Ottmar Hitzfeld peut enfin dormir sur ses deux oreilles. Il faut dire que les dirigeants du Bayern Munich n'ont pas ménagé leurs efforts, cet été, pour offrir à leur entraîneur une équipe à la hauteur de ses ambitions. Au terme d'une campagne de recrutement exceptionnelle, le technicien allemand dispose désormais d'un effectif de premier ordre.
Soucieux d'oublier au plus vite une saison 2006/2007 extrêmement décevante, le club bavarois n'a pas regardé à la dépense pour attirer à lui quelques-uns des plus grands noms du football mondial. Toutefois, de leur côté, le VfB Stuttgart, champion en titre, Schalke 04 et le Werder Brême apparaissent bien décidés à stopper la marche annoncée du Bayern vers un nouveau titre de champion d'Allemagne.
Ces équipes ne sont cependant pas les seules à s'être renforcées. En effet, toute la Bundesliga espère profiter de cette saison pour retrouver un rang plus conforme à ses ambitions sur la scène européenne et rivaliser enfin avec les grands clubs anglais, espagnols, français et italiens. L'affaire est d'autant plus importante que l'Allemagne doit également penser à soigner son indice UEFA, calculé sur cinq ans, lequel détermine le nombre de places européennes attribuées à chaque nation.
Cette nouvelle saison, qui débutera par un duel au sommet, dès vendredi soir, entre le VfB Stuttgart et Schalke 04, présentera quoi qu'il arrive un visage radicalement différent de la précédente. Et pour cause : les 18 clubs de l'élite allemande ont investi sur le marché des transferts près de 180 millions d'euros de plus que l'année dernière. Lors du précédent exercice, Stuttgart s'était imposé au bout du suspense en remportant le titre à l'issue de la toute dernière journée de championnat. Le scénario sera peut-être différent cette fois-ci mais, quoi qu'il advienne, le spectacle sera certainement au rendez-vous, car le football allemand surfe sur une vague d'euphorie depuis la Coupe du Monde de la FIFA 2006.
La pression est sur le Bayern
"Je n'ai pas le choix, je dois absolument ramener le
titre". Au moins, Ottmar Hitzfeld ne se fait pas
d'illusions. L'an passé le Bayern Munich, 20 fois champion
d'Allemagne et quatre fois champion d'Europe, avait vécu un
véritable calvaire. Conséquence de ce fiasco, le grand club
bavarois sera absent de la Ligue des Champions pour la première
fois en onze ans. Afin de s'assurer qu'un tel affront ne se
reproduise plus à l'avenir, Uli Hoeness et Karl-Heinz
Rummenigge ont décidé d'un changement de cap radical :
désormais, les paroles doivent laisser la place aux actes !
Un million d'euros pour le jeune Jan Schlaudraff, neuf
millions pour l'Argentin José Ernesto Sosa, onze millions pour
le champion du monde italien Luca Toni, vingt-quatre millions pour
les internationaux allemands Miroslav Klose et Marcell Jansen, 25
millions pour le Français Franck Ribéry, sans oublier les arrivées
du Brésilien Zé Roberto et du Turc Hamit Altintop. Au total, le
Bayern a dépensé près de 70 millions d'euros, ce qui le place
largement au niveau de clubs comme le Real Madrid, le FC Barcelone,
le Milan AC ou Manchester United.
Avec une telle équipe, les Bavarois peuvent difficilement prétendre qu'ils ne veulent pas tout gagner. De fait, le Bayern a déjà remporté son premier titre de la saison en s'imposant lors de la finale de la Coupe de la Ligue allemande. Ni le Werder Brême (4:1), ni Stuttgart (2:0), ni Schalke 04 (1:0) n'auront réussi à briser la dynamique victorieuse de ce Bayern nouvelle formule. Au vu de ces prestations, le club de Munich semble avoir d'ores et déjà pris une option sur le titre de champion d'Allemagne, sur la Coupe d'Allemagne et même sur la Coupe de l'UEFA. Si Toni a relativement peu joué en raison d'une blessure persistante, Ribéry, lui, a rapidement conquis le cœur des supporters du Bayern.
Un champion bien modeste
Pourtant, ce Bayern n'est pas encore invincible, comme
l'a démontré le modeste Wacker Burghausen lundi dernier, à
l'occasion du premier tour de la Coupe d'Allemagne. En
effet, les stars munichoises ont dû avoir recours aux tirs au but
pour se défaire d'adversaires plus coriaces que prévu. La
nouvelle aura sans doute été accueillie avec un sourire par les
supporters du Werder, qui n'ont toujours pas digéré le départ
de Miroslav Klose, leur buteur attitré, sur les bords de
l'Isar.
