Freiné par son inconstance, souvent piégé par ses débuts de match, fidèle par intermittence au jeu annoncé, le Bordeaux de Laurent Blanc a néanmoins tenu son rang, pour finir l'année 2007 à une 3e place de L1 conforme aux objectifs fixés, mais sans doute pas à son potentiel.
Mention "assez bien". C'est le jugement partagé par le propriétaire, M6, et l'entraîneur, à mi-parcours: troisième depuis un mois et demi sans interruption, dans les clous pour l'objectif affiché d'un retour en C1, comme en fin de saison 2005-06 (2e), grignotant même récemment son retard sur Lyon, à 6 pts, et Nancy (2), et qualifié avec la manière (1er de son groupe, invaincu) pour les 16e de finale de la Coupe de l'UEFA. De l'OM à Lens, de Paris à Monaco, peu des ambitieux ou outsiders du début du championnat peuvent se targuer de tels résultats.
Rendez-vous manqués. Si les Girondins peuvent nourrir des regrets, c'est pour les grands rendez-vous à côté desquels ils sont passés, contre des clubs mieux classés qu'eux: dès août, à domicile, contre Le Mans (1-2), complètement face à Lyon (1-3), ou lors de leur plus mauvais match, à Nancy (défaite 1-0). "Ces deux équipes qui sont devant nous le méritent: elles ont plus de points, ont été meilleures sur la première partie, et nous ont battus", résume Blanc. Logique.
Le jeu et ses éclipses. L'ambition d'un jeu construit, alliant prise de risques, mouvement, technique et intelligence, a pris corps en début de saison, avant de subir une éclipse en octobre-novembre, au moment où Bordeaux était attendu. Mais les Girondins ont sorti un "Plan B": ils sont devenus spécialistes des coups de pied arrêtés (9 des 11 derniers buts à domicile). Blanc, rassuré par la qualité de jeu de son équipe, retrouvée depuis peu, insiste: "Notre salut viendra par le jeu, j'y crois beaucoup. Etre dans la continuité de ce qu'on a fait à Nice et contre l'OM".
Ressources ou réactions. Bordeaux développe aussi une autre spécialité: celle d'équipe à réaction. Souvent menée au score, tôt dans le match (12 fois, UEFA compris), l'équipe a fait preuve de caractère et de ressources pour s'accrocher et, au final, revenir (4 fois) ou s'imposer (5 fois). Comme face à Marseille (0-2 puis 2-2). Blanc avait identifié ce manque de combativité comme étant l'une des retouches à apporter par rapport au Bordeaux des années précédentes. "Avec cet état d'esprit pendant 95 minutes, on n'est peut-être pas la meilleure équipe de L1, mais on peut vraiment en bousculer plus d'une", assure-t-il à présent.
Bons profils, bonne santé. Avec Diarra, précieux élément défensif, Chalmé, animateur à droite et Bellion, buteur prolifique (10 buts), les Girondins n'ont pas fait de fausses notes de recrutement. Perpétuant ainsi une tradition de Ricardo, dont les recrues sont devenues incontournables (Fernando, Wendel) ou se libèrent peu à peu (Jussiê, Cavenaghi). Et comme l'infirmerie a été plutôt épargnée (Henrique et Jemmali seuls absents longue durée en cinq mois), tout ce monde se plie à la volonté de faire tourner l'effectif, prônée par le Président. Qui tient néanmoins son équipe-type.
Plus haut, plus fort ? "On regarde derrière nous, mais également devant." Blanc parle d'ambition, mais avec prudence. Il sait que la CAN (Coupe d'Afrique des Nations, du 20 janvier au 10 février, au Ghana, ndlr) va le priver de deux acteurs majeurs (Chamakh, Diawara), que la campagne de C3 peut pomper énergies et émotions (Anderlecht en 16e, Bayern Munich éventuellement en 8e). Et le groupe sent qu'à 2 pts seulement du 4e (Caen), et sans grand résultat de prestige, "on n'a pas fait l'écart ni marqué les esprits en disant +Bordeaux est un solide 3e+", estime Marc Planus. "Non, il faut être lucide, on n'a pas réussi à montrer cela." Certes, mais Bordeaux tient malgré tout sa 3e place.
