Après trois ans de disette, le Real Madrid a conquis sa 30ème Liga. Au terme d'un des championnats les plus indécis de ces dernières années, il succède au FC Barcelone. Tout n'a pas été facile pour les Merengues puisqu'ils ont cravaché jusqu'aux derniers hectomètres pour mettre fin à cette pénible traversée du désert.

Dix ans après son premier passage dans la capitale espagnole, Fabio Capello avait repris les commandes de la Casa Blanca en promettant de gagner la Liga, chose qu'il avait faite lors de la saison 1996/97. L'aventure était pourtant mal partie. Au cours des quatre premiers mois, les Castillans ne parvenaient pas à suivre le rythme imprimé par le FC Séville et le FC Barcelone, lesquels se plaçaient alors en incontestables favoris.

Stoïque, l'Italien n'a pas perdu sa sérénité. Pourtant, il a pris quelques décisions qui ne lui ont pas valu que des amis, comme la mise à l'écart de Ronaldo ou l'éviction de David Beckham suite à son engagement au LA Galaxy. Le parcours sportif de son équipe a également souffert de douloureux revers, comme des défaites contre des promus à Bernabéu ou une élimination de la Ligue des champions de l'UEFA contre un petit Bayern Munich. Au final, les résultats lui ont donné raison.

Le tournant de la Liga a eu lieu le 13 mai. Alors que le Real Madrid réussissait à revenir au score et à s'imposer contre l'Espanyol (4:3), le FC Barcelone concédait in extremis un nul contre le Betis (1:1). La pole position avait changé de mains. Les Madridistas se trouvaient alors en situation idéale car ils avaient l'avantage sur les Catalans grâce aux résultats des confrontations directes entre les deux ogres. La victoire 2:0 au Bernabéu et le 3:3 obtenu au Camp Nou allaient peser lourd dans la balance en cas d'égalité aux points.

"Nous avons vécu une saison avec de grandes équipes, de grands adversaires. Le titre est finalement revenu au groupe qui avait le plus confiance en lui", lançait le capitaine madrilène Raúl, enroulé dans un drapeau aux couleurs de son club.

En ce dimanche 17 juin, dernière journée de championnat, le Barça, le Real Madrid et le FC Séville avaient donc rendez-vous pour se disputer le titre à distance. Défaits à domicile par Villarreal, les Andalous, qui étaient déjà les moins bien placés, ont été mis hors concours. En ouvrant le score en début de rencontre au Bernabéu, Majorque a longtemps assuré le titre au FC Barcelone, qui est allé s'imposer 5:1 sur le terrain du Nástic Tarragone. Le Real a donc souffert, mais dans les 20 dernières minutes, il a complètement inversé le cours de la rencontre (3:1) et déclenché une immense fête dans la capitale espagnole.

Bien campés sur leurs positions face aux critiques s'abattant sur eux dans les moments difficiles, les Madrilènes ont conjuré la malédiction après trois saisons stériles. Quant aux Barcelonais, ils ont révélé leurs carences après deux magnifiques saisons.

En 2006, les hommes de Frank Rijkaard avaient ouvert leur saison en s'inclinant face à Séville en Supercoupe d'Europe. Fin décembre, ils perdaient de nouveau, cette fois en finale de la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA, face aux Brésiliens de l'Internacional. Même si elles n'ont pas directement influé sur la Liga, ces défaites n'étaient pas forcément de bon augure. Mais le véritable coup de bambou a été l'élimination en huitièmes de la Ligue des champions contre par Liverpool. Les critiques émises à voix haute par certains joueurs ont alors laissé entrevoir quelques dissensions dans le vestiaire catalan. D'autant que le rendement individuel de certains cadres n'était pas toujours au rendez-vous. Résultat : sur le terrain, le Barça perdait de sa fraîcheur et de son autorité. Point par point, revers après revers, les Blaugranas ont laissé filer la couronne.

Les Européens et les condamnés
Le Villarreal de Manuel Pellegrini avait mal commencé cette saison, mais petit à petit, il a remonté la pente, jusqu'à assurer son retour sur la scène européenne. Après le départ de Juan Román Riquelme en Argentine, Marcos Senna et Diego Forlán sont devenus les deux capitaines de bord d'un Submarino Amarillo (sous-marin jaune) qui n'a jamais perdu la foi. Aujourd'hui, Villareal se reprend à rêver des folles soirées européennes vécues en 2005/06.

