A 21 ans seulement, Hatem Ben Arfa s'est déjà construit une histoire tout en feintes et en dribbles, dans le jeu et la vie, et débarque à Marseille pour troquer son statut d'éternel espoir, incompris à Lyon, contre celui d'artiste confirmé.

Longtemps, le jeune gaucher a couru sous l'étiquette ambiguë de grand espoir, dès l'âge de 12 ans, quand il intègre l'INF Clairefontaine et devient le principal protagoniste d'un documentaire de Canal+ sur la promotion 86.

Né en mars 1987, Ben Arfa le créatif "fuoriclasse" (hors norme en italien) est alors surclassé. Il intègre à 14 ans le centre de formation de Lyon, où son éclosion tarde: il y empile les titres à défaut de titularisations.

Alors que ses camarades de la "promo 87" championne d'Europe des moins de 17 ans en 2004, les Nasri, Benzema et Menez (son meilleur ami dans le milieu), ont déjà percé en clubs, le jeune prodige tarde à passer d'éternel espoir à joueur confirmé.

"Actions individuelles incroyables"
Ses qualités lui valent ses défauts: un style fantasque, une technique aiguë qui charrient du déchet, et un talent de soliste dans un sport collectif. Lui-même le reconnaît, souhaite s'améliorer mais refuse de "changer (son) jeu".

"Mon idole c'est Maradona: il transperçait toute la défense et j'adorais ça": à 12 ans déjà, le petit Hatem ne cachait pas son inclination. Pas sûr qu'il devienne le nouveau Maradona, mais comme le dit Eric Gerets, son nouvel entraîneur à Marseille, "il est capable de faire des actions individuelles incroyables".

A l'OM, ce milieu offensif polyvalent s'inscrira selon Pape Diouf "dans la lignée des Magnusson et Waddle", ces joueurs qui savent régaler le Vélodrome de gestes rares et d'audacieuses arabesques. Ribéry a pu jouer ce rôle-là, pas Ziani. Ben Arfa le fera.

C'est un joueur sur lequel nous misons beaucoup et lui-même mise beaucoup sur l'OM pour lancer complètement sa carrière
Pape Diouf, Président de l'OM

" ": les quatre derniers mots du président marseillais résument la saison contrastée que vient de vivre sa recrue.

Un exercice 2007-2008 démarré en fanfare: cinq buts en dix matches, une place de titulaire sur le flanc gauche lyonnais orphelin de Malouda, deux buts en Ligue des champions et les premières capes en équipe de France (après avoir décliné la sélection tunisienne). Avec en prime un but lors de son premier match en Bleu, certes contre les îles Féroé (6-0) mais comme Zidane ou Benzema avant lui, et une passe décisive importante pour Henry contre la Lituanie (2-0).

Football et littérature
Mais début 2008, son étoile pâlit, victime de la montée en puissance de Keita et de pertes de balle qui mettent en danger l'OL et agacent son entraîneur, Alain Perrin, qui le relègue sur le banc. Le différend en clair-obscur avec Benzema se précise, avec la fameuse "non poignée de mains" au Stade de France face à Lille, et l'altercation avec Squillaci illustre une personnalité qui ne fait pas l'unanimité.

Car HBA détonne. Il y a l'amateur de football, passion transmise par l'ancien international tunisien qu'est son père, pratiqué dans les allées de sa cité de Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine) et désormais consciencieusement décortiqué lors de séances vidéo personnelles; il y a aussi l'amoureux des livres, de la science-fiction (Huxley) aux essais de philosophie (Kant, Nietzsche)...

Elu meilleur espoir de Ligue 1, Ben Arfa figure cependant parmi les sept Bleus recalés de l'Euro. Il n'a pas raté grand-chose, et postule à une place dans le prochain groupe bleu que personne n'imagine sans lui. C'est désormais une question de temps, et non plus d'espoir.