Lorsque Sven-Goran Eriksson a posé ses valises au City of Manchester Stadium, en juillet, il portait depuis longtemps l'étiquette de "grand méchant du football anglais". Premier entraîneur étranger à la tête de la sélection d'Angleterre, le Suédois n'a pourtant goûté que cinq fois à la défaite au cours d'un mandat de cinq ans et demi, ponctué par trois compétitions majeures. Conclusion : la FA le place directement derrière Sir Alf Ramsey. "Et alors ?" répondaient le public et, surtout, la presse, pour qui Eriksson est synonyme de désastre complet. Pour eux, cet entraîneur passif sur le banc de touche n'a pas su inspirer un groupe d'internationaux largement considéré comme la "génération dorée".
"Les supporters y sont hostiles à 70%", a assuré le président du Manchester City Supporters' Trust à l'annonce de l'intention du nouveau propriétaire du club, le Thaïlandais Thaksin Shinawatra, de recruter un entraîneur récompensé de titres nationaux et européens en Italie, au Portugal et dans sa Suède natale. "Il est impossible d'ignorer toutes ses erreurs avec l'Angleterre. D'autant qu'on ne sait pas s'il est encore apte à diriger une équipe de club. Cela fait plusieurs années qu'il n'a pas entraîné un club. Ça ne promet rien de bon".
"Un excellent entraîneur"
Avec tant de scepticisme en toile de fond, Eriksson
n'était pas sans savoir que le moindre de ses gestes serait
passé au crible par une presse anglaise à l'affût, dans
l'attente - voire l'espoir - de dire à Shinawatra :
"Vous étiez prévenu". Qu'à cela ne tienne ! Le
Suédois n'a pas commis le moindre faux-pas depuis le coup
d'envoi du championnat. Après neuf sorties, les
Citizens, qui flirtaient avec la relégation lors du
dernier exercice, occupent la troisième place du classement, entre
Manchester United et Liverpool, à seulement trois points des
leaders d'Arsenal.
Un Eriksson souriant est allé jusqu'à déclarer qu'il "serait très heureux si le championnat se terminait maintenant". Un avis qu'est loin de partager la moitié bleue de Manchester. Après tout, depuis l'ouverture du City of Manchester Stadium, en 2003, les supporters de City n'ont jamais pu tirer autant de fierté d'une équipe dont la fluidité de jeu est aux antipodes de l'image guindée et terne qu'avait Eriksson au poste de sélectionneur national.
Les Citizens ont déjà inscrit plus de buts à domicile qu'au cours de la totalité de leur campagne 2006/07. Mais plus que cela, c'est le style et l'épate qu'ils affichent qui impressionnent. "On dirait un nouveau club, a reconnu le capitaine Richard Dunne. Il faut croire qu'il (Eriksson) réussit et est en bonne voie pour faire de Manchester City un grand club. Maintenant, nous nous croyons capables d'attaquer nos adversaires plutôt que de subir en essayant d'arracher le but qui fera la différence".
Comme le veut la coutume, Eriksson nie, du moins en public, avoir pris un quelconque plaisir à voir ses détracteurs forcés de reconnaître leurs torts. Mais c'est sans compter les suggestions de ses pairs. Arsène Wenger, pour ne citer que lui, a récemment déclaré devant la presse : "Peut-être cherche-t-il vous montrer combien il est talentueux. C'est un excellent entraîneur".
Elano, fer de lance du nouveau City
Force est de constater que le technicien s'est
montré particulièrement malin sur le marché des transferts. A son
arrivée à City, il s'est appuyé sur un groupe de joueurs
jusqu'ici peu connus du supporter lambda pour faire sa
révolution. Son plus beau fleuron est sans conteste Elano.
Considéré par Dunga comme le symbole du nouveau Brésil, le milieu
de terrain a été l'artisan vedette du triomphe de la
Seleção en Copa América, cet été. En rejoignant les
Citizens, il a échappé à une traversée du désert en
Ukraine, où il avait le plus grand mal à s'adapter à sa
nouvelle vie dans la ville industrielle de Donetsk. "J'ai
repéré Elano il y a déjà quelques années, se souvient Eriksson.
J'ai parlé de lui à Dunga et tout était très très positif. Et
puis, j'avais la chance de connaître l'entraîneur du
Shakhtar Donetsk, Mircea Lucescu".
La suite, on la connaît déjà. Aujourd'hui, la recrue de 8 millions de livres continue d'illuminer la Premier League avec ses coups d'éclat et ses buts spectaculaires. "Il peut faire un peu de tout, explique l'entraîneur. J'ai travaillé avec d'autres joueurs créatifs de classe mondiale, comme Baggio ou Mancini, mais il n'a rien à leur envier. Je ne pense pas que j'avais un joueur comme Elano dans l'équipe d'Angleterre. Avec Manchester City, nous jouons différemment. C'est déjà un grand club, mais l'objectif est d'en faire un club encore plus grand".
De son côté, Elano est aussi heureux d'être à Manchester que les supporters sont reconnaissants de le compter dans l'équipe. "Manchester City a été la réponse à mes prières, a-t-il déclaré. Et M. Eriksson est encore plus fort que je ne le pensais".
Aujourd'hui, le Brésilien n'est pas le seul à être arrivé à cette conclusion.