L'équipe de Thomas Schaaf, qui avait vu ses derniers espoirs d'empocher le titre s'envoler au printemps dernier à Hambourg, ne cache pas ses ambitions. Si le Werder n'affiche pas de noms aussi ronflants que ceux de son rival bavarois, il peut néanmoins compter sur le renfort du Brésilien Carlos Alberto, la nouvelle perle dénichée par le directeur sportif Klaus Allofs. Malheureusement, la blessure au genou de l'international allemand Torsten Frings, qui sera absent des terrains pendant deux mois, est venue perturber la préparation d'une équipe qui a trop souvent été habituée aux places d'honneur, ces dernières saisons.
Du côté des autres équipes, on espère évidemment que le classement final ne reflètera pas nécessairement la hiérarchie financière. Les meneurs de jeu Yildiray Bastürk (VfB Stuttgart) et Ivan Rakitic (Schalke 04) auront pour mission de mener leurs équipes respectives au-delà de la phase de poules de la Ligue des Champions. En outre, le VfB espère pouvoir compter sur le soutien d'Ewerthon, l'ancien buteur du Borussia Dortmund, dans sa quête de succès. En revanche, le club de Gelsenkirchen a dû se séparer de Lincoln, qui a répondu à l'appel des sirènes turques. Quant au VfB, il ne pourra plus miser cette année sur l'effet de surprise dont sa jeune équipe avait bénéficié lors du précédent exercice. Pour l'heure, Armin Veh et Mirko Slomka préfèrent manifestement faire profil bas en attendant de voir ce que l'avenir leur réserve.
Le HSV enfin à la hauteur ?
L'autre question qui passionne les fans sera de savoir si
le gouffre entre le top 4 et les autres équipes sera enfin comblé
cette année. Le Hambourg SV, le Borussia Dortmund, le Bayer
Leverkusen, le FC Nuremberg et Hanovre 96 espèrent tous être enfin
en mesure de venir bouleverser l'ordre établi en s'appuyant
sur une politique de recrutement intelligente, à défaut d'être
spectaculaire. Le HSV misera avant tout sur son quatuor néerlandais
composé de Rafael van der Vaart, Nigel de Jong, Joris Mathijsen et
Romeo Castelen. Le Bayer Leverkusen a, quant à lui, réussi à
attirer le Grec Theofanis Gekas, meilleur buteur du dernier
championnat.
De son côté, le VfL Wolfsburg semble avoir décidé de profiter de cette nouvelle saison pour tenter de répondre à une question troublante : jusqu'à quel point la concentration des pouvoirs est-elle une bonne chose dans le football ? En choisissant de confier à Felix Magath la double casquette d'entraîneur et de directeur sportif, le club s'est lancé dans un pari audacieux. Si la formule a fait ses preuves en Angleterre, elle reste à ce jour inédite en Allemagne. Il n'en reste pas moins que Magath a déjà fait ses preuves à l'un des deux postes en menant le VfB Stuttgart à la qualification pour la Ligue des Champions à deux reprises, en 2001 puis en 2004.
Le Suisse Lucien Favre, nouvel homme fort du Herta Berlin, va
devoir prouver que les départs de Kevin-Prince Boateng (Angleterre)
et Christian Gimenez (Mexique) n'entraveront pas la progression
de son équipe. L'Eintracht Francfort espère, pour sa part, ne
pas se trouver mêlé à la lutte pour le maintien. Dans cette
optique, les dirigeants ont choisi de faire appel à des joueurs
venus d'Asie en recrutant les Japonais Naohiro Takahara et
Junichi Inamoto, ainsi que l'Iranien Mehdi Mahdavikia.
Ailton n'aime pas la concurrence
Le VfL Bochum, l'Arminia Bielefeld et l'Energie
Cottbus voudront, quant à eux, poursuivre leur petit bonhomme de
chemin parmi l'élite, espérant secrètement créer la surprise.
Ils seront imités en cela par deux promus, le Karlsruher SC et le
Hansa Rostock. Mais c'est un autre revenant en Bundesliga, le
MSV Duisburg, qui a fait le plus parler de lui ces derniers jours
en recrutant le Brésilien Ailton. A peine revenu dans le pays qui
l'a fait connaître, celui-ci s'est juré d'éclipser les
stars du Bayern : "Il n'y a qu'un seul Toni ici et
c'est moi", a-t-il déclaré, faisant allusion à son
surnom.
Tous les acteurs de cette 45ème Bundesliga sont désormais sur la ligne de départ. Reste maintenant à découvrir qui aura toujours le sourire d'ici à la fin de la saison...
