Sandro Mazzola, 66 ans, est une légende du football italien et de l'Inter Milan. Il a joué pour les Nerazzurri toute sa carrière, inscrivant 160 buts en 565 matches. Son palmarès est éloquent : quatre titres de champion d'italie, deux coupes d'Europe des clubs champions, deux coupes intercontinentales avec l'Inter, un titre de champion d'Europe (1968), et trois participations en Coupe du Monde de la FIFA (1966, 1970, 1974) avec l'italie. Avec la Nazionale, il compte 70 sélections et 22 buts.
Fils de Valentino Mazzola, lui-même grand attaquant du Torino décédé dans la catastrophe aérienne de Superga le 4 mai 1949, il et est considéré comme l'un des plus grands footballeurs italiens de tous les temps. A la veille du centenaire de l'Inter il évoque l'histoire de son club de toujours pour FIFA.com.
M. Mazzola, pourquoi avez-vous choisi de jouer à
l'Inter alors que votre père, Valentino, faisait partie de la
grande équipe du Torino ?
Quand mon père est mort, je n'avais pas encore
sept ans. Benito Lorenzi, l'attaquant de l'Inter qui jouait
en équipe nationale avec mon père et qui était très ami avec lui,
est venu à la maison. Il a demandé à ma mère de me laisser venir à
Milan pour devenir la mascotte de l'équipe. Giuseppe Meazza,
choqué par la catastrophe de Superga, s'est également beaucoup
occupé de moi et de mon petit frère. Tous deux, nous étions
habillés avec l'équipement complet de l'Inter, nous
sortions avec les joueurs et restions au bord du terrain pendant le
match. En tant que mascottes, nous étions associés aux primes et
touchions alors 10 000 lires pour une victoire et 5 000 pour un
nul. C'était beaucoup d'argent pour notre famille.
Mais votre père n'a jamais joué pour l'Inter ?
En fait non, mais j'ai encore à la maison des
photos de lui avec le maillot nerazzurro, même s'il n'a
disputé aucun match officiel sous ces couleurs... A cette époque en
effet, même si vous étiez international et une grande vedette vous
deviez faire un essai avant un éventuel transfert et poser avec le
maillot. Une chose inimaginable aujourd'hui.
Vous n'avez pas regretté votre choix ?
Non, certainement pas. Tout le monde s'est occupé de nous
à l'Inter. C'était comme une seconde famille pour moi,
alors j'y suis resté.
Cela a-t-il aidé votre carrière de vous appeler Mazzola ?
C'était très difficile quand j'étais jeune
car tout le monde espérait voir un joueur aussi talentueux que mon
père. Mais je n'avais pas les mêmes qualités. Je vivais très
mal les commentaires parfois négatifs des supporters. A tel point
que je n'étais pas loin d'arrêter le football. A cette
époque, je ne jouais pas mal au basket, j'ai donc fait des
essais dans l'équipe de Milan qui s'appelait alors
"Borletti". Pendant deux mois j'ai hésité entre les
deux, poursuivant les deux activités. Finalement j'ai choisi le
foot. Et puis quand j'ai commencé a percer, j'ai eu deux
fois plus de supporters car j'ai également récupéré ceux de mon
père !
Vous avez connu les heures de gloire de l'Inter
d'Helenio Herrera, inventeur du catenaccio. Ce n'était pas
frustrant pour un joueur créatif et offensif comme vous ?
En fait, c'est Nereo Rocco, l'entraîneur de
Milan, qui a été le premier à introduire un libéro. Je regrette que
l'Inter de Herrera soit entré dans l'histoire pour le
catenaccio. Regardez la liste des joueurs de l'équipe: Giuliano
Sarti, Tarcisio Burgnich, Giacinto Facchetti, Gianfranco Bedin,
Aristide Guarneri, Armando Picchi, Jair, Joaquin Peiro, Luis
Suárez, Mario Corso et moi-même. Il y a quand même cinq joueurs à
vocation offensive, voire six avec Facchetti qui montait très
souvent, une nouveauté pour l'époque. Parfois à
l'extérieur, nous adoptions un système très défensif, c'est
vrai. Mais nous jouions souvent en 4-2-4 et tout le monde
travaillait. Je vous assure qu'après un match nous n'avions
pas envie d'aller danser... En fait, Helenio Herrera a inventé
le football moderne.
