A eux deux, ils ont déjà remporté 44 titres de champion. Il s'agit cependant là d'un chiffre purement théorique, car jamais il ne viendrait à l'idée d'un supporter de l'Etoile Rouge ou du Partizan de partager quoi que ce soit avec l'ennemi juré. En effet, les deux grands clubs de la capitale serbe se livrent depuis des années une rivalité féroce, qui dépasse parfois même les frontières du football.

Toutefois, l'écrasante domination des deux clubs historiques du football serbe pourrait bien se trouver menacée à l'avenir par l'émergence d'un troisième larron. Depuis quelques semaines, une équipe relativement modeste défraie la chronique en proposant un jeu particulièrement attractif. A cinq journées de la fin de la première partie du championnat, Cukaricki Stankom occupe une flatteuse quatrième place au classement. A ce jour, le promu n'a concédé que quatre défaites, ce qui constitue un véritable exploit pour cette formation qui a longtemps vécu dans l'ombre de ses prestigieux voisins.

Si nous poursuivons dans cette voie, je pense qu'à moyen terme, nous pourrons rivaliser avec les autres clubs de la ville
Dragoslav Stepanovic, entraîneur de Cukaricki

Deux de ces revers ont justement été concédés face à l'Etoile Rouge (0:1) et au Partizan (0:3). Des échecs relatifs qui n'inquiètent pas outre mesure Dragoslav Stepanovic, l'entraîneur du club : " ".

Rencontre décisive en mars
Pour l'heure, Cukaricki, qui doit son nom à un quartier historique de Belgrade, est encore loin de pouvoir se mêler à la course au titre. Le Partizan (19 titres) mène toujours la danse avec six points d'avance sur son éternel rival, l'Etoile Rouge, championne à dix-neuf reprises. Ces statistiques impressionnantes incluent évidemment le palmarès glané par les deux clubs à l'époque du championnat de Yougoslavie, puis de Serbie et Monténégro.

Les deux équipes, toujours invaincues depuis le début de la saison, s'étaient séparées sur un match nul (2:2) au Marakana. Le rendez-vous du 1er mars, qui aura lieu sur la pelouse du Partizan, s'annonce donc déterminante pour la suite de la compétition. Seul Vojvodina, le club de Novi Sad, paraît encore en mesure de contester la suprématie des deux géants de Belgrade. Champion à deux reprises, Vosa ne compte qu'un point de retard sur l'Etoile Rouge.

Les grands clubs serbes vendent régulièrement leurs meilleurs joueurs à l'étranger. Dans ces conditions, je ne vois pas pourquoi nous ne pourrions pas refaire notre retard dans les années à venir
Dragoslav Stepanovic

En revanche, Cukaricki n'a que peu d'espoirs de venir bouleverser la hiérarchie en place, puisqu'il compte un déficit de douze points sur l'actuel troisième. Voilà pourquoi Stepanovic préfère réfléchir à long terme : " ".

Stepanovic comme chez lui
Cet expérimenté technicien de 59 ans connaît trop bien son métier pour se laisser abuser par une série de bons résultats. Ancien international yougoslave, Stepanovic s'est fait un nom à travers l'Europe entière en entraînant successivement l'Eintracht Francfort, le Bayer Leverkusen, l'Athletic Bilbao et l'AEK Athènes, entre 1991 et 1998. Il coulait des jours heureux à Francfort, une ville où il reste très apprécié, quand les dirigeants de Cukaricki sont venus lui proposer un nouveau défi : lancer le promu vers de nouveaux sommets.

"Je suis vraiment bien ici. Il règne une ambiance exceptionnelle dans ce club. Le courant est très vite passé. C'est important, car un vieil homme comme moi n'a plus de temps à perdre", plaisante Stepi. Ce genre d'humour est caractéristique du Serbe, qui ne se prend jamais trop au sérieux. De toute évidence, Stepanovic a trouvé à Belgrade un club qui lui ressemble.

Près de 550 000 personnes vivent dans notre quartier. C'est un vivier idéal pour notre futur centre de formation
Dragoslav Stepanovic

L'arrivée d'un riche sponsor a incontestablement permis à Cukaricki de franchir un palier, en s'appuyant notamment sur un important travail de formation. " ", explique Stepanovic.

Miser sur le talent
Ce projet permettra peut-être un jour à Cukaricki de lutter à armes égales avec les deux géants de Belgrade. En attendant, Stepanovic peut compter sur son gardien Bojan Isailovic, son défenseur Nemanja Tubic et sur le meneur de jeu Marko Blazic pour soutenir ses ambitions à court terme.

Des ambitions qui, pour le moment, restent relativement modestes : "Notre objectif prioritaire était d'accrocher le maintien. Le reste, c'est secondaire. Si tout se passe comme prévu, je me verrais bien rester ici encore deux ou trois ans. Vous savez, cela fait 31 ans que je n'avais plus vécu en Serbie. Et puis, mes parents n'habitent qu'à 180 kilomètres de Belgrade, ça me donne l'occasion de leur rendre visite de temps en temps". Encore un exemple de cet art du contre-pied que Stepanovic pratique depuis maintenant des années...