Arthur Antunes Coimbra, plus connu sous le nom de Zico, est
l'un des internationaux brésiliens les plus populaires des
années 70 et 80. Auteur de 52 buts en 72 sélections, le petit
meneur de jeu a laissé une trace indélébile de son passage au sein
de l'équipe nationale. Ses exploits sur le terrain lui ont
ainsi valu d'intégrer le club FIFA 100, une liste qui réunit
les 125 meilleurs joueurs de tous les temps et dans laquelle on
retrouve de grands noms comme Franz Beckenbauer, Bobby Charlton,
Michel Platini ou encore Emilio Butragueno.
Le
Pelé blanc s'apprête à entamer sa deuxième saison à la
tête de Fenerbahçe. Bien décidé à s'engager sur le long terme
avec le club d'Istanbul, l'ancien international brésilien
n'a pas hésité à s'installer dans le Bosphore en compagnie
de son épouse. Après avoir offert à Fernerbahçe son 17ème titre de
champion de Turquie l'an passé, Zico espère maintenant voir son
équipe s'illustrer sur la scène continentale.
Vainqueur (2:1) de la Süper Kupa, la Super Coupe de Turquie,
aux dépens de Besiktas, le club de la capitale a débuté la saison
sur les chapeaux de roues. Un départ en fanfare qu'il doit
avant tout à ses stars, au premier rang desquelles Roberto Carlos,
Stephen Appiah et Mateja Kezman.
FIFA.com est allé à la rencontre de Zico pour en
savoir plus sur la vie en Turquie, le football brésilien, les
joueurs qu'il admire et ses ambitions personnelles.
Pour votre première saison en Turquie, vous avez remporté
un titre de champion et une Super Coupe. Quels sont vos objectifs
cette année ?
Pour commencer, nous voulons aller le plus loin possible en
Ligue des champions. Le club a consenti de gros efforts pour
renforcer son effectif. Tous les postes sont désormais doublés, ce
qui va me permettre d'offrir à tous mes joueurs des phases de
récupération prolongées. C'est un grand progrès par rapport à
la saison passée. Sur le plan national, nous sommes bien conscients
qu'il ne sera pas facile de conserver notre titre, car
Galatasaray, Besiktas et Trabzonspor nourrissent eux aussi de
grandes ambitions. Toutefois, nous sommes tous parfaitement
conscients de la confiance qui nous a été accordée par le club et
nous allons tout faire pour ne pas décevoir ceux qui comptent sur
nous.
Vous vivez ici votre troisième expérience en tant
qu'entraîneur, après avoir dirigé les Kashima Antlers en 1994
puis l'équipe nationale japonaise de 2002 à 2006. Comment
trouvez-vous la vie en Turquie ?
La principale différence entre les deux pays, c'est
qu'ici, j'ai la chance de travailler au sein d'un club
qui dispose d'excellentes infrastructures. Je peux donc me
concentrer sur mon travail au quotidien avec les joueurs sans avoir
à me soucier du reste. Au Japon, j'ai découvert le métier
d'entraîneur. Ici, je peux vivre ma passion à fond.
On dirait que vous vous plaisez beaucoup à Istanbul.
Parlez-vous déjà le turc ?
Non, c'est une langue très difficile. Lorsque je
travaille avec mes joueurs, j'ai toujours un interprète à mes
côtés. Notre relation est très importante, car il doit transmettre
ma philosophie, ma motivation et mes idées à l'ensemble de
l'équipe avec le même enthousiasme que moi. D'une certaine
manière, nous devons parler le même langage !
Vous semblez très calme et détendu, assez loin de
l'image que l'on se fait en général d'un
entraîneur.
Tout dépend de la situation, mais le fait d'avoir connu
une longue carrière en tant que joueur et d'avoir travaillé
avec de nombreux entraîneurs m'a beaucoup apporté. Cela me
permet de mieux répondre aux attentes des joueurs avec lesquels je
suis amené à travailler. Je pense qu'une relation de confiance
doit s'établir entre nous si nous voulons réussir ensemble.