Peut-on comparer votre rivalité avec Gianni Rivera avec
celle existant ces dernières années entre Francesco Totti et
Alessandro del Piero ?
Non. La nôtre était beaucoup plus forte car elle
dépassait l'aspect personnel : c'était la rivalité de deux
équipes d'une même ville. En 1968, lors de la fondation du
syndicat des joueurs, Rivera et moi nous nous retrouvions à Milan.
Un jour, des supporters nous on vus ensembles, ils étaient
scandalisés ! Cela étant, entre Rivera et moi, il ne pouvait pas y
avoir de rapports d'amitiés, juste du respect. Nous étions trop
rivaux. Et puis, j'étais sûr d'être meilleur que lui et lui
pensait exactement l'inverse !
Quel est votre meilleur souvenir avec l'Inter ?
Notre première victoire en Coupe des Champions
contre le Real Madrid, en 1964. Nous avons gagné 3:1 et j'ai
marqué deux buts. Le Real était alors l'équipe de tous les
rêves. Ils gagnaient tout. Et puis il y avait Alfredo di Stefano
que je voyais comme un géant. Je me souviens qu'avant le début
du match, sur la pelouse, je ne le quittais pas di Stefano des
yeux, comme paralysé. Quelqu'un m'a tapé sur l'épaule.
C'était Luis Suarez qui m'a dit: 'Tu restes là à le
regarder? Moi, je vais jouer'. Au coup de sifflet final,
j'ai couru vers Di Stefano pour échanger mon maillot. Mais
j'ai été intercepté par Ferenc Puskas qui m'a dit:
'J'avais joué contre ton père. Tu es digne de lui. Je
t'offre mon maillot'. Aujourd'hui, c'est le plus
précieux de ma collection...
Suarez était aussi un élément clef de cette équipe
?
Oui, il était un incroyable gagneur, animé par une rage de
vaincre. Avec lui, il n'y avait jamais de parties amicales.
Vous avez débuté en équipe nationale en 1965 contre le
Brésil avant de remporter le championnat d'Europe des nations
et de participer à trois Coupes du Monde. Quel est votre meilleur
souvenir ?
La demi-finale de 1970 contre l'Allemagne
(ndlr: 4:3 pour l'Italie après prolongations). Nous
avions une grande équipe même si nous étions partis au Mexique sans
trop y croire. D'ailleurs nous avions emmenés des films pour
nous détendre avant les matches et avant la demi-finale, nous
n'en avions déjà plus... C'était l'époque du fameux
relai que faisait le directeur technique Ferruccio Valcareggi entre
Rivera et moi même. Chacun sa mi-temps, mais jamais ensembles.
Contre l'Allemagne, j'avais disputé la première mi-temps.
Un grand souvenir.
Que pensez vous de l'Inter d'aujourd'hui qui
compte 23 étrangers dans un effectif de 45 professionnels ?
Le groupe est très fort, le fait d'être
étranger ou non n'est pas important. Le football n'a plus
de barrières. Il suffit d'être bon. Un joueur comme Javier
Zanetti est un élément très utile pour une équipe. C'est un
gros travailleur, jamais blessé. Zlatan Ibrahimovic, lui, c'est
la classe. C'est le plus fort.
Quelle est la différence entre le football de votre période
et celui d'aujourd'hui ?
Aujourd'hui il y a plus de force physique, une
plus grande préparation. Même si ma période correspond au début des
grands choix tactiques, il subsistait une grande place pour la
créativité. Aujourd'hui, c'est force physique et
tactique.
Entre ces deux football, lequel préférez-vous ?
Celui d'hier...
