Les grands joueurs ne font pas forcément de grands entraîneurs. Mais pour certains, l'expérience acquise pendant des années sur les pelouses porte rapidement ses fruits lorsqu'ils rejoignent le banc de touche. Le légendaire buteur français Jean-Pierre Papin est de ceux-là. A l'image de Didier Deschamps qui a atteint la finale de la Ligue des champions avec Monaco pour sa première expérience dans le costume d'entraîneur, JPP a réalisé un petit exploit en ramenant le Racing Club de Strasbourg en première division pour son baptême de technicien dans le football professionnel.
Mais celui qui a été élu Joueur du Siècle par les supporters de l'Olympique de Marseille sait que la roue tourne rapidement. Ainsi, l'ex-buteur des Bleus a déjà connu quelques soubresauts dans sa jeune carrière d'entraîneur. Arrivé à Lens tôt dans la saison pour remplacer Guy Roux, l'ancien Ballon d'Or vit sa première expérience sur un banc de Ligue 1 après ses débuts sur le banc du club mateur d'Arcachon et sa réussite strasbourgeoise en Ligue 2. A quelques semaines de la trêve hivernale, l'homme fort des Sang et Or, revenu dans son Pas-de-Calais natal, a accepté de se livrer en exclusivité pour FIFA.com.
Lens a traversé une période difficile avant de redresser la
tête. Pour votre première expérience sur un banc de Ligue 1,
comment avez-vous vécu cette pression nouvelle ?
J'ai connu cette pression quand j'étais
joueur mais c'est complètement différent. On ne la vit pas de
la même manière comme entraîneur. La grosse différence entre la
Ligue 1 et la Ligue 2, ce sont les médias. La pression est beaucoup
plus grande, on pardonne moins. En Ligue 1, il n'y a pas de
place pour les "on doit lui laisser du temps". On vous
tombe dessus tout de suite. Quand ça marche, c'est génial. Dans
le cas contraire c'est la catastrophe, rien ne fonctionne.
S'entendre dire qu'on n'est pas l'homme de la
situation alors qu'on est arrivé en cours de saison sans avoir
choisi l'effectif, c'est difficile à digérer.
Plus difficile encore que de n'avoir pas pu entraîner
Strasbourg en Ligue 1 après avoir pourtant fait remonter le club ?
Strasbourg a été une grande expérience sportive
mais exécrable sur le plan humain. Je ne garde que le meilleur. Si
pour certains, j'ai pardonné, pour d'autres je ne le ferai
jamais. Mon problème, c'est que je fais confiance aux gens, en
pensant que tout est rose. Les joueurs, la ville, les supporteurs,
tout était extraordinaire. Mais pour d'autres facteurs
extra-sportifs, l'aventure n'a pas pu se poursuivre.
Dans votre nouvelle carrière, est-ce que votre passé de
joueur aide à obtenir une écoute plus attentive dans un vestiaire ?
Il y a un réel respect de la carrière et du nom
qu'on porte. Cela peut aider au départ. Mais après, il faut des
résultats. Si le message n'est pas le bon, les joueurs vous le
font payer. Je me suis déjà endurci la saison passée. De ce point
de vue là, ça m'a été très utile.
Le fait d'avoir commencé dans une équipe
d'amateurs, à Arcachon, est-ce aussi un avantage ?
Tout à fait. Même si la gestion du groupe et des
egos des uns et des autres n'a rien à voir. La grande
différence, c'est qu'en amateur, les gars viennent
s'entraîner et jouer pour s'éclater. Ils prennent sur leur
temps libre après le travail. Le joueur professionnel, il fait son
métier. Toute la différence est là. Mais l'ambition de gagner
reste la même. Sans Arcachon, il n'y aurait peut-être jamais
rien eu après. C'était une bonne chose de commencer par le bas
de l'échelle. Là-bas, j'ai construit quelque chose alors
qu'il n'y avait pratiquement rien. On a terminé en CFA (
4ème division). Ensuite, il y a eu Strasbourg et cette
montée en Ligue 1. Aujourd'hui, il y a Lens, c'est une
catégorie supérieure. Le droit à l'échec n'existe pas.
Arcachon, c'était une étape dans un plan de carrière
pensé ou juste l'envie de découvrir un autre métier ?