J'ai toujours du temps à leur consacrer. Mais, quand la
situation l'exige, je n'hésite pas à prendre mes
responsabilités, même si on dit souvent que je suis trop gentil
avec eux (il sourit). En tant qu'entraîneur, la décision me
revient toujours. Il faut que cela soit clair pour tout le monde.
Il n'est pas forcément facile de travailler au
quotidien avec des joueurs au caractère bien trempé. Votre métier
est-il stressant ?
Je gère facilement la pression. Et, de toute façon, ma femme
m'a toujours interdit de ramener mes problèmes à la maison
(rires). Quand je travaillais au Japon, je faisais régulièrement
plus de 100 kilomètres en voiture pour me rendre au bureau.
J'ai donc appris à gérer un certain nombre de problèmes au
volant. Je suis seul, j'ai les idées au clair et il n'y a
personne pour me déranger. Et même si les supporters sont
particulièrement exubérants en Turquie, cela ne me gêne pas
vraiment. Un jour ils vous adorent, le lendemain, ils vous
détestent. Il faut apprendre à vivre avec.
Parlez-nous un peu de votre pays natal. Quel jugement
portez-vous sur le football brésilien ?
Je suis un peu inquiet de voir que des joueurs de plus en
plus jeunes quittent le Brésil pour aller tenter leur chance en
Europe. Alexandre Pato n'a que 17 ans et il joue déjà pour
l'AC Milan. J'espère qu'il pourra continuer à
progresser là-bas. Le problème, c'est que les grands clubs
veulent des résultats à court terme et les jeunes ont souvent
besoin de temps pour exprimer toutes leurs qualités.
Malheureusement, certains joueurs voient leurs rêves se briser sur
cette dure réalité et ils rentrent au pays la tête basse après une
première expérience manquée. Je crois que la situation actuelle
n'est pas bonne pour le football brésilien.
A Fenerbahçe, vous travaillez pourtant avec six de vos
compatriotes...
C'est là toute la différence entre nous et d'autres
formations européennes. Nous avons fait appel à des joueurs
expérimentés. Roberto Carlos va beaucoup nous apporter par son
expérience. J'estime qu'entre 20 et 35 ans, un joueur est
prêt pour évoluer à l'étranger.
Si vous pouviez recruter un autre joueur brésilien, lequel
choisiriez-vous ?
Le Milanais Kaka : c'est un joueur capable de faire la
différence à tout moment.
Revenons un peu sur votre passé de joueur et
d'entraîneur. Quel est le match qui vous a le plus marqué
?
En tant que joueur, la finale de la Copa Libertadores 1981 a
beaucoup compté. Je jouais pour Flamengo à l'époque et nous
avions battu les Chiliens de Cobreloa 2:1 [n.d.r : sur un doublé de
Zico]. C'était la victoire du beau jeu sur la force brute. En
tant qu'entraîneur, je me souviens avec émotion de la finale de
la Coupe d'Asie 2004 remportée avec le Japon. Personne
n'aurait misé un centime sur nous lorsque nous avons rencontré
la Chine en finale à Pékin et pourtant, c'est nous qui sommes
sortis vainqueurs de cette confrontation. Cela reste mon plus beau
succès à ce jour.
Cela fait maintenant quelques années que vous travaillez en
tant qu'entraîneur avec une certaine réussite. Avez-vous un
modèle ?
J'admire beaucoup Tele Santana [n.d.r : Santana a occupé
le poste de sélectionneur national et entraîné divers clubs
brésiliens avant de décéder le 21 avril 2006 à Belo Horizonte].
J'ai été très influencé par ses discours, dans lesquels il
répétait souvent que le football est avant tout un art où
l'agressivité n'a pas sa place. Au contraire, il insistait
toujours sur la dimension ludique de ce sport.
Zico : "En Turquie, je peux vivre ma passion à fond"
(FIFA.com) Lundi 13 août 2007
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