Un capitaine suspendu, un entraîneur soucieux, des stars critiquées et un rappel à l'ordre du pape du football allemand, Franz Beckenbauer: le "magique" Bayern Munich est au bord de la crise de nerfs et n'a plus que deux matches pour se ressaisir avant la pause hivernale.
La sanction est tombée comme un couperet mardi midi. Oliver Kahn, emblématique portier du leader du Championnat d'Allemagne, est suspendu pour le dernier déplacement des Bavarois avant la trêve hivernale, samedi à Berlin.
Le gardien, connu pour ses "coups de gueule", écope en plus d'une lourde et très inhabituelle amende de 25.000 euros.
L'entraîneur, Ottmar Hitzfeld, n'a pas souhaité justifier sa décision et l'intéressé s'est contenté d'un lénifiant "la discipline est ce qu'il y a de plus important"...
En coulisses, on murmure que les dirigeants n'auraient pas apprécié de le voir filer à l'anglaise samedi soir, à peine la fête de Noël du club entamée.
Le Bayern a, semble-t-il, décidé de se murer dans le silence. Et pourtant, la question est sur toutes les lèvres: que se passe-t-il du côté de l'Allianz Arena?
Conquérant durant l'été, dominateur en début d'automne, le club n'est plus qu'un pâle et fragile leader avant l'entrée dans l'hiver. Depuis fin octobre, il n'a engrangé que neuf points sur 18 possibles.
Ses recrues de l'été, les internationaux français Franck Ribéry et italien Luca Toni, ne brillent plus sur le terrain comme ils l'avaient fait en début de saison.
Kahn se lâche
Samedi, l'équipe, qui jouera encore un match de la Coupe
de l'UEFA contre l'Aris Salonique le 19 décembre, a même
été tenu en échec sur son terrain par le relégable Duisbourg
(0-0).
Le futur retraité Kahn ne s'est pas privé pour se lâcher sur ses coéquipiers. "Le Bayern, ce n'est pas Marseille et Florence", a-t-il tempêté dans une allusion claire à Ribéry venu de la cité phocéenne et Toni venu de la capitale toscane. "Les nouvelles recrues doivent encore s'habituer au niveau de performance requis au Bayern", a-t-il ajouté. En haut lieu, ces propos n'auraient guère été appréciés, ce qui pourrait expliquer la sévérité de la sanction, comme l'a reconnu lui-même Kahn mardi après l'entraînement.
Le Bayern doit aussi gérer les humeurs changeantes de ses poulains, notamment du défenseur français Willy Sagnol qui, à la surprise générale, a annoncé fin novembre qu'il voulait quitter le club en janvier.
Le manageur général, Uli Hoeness, a bon espoir de le convaincre de rester mais Sagnol, qui effectue un retour par la petite porte après une longue blessure, ne s'entendrait plus avec Ottmar Hitzfeld.
L'entraîneur est d'ailleurs lui aussi au centre des spéculations. Certains le voient déjà en route pour la Suisse où il pourrait devenir le sélectionneur national après l'Euro-2008. Son contrat avec le Bayern arrive à échéance à la fin de la saison et rien n'a encore été décidé pour la suite.
Le Kaiser Franz Beckenbauer a donc tapé du poing sur la table. "J'ai l'impression qu'il faut leur sonner les cloches", a-t-il souligné. "La routine des derniers matches ne doit pas devenir une habitude. Le potentiel est là. Pourquoi est-il si peu exploité?", s'est-il interrogé. Une chose est sûre: le Bayern Munich ne veut pas devenir l'homme malade du Championnat.