Après quatre saisons et plus de 100 buts au Bayern Munich, Roy Makaay est rentré au bercail l'été dernier en signant un contrat de 3 ans au Feyenoord Rotterdam. A 32 ans, l'attaquant néerlandais confirme pour l'instant les attentes placées en lui par un club centenaire en 2008 et qui ambitionne de retrouver son rang, en Eredivisie comme en Europe. Soulier d'Or en 2003 après une saison à 29 réalisations sous le maillot du Deportivo La Corogne, où il s'était révélé sur la scène continentale, l'international Oranje prouve aujourd'hui que le poids des ans n'a en rien entamé son efficacité.

Au lendemain d'une victoire 3:1 face au FC Twente, le buteur batave Makaay a accepté en exclusivité de répondre aux questions de FIFA.com dans la salle de presse du stade De Kuip, l'antre du Feyenoord. Face au micro, Makaay est comme sur le terrain : il va à l'essentiel.

Roy, revenir aux Pays-Bas à 32 ans, dix ans après votre départ, c'est un retour aux sources qui était planifié depuis longtemps déjà ?
Non, pas du tout ! J'avais encore un an de contrat au Bayern et j'aurais pu rester. Mais dans le football, les circonstances vous amènent parfois à prendre des décisions. Le club a recruté deux grands attaquants et j'ai assez d'expérience pour savoir comment ça se passe. Ces deux joueurs auraient joué. Je ne voulais pas rester sur le banc pendant un an à gagner mon argent sans jouer. J'ai donc désiré partir. J'avais toujours dit que si je quittais le Bayern, c'était pour aller en Espagne ou aux Pays-Bas. Dans mon pays, j'ai eu des offres et celle du Feyenoord était la meilleure. Je voulais être fixé rapidement, et je n'ai donc pas eu la patience d'attendre que quelque chose de concret arrive de la Liga, où je sais que les clubs prennent leur temps pour recruter.

Avez- vous des regrets d'avoir quitté le Bayern et son jeu beaucoup plus offensif cette saison, notamment avec Ribéry à la baguette ?
Non, aucun. Je vous l'ai dit, c'est ma décision d'être parti et je suis très bien ici. Quand tu fais signer Ribéry, tu sais ce que tu vas avoir. Et le début de saison a été conforme aux ambitions à Munich. Mais ils ont aussi essuyé quelques critiques avant la trêve, le Werder est revenu. Il y a de grosses attentes autour de cette équipe avec les transferts réalisés à l'intersaison et il sera intéressant de voir ce que ça donnera en fin de saison.

Vous avez donc quitté le Bayern en bons termes avec les dirigeants et les supporteurs ?
Oui, très bons. J'ai été invité par le club avant le jubilé de Mehmet Scholl pour être présenté au public. On m'avait préparé des adieux. Ce fut un moment émouvant, les supporteurs m'ont acclamé et j'ai reçu des cadeaux.

Quel bilan dressez-vous de vos quatre années à Munich, avec deux premières impressionnantes et deux suivantes moins brillantes, en tout cas dans les chiffres ?
J'ai quand même marqué plus de 110 buts avec le Bayern ( 129 exactement), seul Gerd Müller a fait mieux. Quand une légende pareille est le seul joueur devant vous à ce palmarès, ça signifie quand même quelque chose. Les deux dernières années, surtout la saison passée, ont été plus banales mais je ne m'en formalise pas. J'ai quand même apporté quelque chose et en 2006 nous avons été champions. J'ai passé quatre saisons merveilleuses à Munich.

Vous avez cette réputation d'être imperméable aux critiques, qui ont été nombreuses la saison passée en Allemagne. Vraiment rien ne peut vous déstabiliser ?
Je lis la presse mais franchement les critiques des médias, je n'y prête aucune attention. Il suffit que le gars ne vous aime pas pour des raisons extra-sportives ou parce qu'il est ami avec un autre joueur en concurrence avec vous et il ne sera pas objectif. Les seuls jugements qui comptent, ce sont ceux de mes coéquipiers, de mon entraîneur et des dirigeants.

Avez-vous ressenti une pression particulière en devenant le transfert le plus onéreux de l'histoire du Bayern, soit 20 millions d'euros ?
Non. J'avais déjà connu la situation au Deportivo quand je suis arrivé de Tenerife. J'étais alors un des deux plus gros transferts depuis la création du club. Vous savez, à partir du moment où ce n'est pas quelque chose que vous contrôlez ou sur lequel vous avez un quelconque pouvoir, tout ce que vous pouvez faire c'est de donner votre meilleur sur le terrain. Sans y penser. Maintenant c'est Ribéry qui a pris a hérité de ce statut au Bayern, mais lui non plus ne l'a pas demandé.

Feyenoord a fait des efforts financiers cet été pour célébrer son centenaire en vous recrutant ainsi que Van Bronckhorst. Sentez-vous qu'on compte beaucoup sur vous et que cette saison est importante pour le club ?
Feyenoord voulait avoir une belle équipe à présenter aux supporteurs pour fêter ses 100 ans et c'est vrai qu'ils s'en sont donné les moyens. Surtout que la saison passée n'a pas été bonne. Pour l'instant, compte tenu du nombre de nouveaux joueurs je trouve que l'équipe marche bien, même si nous sommes à 6 points du leader. Personnellement je suis content de ma saison jusque-là avec 12 buts en championnat et je ne ressens pas de pression particulière. Je suis ici pour jouer mon jeu et faire ce que je sais faire.

Justement, à 32 ans, vous continuez à marquer régulièrement. Votre style de jeu est-il un atout pour durer?
Je ne crois pas que le style de jeu ait une quelconque influence dans ce domaine. J'ai eu la chance de ne jamais être gravement blessé et je fais attention à mon corps. Je n'ai plus la même capacité de résistance donc je dois plus me reposer. Cela peut expliquer ma forme à 32 ans, plus que la façon dont je joue.

Klaas Jan Huntelaar nous disait il y a quelques mois que, pour un joueur confirmé, marquer entre 25 et 30 buts dans le championnat des Pays-Bas, n'avait rien d'exceptionnel. Avez-vous des objectifs précis pour cette saison ?
Non et je ne l'ai jamais fait. Car une bonne saison ne se juge pas uniquement sur le nombre de buts. Je fais le bilan en fin de saison, en fonction de différents critères. Un attaquant est dépendant du collectif et de ses partenaires, je fais donc attention quand je signe dans un club aux joueurs qui vont m'entourer et ma complémentarité éventuelle avec eux.

Cela peut-il expliquer que vous n'ayez jamais fait un mauvais choix dans votre carrière ?
Oui. Mais je fais aussi les choses comme je les sens. Je sais ce que je veux mais je laisse aussi une place au désir et à l'instinct.

Vous avez connu de grands moments dans votre carrière. Quel est votre meilleur souvenir ?
C'est difficile d'en ressortir un. Je n'ai vraiment aucun regret sur ma carrière. Si je devais en citer deux ou trois je dirais d'abord le titre avec le Deportivo en 2000. C'était le premier de l'histoire du club, ça représentait quelque chose de spécial. Plus encore que le premier titre avec le Bayern, qui est plus habitué à gagner son championnat. Enfin, le Soulier d'Or en 2003 a été une récompense individuelle très honorifique.

Et le meilleur joueur avec qui vous avez évolué ?
C'est aussi difficile d'y répondre. Au Bayern vous êtes chaque saison entouré de grands joueurs. Mais allez, je dirais Juan Carlos Valeron à La Corogne. Il était brillant, vraiment très fort.