La Fédération américaine de football le crédite généreusement d'1m73 pour 66kg mais, en réalité, DaMarcus Beasley est encore moins impressionnant que ces mensurations ne le laissent supposer. Lorsqu'on le rencontre en chair et en os, le milieu de terrain international ressemble davantage à un adolescent maigrichon qu'à un athlète de haut niveau.

En dépit d'un physique "passe-partout", Beasley a passé les six dernières années à terroriser les défenses du monde entier en s'appuyant sur sa vivacité, son sens du dribble et, surtout, sur une attitude exemplaire sur le terrain.

En décidant de quitter Manchester City, où il avait passé la saison précédente en prêt, pour s'engager en faveur des Glasgow Rangers, Beasley avait soulevé quelques interrogations. Beaucoup lui prédisaient en effet un avenir difficile dans un championnat écossais connu pour son rythme effréné, mais aussi et surtout pour son jeu très physique. De fait, pour son baptême du feu, l'Américain a vécu des moments pénibles. Victime du marquage rigoureux de Ross Tokely (1m91 pour 79 kg), le latéral d'Inverness, Beasley a passé beaucoup de temps au sol, au grand dam de Walter Smith, son nouvel entraîneur.

Mais, comme souvent, Beasley a pris sa revanche au coup de sifflet final. En l'occurrence, le traitement de faveur réservé par son vis-à-vis n'a pas empêché les Rangers de s'imposer 3:0. "Je savais que ça allait être dur, mais je commence à avoir l'habitude. Depuis que je joue au football, je me retrouve toujours face à des adversaires beaucoup plus grands que moi et qui tentent de s'imposer physiquement", explique Beasley, qui a connu une autre soirée difficile lors de la défaite des Etats-Unis (0:1) face à la Suède en amical à Göteborg, ce mercredi.

Mais le petit ailier n'est pas du genre à se plaindre. En s'appuyant sur ses qualités de vitesse et d'improvisation, il a réussi à s'imposer comme un titulaire indiscutable au sein des Rangers, avec lesquels il compte déjà un but en cinq matches.

Venu de nulle part
Originaire de Fort Wayne (Indiana), à mi-chemin entre Detroit, Chicago et Cincinnati, Beasley est un pur produit de la formation à l'américaine. Tout au long de sa carrière, le jeune homme a pourtant vécu dans l'ombre d'un autre grand nom du football américain, Landon Donovan.

Pour sa première grande compétition internationale, Beasley marque un but et offre plusieurs passes décisives. Sous son impulsion, les Etats-Unis s'invitent en demi-finales de la Coupe du Monde U-17 de la FIFA en Nouvelle-Zélande. Mais déjà, à cette époque, les exploits de Beasley sont éclipsés par ceux de son coéquipier. Au terme de la compétition, le jeune Donovan est élu Ballon d'Or. Beasley, lui, doit se contenter de la deuxième place.

Après avoir remporté par deux fois l'Open Cup avec Chicago Fire, le jeune homme débarque en équipe nationale à quelques mois du coup d'envoi de la Coupe du Monde de la FIFA, Corée/Japon 2002. Aux côtés de Donovan, il s'impose comme l'un des grands espoirs américains à son poste.

Ses performances suscitent l'intérêt de Guus Hiddink, alors sélectionneur de la République de Corée, qui décide de le faire venir au PSV Eindhoven au début de la saison 2004. Aux Pays-Bas, il deviendra le premier Américain à disputer une demi-finale de Ligue des champions et participera à la conquête du 18 ème titre de champion de l'histoire du club. Son style résolument offensif, son bon caractère en dépit des mauvais traitements que lui infligent les défenseurs adverses et son goût pour le rap lui permettent de gagner rapidement le cœur des supporters.

Recruté pour faire oublier l'irremplaçable Arjen Robben, Beasley connaît toutefois quelques problèmes de santé qui lui valent d'être prêté à Manchester City pour la saison 2006/07. Il fera 22 apparitions en Premier League, au cours desquelles il inscrira quatre buts.

A la conquête de l'Ecosse
Malheureusement, l'international américain a également découvert certains des aspects les moins reluisants du football européen, ces dernières années. Ainsi, à l'occasion d'un déplacement au Monténégro pour y affronter le FK Zeta, Beasley et Jean-Claude Darcheville ont-ils été victimes de chants racistes. L'UEFA enquête en ce moment sur cette triste affaire mais, quoi qu'il en soit, le dernier mot est une nouvelle fois revenu à Beasley, qui a inscrit l'unique but de la victoire des Rangers face au champion monténégrin.

Tandis que Landon Donovan poursuit sa carrière sous le soleil de Californie après un passage en demi-teinte en Allemagne, Beasley, lui, se prépare à découvrir l'une des plus féroces rivalités du football mondial. Dans quelques semaines, il participera à son premier choc de la Old Firm, le derby entre le Celtic et les Rangers.

"J'ai eu la chance de vivre quelques derbies passionnants dans ma carrière, mais je crois que ce Rangers-Celtic dépassera tout le reste", commente-t-il. Le choc face aux hommes de Gordon Strachan aura lieu le 20 septembre, mais Beasley a déjà eu l'occasion d'assister à la grande affiche du championnat à l'occasion d'une visite de l'équipe nationale américaine en Ecosse. "J'attends ça avec impatience. Je comprends parfaitement l'importance de ce match."

Et lorsqu'on lui demande s'il déteste vraiment le Celtic, sa réponse reste diplomatique sans pour autant déroger à la tradition : "Je ne dirais pas que je les déteste, mais je ne les aime pas. Quand on signe aux Rangers, on sait à quoi s'attendre. On ne porte jamais de vert. On ne parle jamais du Celtic. Il y a des choses qui ne se font pas".

Au moins, les nombreuses rencontres entre les Etats-Unis et le Mexique lui auront effectivement appris à se méfier des hommes en vert. Beasley était justement sur le terrain l'été dernier pour aider les Etats-Unis à conquérir la quatrième Gold Cup de la CONCACAF de leur histoire en dominant le Mexique en finale. Les statistiques de Beasley en équipe nationale sont particulièrement impressionnantes : deux titres continentaux, 69 sélections et 15 buts. Pas mal, pour un joueur de couloir. Et pour quelqu'un que son physique ne prédisposait pas à la pratique du sport de haut niveau !