Réputé frileux et ennuyeux sous l'ère Ricardo, Bordeaux va tenter de changer de cap et de retrouver des couleurs sous l'égide du +Président+ Laurent Blanc, entraîneur sans expérience mais non sans ambitions qui fait déjà l'unanimité dans son groupe.
Prestance, stature, respect: on appelle cela l'attrait du personnage. Cinq semaines après avoir endossé son nouvel habit, Blanc semble avoir marqué son territoire et imposé ses méthodes, ses envies, sa préparation "à l'italienne!" comme l'a définie le défenseur David Jemmali, marqué par l'effort.
"C'est assez costaud par rapport aux années précédentes. On travaille plus sur le fond, sur la vitesse, on ne touche pas le ballon le matin, c'est dur, pas très agréable", tique l'international tunisien au club depuis onze ans. "On a essayé de remplir le réservoir le mieux possible pour que toute la saison, on ne manque pas de carburant", plaide le nouveau coach.
On connaissait le joueur Blanc précis, précieux, on a découvert
l'entraîneur pressé, comme lorsqu'il dégaina son
"agacement contre la lenteur du recrutement" un soir de
défaite à Libourne (L2) quand il ne disposait que de cinq joueurs
aguerris à la L1.
Elégance
Venu sur les bords de la Garonne en binôme avec
Jean-Louis Gasset, le champion du monde s'est surtout attelé à
observer, conseiller, encourager, quand Gasset anime, raille,
chambre à la sauce méditerranéenne.
"Ils sont un peu plus communicatifs que Ricardo qui était un peu moins expressif, observe le jeune attaquant Gabriel Obertan. Et puis ils ont une pédagogie assez formatrice, ils aiment les jeunes, proposent des jeux assez ludiques, ça change un peu la donne par rapport à l'année dernière et permet d'avoir plus d'unité entre les joueurs". "Plus proches des joueurs, ce n'est pas plus mal pour moi", ajoute Jemmali qui a mal vécu la fin du règne de Ricardo.
Adepte de la sucette, à l'instar de Luis Fernandez,
l'ancien libero n'a rien perdu de son âme de joueur, de
gagneur lors des petits jeux, ni son élégance balle au pied.
"Il recherche toujours l'efficacité par le beau jeu, la
performance en étant propre, sobre tout en étant efficace",
observe le gardien Ulrich Ramé, son ancien partenaire chez les
Bleus.
Plaisir et stress
Jemmali renchérit: "Blanc prône davantage le
jeu alors que Ricardo prônait beaucoup plus la tactique, le système
défensif, ça se voyait le samedi, on ne pratiquait pas un grand
football". Blanc, inspiré par Marcello Lippi et Sir Alex
Fergusson, aimerait "être celui qui fait comprendre à ses
joueurs qu'en match, on peut changer d'option, de
choix".
Le nouvel entraîneur girondin inspire la confiance -Marc Planus et Marouane Chamakh ont resigné après sa nomination-, use de son pouvoir de séduction, d'attraction. Pour preuve, chaque nouveau (Mathieu Chalmé, David Bellion, Alou Diarra) a vécu l'approche téléphonique du +Président+ comme une fierté. "Avoir Laurent Blanc, c'est tout de même très flatteur, avoue l'ancien attaquant niçois Bellion. Je suis de la génération +Coupe du Monde+, il m'a particulièrement marqué".
Jusqu'au stage breton à Port-Crouesty, Bordeaux naviguait à vue (1 nul et trois défaites), au gré des arrivées, sans pour autant inquiéter le +Président+: "Le sport de haut-niveau, c'est du plaisir et du stress. Une année avec l'Inter Milan, on avait perdu nos douze matches de préparation avant de gagner les six premières journées du calcio". Un augure presque palpable après les deux succès enregistrés contre Lorient et Rennes la semaine dernière.
