Les plus grands noms du football sont souvent associés à leur club de cœur. Pelé et Santos, George Best et Manchester United ou Francesco Totti et l'AS Rome ne sont que quelques exemples de cet amour réciproque. De la même manière, le nom de Gheorghe Hagi, légende du football roumain, est indissociablement lié au Steaua Bucarest. Dix-sept ans après avoir porté pour la dernière fois le célèbre maillot rouge et bleu, le Maradona des Carpates est de retour dans la capitale roumaine. Sur le banc de touche cette fois-ci.

Une opération que le Président George Becali avait déjà tenté de réaliser l'an dernier sans succès. Cette saison, le nom du remplaçant de Cosmin Olăroiu, qui a rejoint le club saoudien d'Al-Hilal, s'est imposé de lui-même. Au sortir d'une expérience décevante sur le banc du Politehnica Timişoara, Hagi s'est engagé pour deux ans à la tête du club qui l'avait révélé aux yeux du monde.

Deuxième du dernier championnat, le Steaua compte sur l'enfant chéri du football national pour reprendre le titre au grand rival du Dinamo Bucarest. Pour cela, les supporters Ros-Albaştrii (rouge et bleu) espèrent que leur héros répètera dans son costume d'entraîneur les performances qu'il avait alignées avec le maillot du club sur le dos. Des attentes partagées par l'intéressé. "C'est un grand honneur de venir entraîner le Steaua. Je reviens 17 ans après au club où j'ai connu mes plus grandes performance" déclarait le gaucher magique le jour de sa présentation. "J'espère faire aussi bien en tant qu'entraîneur qu'en tant que joueur".

Car sous le maillot du club de l'armée, le milieu de terrain a construit sa légende en même temps qu'il a accumulé les trophées. Entre 1987 et 1989, il a remporté trois doublés Coupe-Championnat consécutifs et une Supercoupe d'Europe conquise en 1987. Auteur de 76 buts en 97 rencontres avec le Steaua, il y a hérité du surnom flatteur de Maradona des Carpates et s'est ouvert les portes du grand Real Madrid. Après deux saisons dans le club merengue, pour lequel il compte 63 apparitions pour 16 buts, Hagi découvrira le calcio avec Brescia.

Point d'orgue de ces deux saisons italiennes, la Coupe du Monde de la FIFA 1994 lui offre l'occasion revenir sur le devant de la scène. Un but mémorable de 40 mètres face à la Colombie et une qualification pour les quarts de finale de la compétition en font l'un des joueurs les plus demandés par les grosses écuries. C'est finalement le FC Barcelone qui décroche la timbale, mais malgré tout son talent, le Roumain ne décrochera aucun titre avec le club blaugrana.

La légende de Hagi, chapitre II
Devenu indésirable en Catalogne où on le considère vieux, fatigué et trop fragile, Gica fait ses valises pour Galatasaray. A 31 ans, le phénix roumain renaît de ses cendres et entame la rédaction du deuxième chapitre de sa légende. Entre 1996 et 2001, il transforme presque à lui tout seul le club stambouliote en grand d'Europe.

Outre les quatre titres de champion consécutifs (1997, 1998, 1999, 2000) et les deux coupes nationales (1999, 2000), les Lions deviennent le premier club turc à soulever un trophée européen en battant les Anglais d'Arsenal en finale de la Coupe de l'UEFA 2000. Quelques mois plus tard, ils terrassent le Real Madrid lors de la Supercoupe d'Europe. Déjà prophète en son pays - où il a récemment été honoré du titre de Joueur du Siècle -, Hagi le devient également en Turquie où les supporters de Galatasaray ne jurent plus que par son numéro 10. Il raccrochera finalement les crampons l'année suivante, en 2001, 19 ans après ses débuts au Farul Constanta.

Incapable de s'éloigner des terrains, Hagi n'attend pas longtemps avant de reprendre du service. A peine quelques mois après avoir raccroché les crampons, il entame sa carrière d'entraîneur sur le banc de la sélection nationale en remplacement de Laszlo Bölöni. Echouant dans sa mission de qualifier la Roumanie pour la Coupe du Monde 2002, le meneur de jeu aux 135 capes est remercié. Conscient de son manque d'expérience, il décide en 2003 de prendre les commandes du modeste club de Bursaspor, en Turquie, pour apprendre les ficelles du métier. Les résultats ne suivent toujours pas et nombreux sont ceux qui s'interrogent sur ses réelles capacités sur un banc de touche.

Deuxième renaissance
Signe du destin, c'est à nouveau sur les bords du Bosphore que le talent du Roumain va se révéler. Il prend les rênes de Galatasaray en 2004 alors que le club n'a plus connu le moindre succès depuis deux ans, une éternité pour ses supporters habitués aux trophées. Moins d'un an plus tard, il offre au club sa 14ème coupe nationale. Il quitte néanmoins "sa deuxième maison" sur ce succès et rentre au pays pour prendre place sur le banc du Politehnica Timişoara en 2006. Nouvel échec puisqu'il est remercié quelques mois plus tard après un début de saison raté.

La saison 2007/2008 offrira-t-elle enfin le succès et la stabilité au jeune technicien ? C'est en tout cas ce qu'espèrent les dirigeants du Steaua. De son côté, le meilleur buteur de l'histoire de la sélection (35 buts) sait ce qu'on attend de lui et le meilleur moyen de l'obtenir. "Au Steaua, on est condamnés à la victoire. Le club doit toujours être le meilleur, il faut travailler selon cette idée. Nous avons cependant besoin d'unité, je ne pourrai pas travailler seul. Nous n'atteindrons nos objectifs que si nous travaillons ensemble. J'ai besoin de calme, et seuls les résultats l'apporteront".

De résultats, il en sera déjà question dès la fin du mois de juillet. Le premier défi qui attend Hagi et ses joueurs sera de se qualifier pour le troisième tour préliminaire de la Ligue des champions. Pour cela, le Steaua devra se défaire du club polonais de Zagłębie Lubin. Une qualification permettrait au nouvel entraîneur du Steaua de travailler l'esprit tranquille à son nouvel objectif : vérifier le vieil adage qui veut qu'une légende ne meure jamais...