match au sommet face au FC Barcelone en mars dernier. Les Blaugrana mènent 1:0, jouent à 11 contre 10 pendant plus d'une heure, mais finissent par s'incliner. Auteur du but égalisateur, Kerzhakov conserve un souvenir particulier de cette rencontre. "A la mi-temps, Ronaldinho m'a fait un clin d'œil et m'a dit que j'avais bien joué" se rappelle-t-il fièrement, sourire aux lèvres.

Buteur à cinq reprises en 14 rencontres, dont huit en tant que titulaire, il a permis à son club de rester dans la course au titre. A deux journées de la fin, alors que Saragosse tient Séville en échec sur sa pelouse, le Russe, à peine entré en jeu, marque le deuxième but et offre le troisième à Kanouté. Séville assure ainsi sa place en Ligue des champions et continue à croire au sacre.

Même scénario sur la scène européenne où le duo Kanouté-Kerzhakov a contribué au deuxième succès sévillan consécutif en Coupe UEFA. Menés 1:0 à domicile face à Tottenham en quart de finale aller, les Rojiblancos égalisent par leur attaquant franco-malien avant que le Russe ne marque le but de la victoire. Le nul 2:2 au retour enverra les Andalous en demi-finale d'une compétition qu'ils remporteront quelques semaines plus tard.

Quand on connaît une telle réussite, pourquoi ne pas en faire profiter les autres ? Kerzhakov l'a compris et répète avec sa sélection les performances qui lui ont permis de gagner sa place en club. Si bien que la Russie est toujours en course pour la qualification pour l'Euro 2008, grâce notamment aux récentes performances de l'attaquant sevillista. Un but face à l'Estonie pour une victoire 2:0 à l'extérieur et un triplé lors de la victoire 4:0 à domicile face à Andorre et voilà les troupes de Guus Hiddink au coude à coude avec la Croatie, Israël et l'Angleterre pour une des deux places qualificatives.

Talent et ambition
Si la Russie décroche son billet pour la Suisse et l'Autriche, ce sera déjà la troisième grande compétition internationale disputée par Kerzhakov. Et l'occasion d'effacer les déceptions des deux premières. Agé d'à peine 19 ans, il n'avait disputé que quelques minutes lors de la Coupe du Monde de la FIFA 2002 où la Russie était sortie sans gloire dès le premier tour. Même scénario deux ans plus tard lors de l'Euro portugais où les Soviétiques terminent à la dernière place de leur groupe.

Aujourd'hui, la Russie s'appuie sur un jeune trio offensif composé de Kerzhakov (24 ans), Dmitry Sychev (23 ans) et Andryi Arshavin (26 ans), qui profite de l'expérience acquise par Kerzhakov dans l'un des meilleurs championnats du monde. Une situation qu'Andrei Kanchelskis, ancienne gloire de la sélection russe, aimerait voir se répéter. "Les joueurs russes ont tout ce dont ils ont besoin en Russie et ne partent pas à l'étranger. Dans ces conditions, c'est impossible que la Russie progresse" regrette l'ancien joueur de Manchester United et d'Everton. "Kerzhakov a fait le bon choix en partant pour l'Espagne. Il a désormais la possibilité de progresser et montrer son talent en Europe."

A l'image de ses compatriotes Aleksandr Mostovoi ou Valery Karpin, qui ont fait respectivement les beaux jours Celta Vigo et de la Real Sociedad, Kerzhakov espère à son tour marquer l'Espagne de son empreinte. "Je sais qu'on attend beaucoup de moi, et je vais faire le maximum pour convaincre mon entraîneur et les supporters", déclarait à son arrivée le deuxième Russe à porter le maillot du FC Séville après le légendaire gardien de but Rinat Dassaiev à la fin des années 80. A peine cinq mois après, ce premier objectif est largement atteint.

Pour le second, il faudra attendre la dernière journée de la Liga. "Nous allons gagner le championnat" avait en effet annoncé l'ambitieux attaquant lors de sa signature. Talent et ambition, deux qualités qui pourraient bien lui donner raison.