En prenant de la hauteur, au sens propre du terme, Nantes (L1) a opéré un virage athlétique, privilégiant le défi physique au fantasme du jeu à la nantaise, pour devenir enfin une équipe capable de redresser la barre après un début de saison catastrophique.
"Ils y sont allés de bon coeur", n'a ainsi pas caché samedi Laurent Roussey, l'entraîneur stéphanois toutefois désireux de ne pas passer pour "une pleureuse".
"En trente ans, on n'a jamais vu ça", s'étonne même l'ancien attaquant nantais Christophe Robert (1,68 m) au gabarit éloigné des standards actuels. "Il y a du muscle et des asperges!"
L'équipe d'Elie Baup culmine aujourd'hui à 1,84 m de moyenne. Mieux que Lyon ou Bordeaux. Contre les Verts, sept des Canaris désormais aigles mesuraient plus de 1,85 m, dont trois au dessus de la barre du 1,90 m!
Avec la rugueuse charnière N'Daw-Faty au milieu, le puissant attaquant camerounais Bekamenga, qui ne sera jamais un grand manieur de ballon et a été repositionné milieu droit, est le symbole même de cette mutation physique.
Non sans humour, le microcosme local a même déjà rebaptisé son club en "FC Nantes Athlétique".
"Tiendra-t-elle le rythme?"
Tout à sa quête de résultats, qu'il est en passe d'atteindre avec trois succès en cinq matches, Elie Baup n'élude pas le débat, mais refuse de s'y arrêter.
"Je suis là pour ramener l'équipe dans une position moins délicate que ce qu'elle était quand je l'ai prise", coupe l'entraîneur à la casquette qui vise les 24 points à la trêve. "Je vais m'y tenir. Il faut être pragmatique et faire par rapport aux moyens que l'on vous donne, en essayant d'être dans les objectifs que l'on vous fixe."
Une façon de dire, alors qu'il avait été un séduisant champion avec Bordeaux en 1999, qu'il fait ses choix avec les joueurs, ou plutôt les hommes, à sa disposition...
"Cette dualité entre le physique et le technique n'existe pas dans le foot", poursuit l'ancien gardien, ex-chantre du 4-4-2 récemment converti au 4-3-3. "Le football passe aujourd'hui par des qualités athlétiques dans les déplacements".
Il n'empêche, De Freitas, l'un des seuls à avoir laissé entrevoir des qualités techniques au dessus de la moyenne, a disparu au profit de l'attaquant camerounais ou de Bagayoko, tous deux buteurs axiaux replacés dans les couloirs où Baup souhaite profiter de leur gros moteur, de leur envergure et, littéralement, de leur abattage!
"Le jour où cette équipe sera moins agressive, ce sera plus compliquée", prédit le consultant et ancien champion du monde Stéphane Guivarc'h. Physiquement, tiendra t-elle le rythme?"
La série de matches rapprochés contre Lorient, Marseille et, pour finir la semaine, Lille, une équipe passée maître en matière d'impact physique, devrait permettre de répondre à la question.
