Lorsqu'Uli Hoeness, le manager général du Bayern, avait annoncé il y a quelques mois que son équipe entendait se focaliser sur la reconquête de "son" titre de champion d'Allemagne, beaucoup d'observateurs se sont un peu vite imaginé que la course était jouée d'avance. Il faut dire qu'avec son recrutement somptueux, l'un des plus onéreux d'Europe, le club bavarois semblait avoir les moyens de ses ambitions.

D'autant que Franck Ribéry, Luca Toni et Miroslav Klose n'ont pas mis longtemps à s'acclimater à leur nouvel environnement. Seulement voilà, à l'issue des matches aller, le Bayern ne devance le Werder Brême... qu'à la faveur d'une meilleure différence de buts ! Néanmoins, les six derniers mois ont profondément affecté le paysage de la Bundesliga.

"On pratique un football de qualité en Allemagne et il y a beaucoup de bons joueurs. J'avoue que je n'en avais pas forcément conscience avant de venir ici", a récemment reconnu Franck Ribéry, fraîchement élu meilleur joueur français de l'année, à l'occasion d'une interview accordée au magazine Kicker. La nouvelle star du Bayern a largement contribué à bâtir cette nouvelle image du football allemand, même si sa modestie l'empêche encore d'en convenir.

Visiblement, l'international français préfère briller sur les terrains que devant les micros. Ça tombe bien, c'est également le cas des autres grands noms de la Bundesliga, dont Luca Toni, son coéquipier italien du Bayern, Diego, le meneur de jeu Brésilien du Werder, ou encore de Rafael van der Vaart, l'homme providentiel du Hambourg SV. Ces quatre hommes font actuellement souffler un vent de folie sur le championnat d'Allemagne. Grâce à eux, la Bundesliga peut rivaliser avec la Premier League et la Liga en termes de spectacle. Désormais, la grande majorité des matches se déroulent dans des stades combles et devant un public passionné. Le football allemand est donc en passe de retrouver son rang à l'échelle continentale.

Lendemains difficiles pour Stuttgart et Nuremberg
Autre signe caractéristique de cette "nouvelle" Bundesliga : les favoris ne sont plus à l'abri d'une surprise. Le VfB Stuttgart, champion d'Allemagne en titre, en a fait l'amère expérience en flirtant pendant longtemps avec la zone de relégation. Voilà un autre trait caractéristique de ce championnat.

Au cours des six derniers mois, les hommes d'Armin Veh ont découvert que l'écart entre l'euphorie et la dépression tient à très peu de choses en Bundesliga. Heureusement pour eux, les joueurs du VfB ont su se regrouper autour de Mario Gomez, élu footballeur de l'année 2007, pour se replacer en huitième position à mi-parcours. En revanche, le club n'a pas été très à son avantage en Ligue des Champions. "Nous avons connu des hauts et des bas en 2007, admet l'entraîneur. Les hauts ont sans doute été plus nombreux, mais je crois que les bas ont toujours quelque chose à voir avec les hauts."

La réussite n'est pas avec nous, en ce moment
HAns Meyer, entraîneur de Nuremberg

Le FC Nuremberg a, lui aussi, eu l'occasion de constater que la frontière entre échec est succès est souvent bien mince. Hans Meyer, fêté en héros après la victoire de son équipe en Coupe d'Allemagne la saison passée, a connu des lendemains difficiles. Confrontés à un calendrier difficile en raison de leur participation en Coupe UEFA, ses hommes ont vécu une véritable descente aux enfers qui les a menés jusqu'à une peu glorieuse seizième place. " ", constate Meyer, qui n'ignore pas que Nuremberg se prépare une deuxième partie de championnat extrêmement difficile.

Karlsruhe surprend, le Werder tient bon
Dans le même temps, la lutte pour le maintien rassemble les candidats habituels : le VfL Bochum, l'Arminia Bielefeld, l'Energie Cottbus, ainsi que le Hansa Rostock et le MSV Duisbourg, nouveaux promus, ont tous connu une fin d'année 2007 difficile. En revanche, Karlsruhe, absent de l'élite depuis près de dix ans, a fait un retour fracassant en Bundesliga, emmené par son meneur de jeu hongrois, Tamas Hajnal. "Nous devons encore progresser", affirme pourtant l'entraîneur, Edmund Becker. Si le KSC parvient à maintenir son niveau de jeu sur l'ensemble de la saison, il pourrait bien s'inviter durablement dans la première moitié du classement.

Mais, bien entendu, c'est avant tout la course au titre qui retient l'attention de tous les fans allemands. Ottmar Hitzfeld, l'entraîneur du Bayern, a été sévèrement critiqué après la série de matches nuls réalisée par son équipe. Toutefois, ces récentes contre-performances ne devraient pas faire oublier que le club bavarois ne s'est incliné qu'une seule fois en dix-sept journées (1:3 à Stuttgart). Jusqu'à maintenant, seul le Werder a réussi à soutenir le rythme infernal imposé par le Bayern. "Le championnat pourrait se résumer à un duel", hasarde Uli Hoeness et les faits semblent lui donner raison. Les hommes de Thomas Schaaf ont certes connu une élimination prématurée en Ligue des Champions, mais leurs résultats en Bundesliga parlent d'eux-mêmes.

Je fais parfois des choses un peu folles... mais seulement sur le terrain
Diego, meneur de jeu du Werder

Il faut dire que Diego mène le jeu du Werder avec une maestria qui n'est pas sans rappeler celle de Leonard Bernstein du temps où il menait à la baguette l'orchestre philarmonique de New York. Le meneur de jeu brésilien compte déjà neuf buts et sept passes décisives à son actif, ce qui fait de lui l'un des joueurs les plus efficaces de cette première partie de saison. Tout porte à croire que ce jeune homme va bientôt franchir le palier qui le sépare encore des meilleurs joueurs de la planète. " ", assure le Brésilien, toujours aussi simple et modeste. Quoi qu'il en soit, l'association entre Diego et le Werder Brême fait toujours recette.

Le Bayern doit muscler son jeu
Pendant ce temps, au Bayern, on préfère s'appuyer sur un duo offensif composé de Klose et Toni, déjà auteurs de 18 buts à eux deux. Ce duo devient même trio, si l'on prend en considération le fait que la plupart des mouvements offensifs du Bayern sont initiés par Ribéry. Toutefois, face à des équipes qui se contentent le plus souvent de défendre, les Bavarois n'ont pas toujours su trouver la faille.

Trop statiques, les Munichois n'ont pas souvent réussi à exploiter leur formidable potentiel offensif. En conséquence, les supporters du Bayern n'ont que trop rarement assisté au feu d'artifice promis. Le récent succès 6:0 acquis face à l'Aris Salonique, lors de la dernière journée de la phase de poules de la Coupe UEFA, semble cependant indiquer que le Bayern a encore quelques réserves. La deuxième moitié de la saison permettra peut-être au club de traduire son écrasante domination sur le terrain au tableau d'affichage.

Mais le Bayern et le Werder n'auront certainement pas le temps de se reposer sur leurs lauriers. En effet, le Hambourg SV, toujours emmené par van der Vaart, le Bayer Leverkusen et Schalke 04, qui vient de se qualifier pour les huitièmes de finale de la Ligue des Champions pour la première fois de son histoire, entendent bien jouer les trouble-fêtes jusqu'au bout.

Malgré le recrutement pharaonique du Bayern, la Bundesliga n'a jamais été aussi équilibrée. Le football allemand vit actuellement une seconde jeunesse. Dans ces conditions, bien malin qui pourrait prédire l'issue de cette saison 2007/2008...