En voyant Emmanuel Adebayor réussir un triplé face à Derby County le 22 septembre, Arsène Wenger a sûrement vécu un agréable flash-back. Peut-être trouvait-il à son grand escogriffe togolais des faux airs de Thierry Henry, par son sang-froid à la finition ? Avant le début de la saison, les supporters d'Arsenal pensaient que toute allusion à leur "Titi" chéri aurait été associée aux difficultés éprouvées par les Gunners pour combler son absence. Ce n'est pas le cas. Car les Londoniens, dont le club est installé en tête de la Premier League, ont trouvé un nouveau chouchou en la personne d'Adebayor.

"C'est marrant, a déclaré Wenger. J'ai pensé à Thierry quand il [ Adebayor] a marqué son troisième but. J'ai pensé : 'ça, c'est un but à la Thierry'. Il avait un défenseur devant lui et il lui a suffi d'ouvrir son pied. Par certains côtés, j'ai vu une ressemblance entre les deux. Ce n'est pas le même type de joueur que Thierry, mais des buts comme ça, Thierry en a marqué aussi. Mais dans l'ensemble, ils sont différents car Adebayor est plutôt du genre à utiliser sa force et sa puissance. Et il est bon de la tête."

"J'ai toujours eu ce sentiment. Dès son premier match avec nous, il nous a offert un option différente, qui est bien adaptée au football anglais. Quand l'équipe adverse vous cantonne dans votre moitié de terrain, vous avez la possibilité de jouer long et vous avez de bonnes chances qu'il remporte son duel ou qu'il prenne les seconds ballons. Il a dû travailler très dur sur sa finition, mais il est intelligent et il a reçu beaucoup de conseils de Thierry. Ils parlaient beaucoup ensemble. Thierry lui disait de se calmer, que les fruits de son travail allaient tomber."

"Sur le plan physique, il a l'air plus costaud. Cela se voit dans beaucoup de duels, où il se sert bien de son corps. Il se bat déjà comme un lion. Il dégage une impression de force. Il avait déjà ça en lui, mais maintenant, il semble plus serein à la finition."

Dans l'Histoire
Les trois buts du Togolais face à Derby lui ont valu une place dans la légende d'Arsenal. L'ancien Monégasque est en effet devenu le premier joueur à signer un triplé à l'Emirates Stadium. Après la rencontre, l' Epervier a mis son maillot aux enchères, ce qui a rapporté £ 50 000 à une association caritative luttant contre la leucémie. Et dire que les organisateurs s'attendaient à quelques milliers de livres sterling. "Je suis très heureux de faire partie de l'histoire du club, a déclaré Adebayor. Mon dernier triplé, je l'avais réussi il y a deux ans et demi avec Monaco, contre Bastia."

"D'un point de vue collectif, on savait que ça allait être difficile pour nous avec le départ de Thierry. Il a fallu être encore plus concentrés. Pour l'instant, ça nous réussit bien. On gagne tous nos matches et on marque de supers buts. A chaque match, Cesc Fabregas nous met un but depuis l'extérieur de la surface. Que ce soit moi, Eduardo, Van Persie, tout le monde marque."

"Je pourrais dire que je veux marquer 30 buts cette saison. Et si, en mars, j'en suis déjà à 30, qu'est-ce que je fais ? J'arrête ? C'est pour ça que je ne me fixe jamais d'objectif. C'est important de continuer à marquer des buts et à gagner les matches. Que j'aie marqué 15, 20 ou 25 buts à la fin de la saison, je serai heureux, tant que l'équipe gagne un titre."

En six titularisations en Premier League, le numéro 25 des Gunners a trouvé le chemin des filets à six reprises, ce qui porte son total à 68 buts en 214 apparitions sous le maillot londonien. En voyant Wenger louer les qualités de finisseurs de ce joueur de 23 ans, nombre d'observateurs imaginent déjà le manager alsacien bâtir une nouvelle équipe autour du tandem Adebayor - Robin van Persie, successeur du terrible duo Henry - Bergkamp qu'il avait lui-même formé.

Pour sa part, l'ancien Messin considère que ces discussions, à l'instar des projections vers un sacre d'Arsenal, sont pour l'instant hors sujet. "Je ne veux pas que les gens pensent que nous allons remporter le titre ou la Ligue des Champions. Je veux juste qu'ils respectent ce que nous faisons en ce moment. Je pense que le regard des gens a changé. L'autre jour, j'ai lu la presse et j'ai senti que les mentalités changeaient un peu. Cet été, ç'a été très difficile. On veut juste prouver aux gens qu'ils ont tort donc pour l'instant, on se concentre sur ce qu'on a à faire."