"Ce n'est jamais fini", telle pourrait être la devise d'Oliver Kahn. Pour s'en convaincre, il suffit de revenir à l'après-midi du 19 mai 2001, à Hambourg. Nous sommes au coup d'envoi de la 34ème journée de Bundesliga et le Bayern Munich devance Schalke 04 de trois points au classement, mais possède une différence de buts nettement inférieure. Le club de Gelsenkirchen remplit sa part du contrat en dominant le SpVgg Unterhaching 5:3. Le Bayern sait alors qu'il lui faut décrocher un point pour être sacré champion... Seulement voilà, à la 89ème minute, les Bavarois se retrouvent menés 1:0 suite à un but de Sergej Barbarez. A cet instant, Schalke 04 est champion d'Allemagne.
Après ce véritable coup du sort, Oliver Kahn est le premier à remotiver ses troupes. "Ce n'est jamais fini !", leur lance-t-il. Dans le temps additionnel, le défenseur suédois Patrik Andersson arrache l'égalisation à 1:1 et offre un nouveau titre au Bayern. En Bavière, personne n'a oublié l'explosion de joie du gardien international, qui s'en était pris à un poteau de corner. "Il n'en fallait pas moins pour marquer l'occasion, se souvient encore aujourd'hui le principal intéressé. Ce dénouement était absolument incroyable."
Incroyable. Encore un terme qui résume parfaitement la carrière de ce natif de Karlsruhe, qui découvre le football à l'âge de six ans, en tant que joueur de champ. Mais, très vite, sa vocation de gardien va prendre le dessus. Oliver Rolf Kahn effectue ses grands débuts en Bundesliga au mois de novembre 1987, sous les couleurs de sa ville natale. Sept ans plus tard, les dirigeants du Bayern, qui voient en lui le successeur naturel de Raimond Aumann, s'attachent ses services pour la somme de 2,3 millions d'euros.
"Le football n'est pas une question de vie ou de mort, c'est beaucoup plus important que ça", avait dit en son temps Bill Shankly. Un regard sur le sport de haut niveau qu'Oliver Kahn partage entièrement. "Je n'aurais pas dit mieux moi-même", écrit-il dans Numéro un, son autobiographie parue en 2004.
Son caractère de battant sera mis à l'épreuve dès son arrivée au Bayern. Quatre mois après son transfert, Kahn est victime d'une déchirure des adducteurs qui le tient éloigné des terrains pendant six mois. Sans rien dire, il se remet au travail et, deux mois après son retour à la compétition, il fait ses grands débuts en équipe nationale, à Berne, à l'occasion de la victoire 2:1 de l'Allemagne sur la Suisse. La suite de sa carrière ne sera qu'une longue succession de trophées. Deux ans plus tard, le Titan remporte la Coupe de l'UEFA et le premier de ses huit titres de champion d'Allemagne avec le Bayern.
2001, l'année de la consécration
Pourtant, la légende d'Oliver Kahn s'est aussi forgée
dans l'adversité. La défaite face à Manchester United en finale
de la Ligue des champions de l'UEFA 1999 avec ces deux buts
concédés dans le temps additionnel, son erreur en finale de la
Coupe du Monde de la FIFA 2002 contre le Brésil, la perte de sa
place de titulaire en sélection quelques semaines avant le début de
la Coupe du Monde de la FIFA, Allemagne 2006... Autant de coups du
sort dont notre champion se serait sans doute bien passé mais qui,
pourtant, le rendent également plus humain.
Dans un autre registre, l'année 2001 sera celle de la consécration pour se gardien hors pair. En arrêtant trois tirs au but en finale de la Ligue des champions de l'UEFA contre Valence, Oliver Kahn donne la victoire à son équipe et prouve, s'il en était encore besoin, qu'il se trouve désormais au sommet de son art.
Changement d'image
Sa rage de vaincre et son agressivité sur le terrain font de
lui un personnage à part dans le football allemand. Très vite, les
supporters des autres équipes le prennent en grippe et les jets de
bananes et d'autres objets plus ou moins contondants sur ses
cages deviennent une routine. C'est pourtant de cette animosité
que Kahn tire en partie sa force. Son désir farouche de transformer
ces sifflets en applaudissements lui aura souvent permis de se
transcender et de repousser sans cesse ses limites.