J'avais eu une opportunité avant Arcachon de
coacher un club de Ligue 2 ou bien de rejoindre Manchester United
comme entraîneur des attaquants. Mais je ne savais pas vraiment si
ce métier allait autant me passionner que celui de joueur.
J'avais des doutes et je ne voulais pas me lancer dans une de
ces aventures sans avoir au moins cette garantie. Car si on n'a
pas la passion du football et des gens, on ne peut pas faire ce
métier.
Vous avez pratiquement tout gagné en tant que joueur et
vous avez sans doute déjà mis votre famille à l'abri du besoin.
Qu'est-ce qui vous fait encore vous lever le matin pour aller
entraîner et subir parfois des critiques sévère ?
J'aime le football et je sais ce que je lui
dois. Tant que la passion sera intacte, je le ferais le temps que
je me suis donné pour ça. Je ne sais pas exactement jusqu'à
quand je pourrai le faire. Ce dont je suis sûr, c'est que je
n'irai pas jusqu'à 65 ans. J'ai envie de profiter des
mes enfants, de mes petits-enfants.
Justement, le métier d'entraîneur est très prenant.
C'est un sacrifice familial que vous faites en revenant dans le
football?
On a eu la chance de pouvoir prendre du recul après
ma retraite de joueur. Il s'est écoulé sept ans avant que je
reparte dans une aventure sportive. On a essayé de faire les choses
comme il fallait, pour notre fille en particulier
(atteinte d'une lésion cérébrale. Jean-Pierre Papin et son
épouse Florence ont créé en 1996 l'association "Neuf de
Cœur" pour informer les parents sur les méthodes de
rééducation d'enfants souffrant de lésions cérébrales).
J'ai pris le temps de passer mes diplômes et ensuite de
découvrir le métier à Arcachon. En entraînant chez les
professionnels, on reprend le même cycle de vie que lorsqu'on
est joueur et, bien entendu, ça demande des sacrifices. Mais je ne
l'aurais pas fait sans le soutien de mon épouse. Ma famille est
beaucoup trop importante pour qu'on ne vive pas ensemble.
A ce propos, où en est l'association "Neuf de
cœur" ?
L'association a fêté ses dix ans et on continue
notre combat. Ce qu'on a gagné jusqu'à maintenant n'a
pas de prix. Avec les nouvelles méthodes, on va peut-être aller
plus loin dans le soutien et les soins. Personnellement, je suis
forcément moins disponible au quotidien, mais je prends sur mon
temps libre pour continuer à m'impliquer.
Revenons au football. On entend parfois des anciens joueurs
revenus dans le milieu dire que ce sport a changé. Avez-vous ce
sentiment presque 10 ans après avoir raccroché les crampons ?
La mentalité des joueurs a changé, pas le football
en lui-même. Il reste le même, mis à part qu'il y a plus de
compétitions, avec les problèmes que cela engendre. Certains ont
peut-être moins "faim" qu'avant. Ils disposent
d'un plus grand confort que celui qu'on avait à mon époque.
Et quand il y a des moments difficiles, on laisse faire la
fatalité. Avant, nous étions des guerriers. Quand on ne jouait pas,
c'était la fin du monde. Maintenant, j'ai l'impression
que c'est moins grave, les joueurs savent qu'il ya un autre
contrat derrière.
En tant qu'entraîneur, pouvez-vous tenter de changer
cela ?
On peut améliorer les choses, mais pas les changer.
C'est aux joueurs de le faire. Moi, je peux rabâcher des choses
à l'entraînement, lais le plus important, c'est leur projet
personnel à eux.
Revenir à Marseille pour entraîner, c'est une ambition
?
Je n'y pense pas. Je suis concentré sur Lens,
je ne m'imagine pas ailleurs. C'est une grande opportunité
pour moi et si on nous laisse travailler, il y aura des résultats.
En plus, les outils ici sont exceptionnels, surtout le centre
d'entraînement. Les joueurs en sont conscients et c'est un
gros plus.
Enfin, que retenez-vous de l'année 2007 et
qu'attendez-vous pour 2008 ?
Je retiens une grande aventure avec mes joueurs et
la montée en Ligue 1 avec Strasbourg. Pour 2008, j'espère une
décrocher une des deux coupes nationales avec le RC Lens !
