Manchester United, grand d'Europe, auteur d'un 1-1 précieux à Lyon à l'aller n'est pas à l'abri mardi en 8e de finale retour de la Ligue des champions, juge la presse anglaise: avec Karim Benzema, les Français disposent de l'homme capable de le punir de son orgueil.

"Le buteur convoité par Alex Ferguson pourrait être sa Némésis en Ligue des champions", prévenait ce week-end l'Observer.

Qu'on le compare aux plus grands footballeurs ne suffisait donc pas. Voilà le gamin de Bron assimilé à la déesse grecque de la Vengeance, maîtresse de Zeus, dont elle exécute la justice pleine de colère, infligeant son châtiment inéluctable aux rois pour prix de leur vanité et de leur ostentation...

A sa décharge, depuis que Benzema a ouvert le score à l'aller, la presse anglaise avait épuisé les comparaisons grandiloquentes pour exprimer sa béatitude devant le talent du "nouveau Zinédine Zidane", "mélange de Ronaldinho et de Ronaldo", "plus grand espoir du football européen", celui "par qui tout peut arriver".

Comme Zidane, il a marqué pour sa première sélection après être entré en jeu; comme le plus grand joueur français des deux dernières décennies, il portait le numéro 20 ce jour-là, ont rappelé les journalistes anglais comme pour convaincre que le destin de Benzema est déjà écrit.

Plus précoce qu'Henry
Ils se sont souvenus qu'à 20 ans, Thierry Henry, parangon du footballeur français d'exception de l'autre côté de la Manche, se montrait moins implacable face au but.

L'entraîneur de Manchester United, Alex Ferguson, n'en est pas encore à se résigner à voir la foudre Benzema l'abattre en rétribution de ses forfanteries passées ou de sa propension assumée à se juger au-dessus du commun des mortels de la planète football.

Mais le but de Gerland, quand Benzema s'est défait avec une insultante facilité de quatre défenseurs pour ouvrir le score, l'a confirmé dans sa conviction que le "Gone" est la plus grande menace lyonnaise, un joueur qui "peut marquer à partir de rien". "Et il est légitime de s'inquiéter des joueurs qui marquent à partir de rien".

Cette ouverture du score lui a aussi montré que s'il avait tenté de perturber le jeune homme en expliquant publiquement avant le match que son recrutement à Manchester United était une "possibilité", le stratagème avait échoué.

Mais le roué Ecossais, qui n'a pas renoncé à acheter Benzema même si celui-ci assure préférer l'Italie ou l'Espagne, n'est pas homme à se laisser impressionner aisément. Juste avant le match retour, il a trouvé un nouvel angle d'attaque pour déstabiliser Lyon, expliquant que "Benzema est une menace parce qu'il évolue seul en pointe".

Or, comme par hasard, depuis quelques matches, l'entraîneur lyonnais Alain Perrin le place à gauche, l'associant à Fred en pointe, un positionnement qui ne satisfait pas Benzema. Ferguson se dit sans doute que le Français aurait mauvaise grâce à être la Némésis d'un homme qui le comprend aussi bien...