Le Franco-Marocain Abdeslam Ouaddou, propulsé à la une des médias depuis sa réaction spectaculaire aux insultes racistes d'un supporteur à Metz, se pose comme le leader de l'équipe de Valenciennes pour ses qualités professionnelles et sa volonté de défendre ses valeurs.
A 28 ans, sur le terrain, le capitaine du VAFC et international marocain est un défenseur longiligne (1,90 m), sérieux, efficace au pied comme de la tête, indispensable dans l'arrière garde valenciennoise. Au point que, pendant son absence, l'équipe nordiste a sérieusement tangué défensivement.
Mais le natif de Ksar Azekour, près d'Errachidia au sud du Maroc, est aussi un homme qui ne badine pas avec ceux qui bafouent les valeurs de tolérance et de respect. Des valeurs qui constituent le fondement de son caractère, comme la simplicité, l'humilité, le travail et la famille.
C'est parce que les gens du nord affirment les mêmes idées que lui qu'il s'est attaché à une région où son père, Lhoucine, avait débarqué et travaillé comme mineur avant de partir à Nancy. Et les Nordistes le lui rendent bien. Ils aiment sa volonté, son besoin de progresser et de travailler.
"C'est grâce au travail que je m'en suis sorti", répond l'homme qui a pourtant inquiété ses parents. "Pour eux, la réussite passait par l'école et un boulot derrière un bureau. Même quand j'ai signé mon premier contrat pro, ils pensaient que le foot était un loisir", raconte-t-il avec tendresse.
De son enfance, souvent difficile dans le quartier de La Californie dans la banlieue de Nancy, Ouaddou, troisième d'une fratrie de quatre, trois garçons et une fille, garde un souvenir ému: "Ma soeur s'est mariée tôt et on vivait jusqu'à dix sous le même toit".
Double culture
Parti depuis huit ans au gré d'une carrière débutée avec
Nancy, passée par Fulham (Premier League), Rennes, et Olympiakos
(Grèce) qu'il a quitté car sa femme ne "s'y plaisait
pas", Ouaddou se replonge dès qu'il le peut dans
l'ambiance familiale. "J'aime retrouver ça",
confie-t-il.
Ce sont alors des moments privilégiés avec ses parents mais aussi Malika, son épouse, son fils de bientôt six ans, ses filles, une petite bretonne de 3 ans et la petite dernière, une cht'i d'un mois, née pendant qu'il était au Ghana pour la CAN.
Autour de la table, on n'y parle sûrement pas football. "Mes parents n'ont pas cette culture. Pour eux, cela reste un loisir. La preuve: en dix ans de carrière, ils ne sont venus me voir que sept ou huit fois", constate-t-il. La dernière fois c'était à Metz, d'où ils sont repartis en pleurant.
Devenu presque à son corps défendant une sentinelle contre le racisme dans le football, Ouaddou se veut aussi un défenseur de la France. "Mon passeport français compte autant que le marocain. Je tiens à ma double culture. C'est une richesse", souligne le joueur arrivé dans l'Hexagone à l'âge de 3 ans.
Avant la rencontre France-Maroc en novembre dernier à Paris, Ouaddou était ainsi monté au créneau pour demander que la Marseillaise ne soit pas sifflée. Comme lors de France-Algérie six ans plus tôt.
N'ayant pas été entendu, il n'avait pas hésité à condamner ces lazzis. "La tolérance, ça marche dans les deux sens", rappelle-t-il.