En 2006, Oliver Kahn se trouve confronté à un défi d'un nouveau genre. Dépossédé de sa place de titulaire en sélection nationale, le portier du Bayern fait preuve d'une classe étonnante en encourageant sans cesse ses coéquipiers depuis le banc de touche. Le quart de finale contre l'Argentine va faire de lui l'un des héros du tournoi. A l'issue de la prolongation, il vient serrer la main de son rival, Jens Lehmann, pour lui souhaiter bonne chance avant la séance de tirs au but qui s'annonce.
Ce changement d'image va profondément marquer les derniers mois de sa carrière. Désormais, ce ne sont plus les sifflets et les insultes qui ponctuent chacune de ses interventions, mais des applaudissements. "C'était un sentiment étrange", avoue-t-il aujourd'hui. Son ancien entraîneur et compagnon de route Ottmar Hitzfeld dit de lui : "C'est le meilleur gardien du monde, car il ne vit que pour la compétition. ".
Pas de retour en arrière
A une époque où certains joueurs n'hésitent pas à changer
de club tous les ans ou presque, Kahn n'aura connu en tout et
pour tout que deux équipes dans sa carrière. "Evidemment,
j'ai été contacté par d'autres formations", confie le
Titan. Mais, pour lui, le fait de pouvoir s'identifier
à son club a toujours primé sur toute autre considération.
"L'argent n'a jamais été le critère déterminant",
assure-t-il.
Après 21 ans passés à défendre son but aux quatre coins de l'Allemagne, l'ancien international allemand peut enfin raccrocher les gants, avec le sentiment du devoir accompli. Pour le moment, tout retour à la compétition semble exclu. "Il n'y a pas de meilleur moment pour mettre un terme à ma carrière. Cette fois, c'est bel et bien fini. Il n'y aura pas de retour en arrière", explique Kahn dans une récente interview. Pour autant, il assure n'avoir encore aucun projet d'avenir. Il compte "souffler un peu et se laisser porter par le courant", tout simplement. Après avoir repris un peu d'énergie, il sera temps "de reprendre des activités plus intéressantes".
Avec le départ à la retraite d'Oliver Kahn, la Bundesliga perd l'un de ses champions les plus emblématiques. A l'heure d'aborder un nouveau chapitre de sa vie, le jeune retraité porte un regard nostalgique sur sa carrière : " . J'ai de la chance que mon corps ait tenu le choc aussi longtemps. J'ai joué dans l'un des plus grands clubs au monde, avec lequel j'ai accumulé les succès. Décidément, je n'ai pas à me plaindre. Voilà ce que je ressens en cet instant précis." Mais, on le sait, avec Oliver Kahn, l'histoire n'est jamais finie.
Kahn en chiffres
Palmarès international
86 sélections, dont 49 en tant que capitaine
Champion d'Europe 1996
Vice-champion du Monde de la FIFA 2002
Troisième de la Coupe du Monde de la FIFA 2006
Clubs
1987 - 1994 : Karlsruhe SC
1994 - 2008 : Bayern Munich
Palmarès en club
557 matches de Bundesliga
142 matches européens
Champion d'Allemagne 1997, 1999, 2000, 2001, 2003, 2005,
2006, 2008
Vainqueur de la Coupe d'Allemagne 1998, 2000, 2003, 2005,
2006, 2008
Vainqueur de la Coupe de la Ligue 1997, 1998, 1999, 2000,
2004, 2007
Vainqueur de la Coupe de l'UEFA 1996
Vainqueur de la Ligue des champions de l'UEFA 2001
Vainqueur de la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA 2001
Récompenses individuelles
Meilleur joueur et meilleur gardien de la Coupe du Monde de
la FIFA 2002
Gardien de l'année 1999, 2001, 2002
Gardien européen de l'année 1999, 2000, 2001, 2002
Joueur allemand de l'année 2000, 2001
Gardien allemand de l'année 1994, 1997, 1999, 2000, 2001,
2000