Plus argentin que jamais, le Real Saragosse a lui aussi décroché son billet européen. En bon alchimiste, Víctor Fernández a parfaitement conjugué les 22 buts de Diego Milito à la solidité défensive de son frère Gabriel, au coup de rein d'Andrés D'Alessandro et à l'intelligence de Pablo Aimar. Les Aragonais font donc leur grand retour en Coupe de l'UEFA.

Le Recreativo de Huelva mérite une mention spéciale. En 118 ans d'histoire, ce petit club andalou n'avait vécu que deux saisons en première division (78/79-02/03). Cette année, il a réalisé son rêve en accrochant le maintien. Et de quelle manière ! Dans le sillage des Sinama Pongolle, Jesús Vázquez et autres Santi Cazorla, le Recreativo a terminé huitième, confirmant son statut d'équipe révélation de la saison.

En bas du classement, trois clubs se partagent la soupe à la grimace. Les supporters du Nástic de Tarragone n'auront dégusté qu'une saison le plaisir de retrouver l'élite qu'ils avaient quittée pendant 56 ans... Les Catalans sont accompagnés par deux grands noms du football ibérique, la Real Sociedad et le Celta Vigo.

Après être passés tout près de la gloire lors de l'exercice 2002/03, les Basques ont connu une inexorable descente aux enfers. Malgré le nouveau projet sportif monté cette année, les Kovacevic, Xabi Prieto et compagnie n'ont pu enrayer la spirale négative. Qu'ils sont loin les deux titres décrochés dans les années 80... Il faut remonter à la saison 66/67 pour trouver un classement de Primera où ne figure pas le club donostiarra.

Quant au Celta, il revit les affres connus il y a trois ans. Après avoir disputé la première Ligue des Champions de l'UEFA de son histoire, il avait été rétrogradé dans la catégorie inférieure. Après un an de purgatoire, les Galiciens étaient revenus en Primera plus forts que jamais, décrochant même une place en Coupe de l'UEFA. Malheureusement, le scenario catastrophe s'est répété, la faute à un calendrier trop chargé, entre championnat, Copa del Rey et UEFA, pour un effectif limité. Hristo Stoichkov n'a pas réussi à opérer le miracle, mais il a promis de rester à Balaídos pour tirer le Celta de cette nouvelle impasse.

Les stars
Résultats, statistiques, classements. Cette Liga aura été celle des chiffres, mais aussi celle du talent. Si le championnat espagnol doit dire adieu à Ronaldo, Roberto Carlos ou David Beckham, il a également assisté à l'explosion de nombreux joueurs.

Pichichi de la Liga, Ruud van Nistelrooy (26) n'a échoué qu'à un but de Francesco Totti pour le soulier d'or européen. Le Néerlandais a été l'un des grands artisans de la résurrection madrilène. Par son opportunisme et son sang-froid, il a offert quelques points précieux aux Madrilènes dans certains moments difficiles. En outre, son mental de guerrier a été un modèle pour tout le vestiaire. Au Barça, Ronaldinho ne s'est pas montré sous son meilleur jour et Samuel Eto'o a été stoppé par une blessure, mais deux jeunes joueurs ont brillé de mille feux : Lionel Messi et Andrés Iniesta. L'avenir appartient à ces petits génies.

Le FC Séville a vécu une très belle saison grâce à la complicité d'un effectif très équilibré. Les 21 buts de l'impavide Frédéric Kanouté n'auraient pas été possibles sans la hargne de Dani Alves, l'énergie de Luis Fabiano et le talent insouciant d'Antonio Puerta ou de Jesús Navas.

Handicapé par une infirmerie surchargée en début de saison, Valence a dû se contenter cette saison de la quatrième place. Cela dit, son entraîneur a bien des raisons de positiver. David Villa a confirmé ses talents de buteur et a trouvé un partenaire idéal en la personne de David Silva. Très rapide, cet ailier gauche est aussi un excellent dribbleur doté d'une frappe étonnante de spontanéité. Le Canarien a mis toutes ces qualités à profit pour établir une relation quasiment télépathique avec Villa. En outre, l'inoxydable gardien Santiago Cañizares, 37 ans, a démontré qu'il a encore de beaux jours devant lui. Surtout qu'il a trouvé un lieutenant de qualité en la personne du jeune défenseur Raúl Albiol, excellent dans la charnière centrale avec Roberto Ayala.

Tous ces hommes, ainsi que d'autres, ont été les grands animateurs de cette Liga. On retrouvera la plupart d'entre eux l'an prochain, aux côtés de nouvelles têtes, pour une nouvelle édition qui s'annonce déjà passionnante.