Le départ à Barcelone de l'attaquant français Thierry Henry, annoncé vendredi par la radio espagnole Cadena Ser, signerait, s'il était confirmé, la fin en queue de poisson d'une histoire d'amour de huit ans.

Arrivé en 1999 après un passage raté à la Juventus Turin, Henry doit beaucoup à Arsenal. Avec le club anglais, il a remporté deux titres de champion (2002 et 2004) et trois Coupes d'Angleterre (2002, 2003 et 2005). Il a surtout gagné à Londres le statut de superstar multimillionnaire du football.

Les Gunners doivent également beaucoup à celui qui restera comme le buteur le plus prolifique de leur histoire, avec l'invraisemblable total de 226 buts en 369 matches.

Mais la relation passionnelle entre le club et celui qui était devenu son talisman après le départ de Patrick Vieira, a vécu une épreuve qu'elle ne semble pas pouvoir surmonter: l'Europe, où Arsenal, malgré une finale perdue en 2006 contre le FC Barcelone, n'est jamais apparue comme une force dominante.

Henry, dont le dernier match avec les Gunners restera symboliquement celui de l'élimination de la Ligue des champions par le modeste PSV Eindhoven qu'il terminera blessé, est l'un des seuls joueurs de son statut à présenter un palmarès vierge de tout titre sur la scène européenne.

Soucis de trésorerie
Les remous au sein du club, notamment l'éviction de l'architecte des succès d'Arsenal David Dein pour avoir fait les yeux doux au magnat du sport-américain Stan Kroenke, tout comme les soucis de trésorerie des Gunners, que la construction de l'Emirates Stadium a lourdement endettés, semblent avoir fini par convaincre Henry qu'Arsenal ne sera pas en mesure de briguer la Ligue des champions l'an prochain.

Or, à 30 ans, le temps presse pour un joueur qui a été blessé une bonne partie de la saison et dont les absences répétées et les prestations en demi-teinte ne sont pas étrangères à une deuxième saison consécutive ratée pour les Gunners.

De leur côté, Arsenal a un intérêt à vendre un joueur qui entre dans l'automne de sa carrière et dont la valeur n'aurait sans doute cessé de décroître à mesure qu'approchait l'échéance de son contrat en 2011.

L'entraîneur Arsène Wenger, qui avait couvé l'éclosion de l'attaquant à Monaco, a toujours entretenu une relation particulière avec son joueur, même si cette saison il n'avait guère goûté ses critiques à peine voilées du club sur le recrutement.

Tutelle parfois envahissante
Mais Wenger n'a jamais été homme à faire du sentiment quand il s'agissait de faire des affaires et il sait que les quelque 24 millions d'euros que lui rapporterait le transfert lui seront bien utiles. Un ancien de la maison, Nicolas Anelka, est d'ores et déjà évoqué pour succéder au "roi Henry".

Du côté des supporteurs, où malgré ses prestations souvent brillantes avant cette saison, Henry n'a jamais atteint la cote d'amour d'un Patrick Vieira, les réaction vendredi oscillaient entre dépit et indifférence.

"C'est le bon moment pour le vendre", disait l'un vendredi soir. "Il ne sera jamais adulé par les supporteurs du Barça comme il l'était ici", prévenait un autre.

La jeune équipe d'Arsenal pourrait trouver dans le départ d'Henry l'occasion de se libérer de la tutelle parfois envahissante du Français, comme à l'entrée de l'hiver, quand il avait fêté ostensiblement au premier rang du banc des remplaçants un but d'Emmanuel Adebayor alors qu'il était blessé, attirant vers lui les caméras.

Beaucoup avaient peu goûté les déclarations publiques d'Henry sur le manque de profondeur de l'équipe d'Arsenal.