Pierre Littbarski, l'entraîneur du FC Sydney, répond aux questions de FIFA.com sur les chances de qualification de son équipe pour le Championnat du Monde des Clubs de la FIFA, qui aura lieu au Japon à la fin de l'année.
Le 31 mai prochain, le FC Sydney se retrouvera face au plus grand défi de sa jeune histoire : le club australien, récemment fondé, fait en effet partie des huit équipes présentes à Tahiti pour y disputer la Coupe des Champions de l'OFC. Avec pour objectif, en cas de succès, une place pour le Championnat du Monde des Clubs de la FIFA qui aura lieu fin 2005 à Tokyo (Japon).
Et le FC Sydney peut compter sur un atout de poids dans sa quête de gloire. En effet, Pierre Littbarski, 45 ans, 73 sélections en équipe d'Allemagne entre 1981 et 1990 et vainqueur de la Coupe du Monde de la FIFA, Italie 90 est l'entraîneur du club de la métropole australienne.
Après avoir exercé ses talents de technicien à Leverkusen, Duisburg et Yokohama, l'ancien ailier international a posé ses valises à Sydney en février 2005. Au cours d'un entretien exclusif accordé à FIFA.com, il évoque les ambitions de son équipe, les perspectives de sa nouvelle recrue, Dwight Yorke, sa philosophie du jeu et l'importance de toujours avoir un mental de gagnant.
FIFA.com : Pierre Littbarski, votre équipe se prépare à affronter Auckland dans le cadre de la Coupe des Champions de l'OFC. S'agit-il d'ores et déjà d'une rencontre décisive dans la course à la qualification pour le Championnat du Monde des Clubs de la FIFA ?
Pierre Littbarski : En effet, ce match pourrait être lourd de conséquences pour mon équipe. Ce sera l'occasion de nous situer par rapport à nos adversaires dans cette compétition. La météo jouera également un rôle important car on prévoit une température aux alentours de 30 degrés. Nous ne savons pas exactement à qui nous aurons affaire, mais commencer par une victoire serait un pas dans la bonne direction.
Quelles sont les chances de votre équipe, selon vous ?
Nous avons fait quelques bons matches ces dernières semaines en Australie, mais tout est encore très nouveau pour nous. Tous nos internationaux U-20 sont toujours avec nous, et nous n'avons à déplorer aucune blessure pour le moment. Cependant, je ne connais rien du niveau de nos adversaires. Pour nous, la qualification pour Tokyo serait véritablement un exploit, car elle serait synonyme de succès pour le club. Après seulement trois mois d'existence, ce serait vraiment formidable. Nous nous sommes bien préparés afin de mettre toutes les chances de notre côté. Mais vu l'expérience dont disposent mes joueurs, je crois pouvoir dire que nous faisons partie des favoris de l'épreuve.
Que signifie pour vous le Championnat du Monde des Clubs de la FIFA ?
Je pense qu'il s'agit d'une excellente compétition. Avec l'équipe nationale, j'ai pu me rendre compte que la découverte de nouvelles cultures et de nouvelles façons de jouer au football est toujours très enrichissante. Pour les spectateurs présents à Tokyo, ce sera également une bonne occasion de découvrir toutes ces équipes. Cette compétition devrait donc relancer l'intérêt du public pour le football en Asie. En ce qui nous concerne, nous avons concentré notre préparation sur le Championnat du Monde des Clubs, car je pense que notre présence au Japon constituerait un grand plus pour notre équipe en A-League. Nous allons devoir disputer cinq matches en onze jours pour nous qualifier, mais je crois que, si nous y parvenons, nous aurons beaucoup gagné en termes de confiance. Enfin, à titre personnel, ce serait pour moi l'occasion de revenir dans mon pays d'adoption. Si nous parvenions à nous qualifier, cela constituerait une formidable expérience pour mon équipe. Nous apprendrions beaucoup et chaque victoire aurait des allures d'exploit. Si nous sommes présents au Japon, j'espère que nous pourrons contribuer à donner du football une image aussi flatteuse que possible.
A quoi avez-vous consacré vos premiers mois à la tête du club ?
Ma priorité était de mettre en place un bon esprit d'équipe. Nous avons dû intégrer beaucoup de nouveaux joueurs, mais tout s'est parfaitement passé. Bien sûr, nous manquons encore un peu de régularité et il règne actuellement une certaine nervosité, car tout le monde au club attend avec impatience le coup d'envoi de la compétition.
Malheureusement, vous devrez vous passer des services de votre nouvelle recrue, Dwight Yorke ?
Effectivement, il ne peut pas jouer pour nous avant le mois de juillet. C'est dommage, car nous aurions bien besoin d'un joueur de sa trempe. Cette situation est due à des questions contractuelles, mais aussi au fait que Dwight doit encore régler des problèmes personnels avec son fils.
Quel rôle peut jouer dans votre équipe un attaquant de renom comme Dwight Yorke, ancien vainqueur de la Ligue des champions avec Manchester United ? On se souvient que, dans les années 90, le défenseur allemand Guido Buchwald, champion du monde, avait décidé d'aller tenter sa chance au Japon, en J-League.
Si Dwight Yorke est aussi bon que l'était Guido Buchwald à l'époque, je n'ai aucun souci à me faire. En tout cas, il semble très affûté. Je pense que sa présence sera un plus pour nous. Sa présence en attaque nous est très utile, car il libère des espaces pour ses partenaires, notamment Saso Petrovski. Il apporte quelque chose de vraiment différent sur le plan offensif. Grâce à lui, je peux faire évoluer mon équipe avec trois attaquants, une formation qui a ma préférence.
Avez-vous essayé de contacter des joueurs de Bundesliga pour leur proposer de venir vous rejoindre à Sydney ?
Malheureusement, nous ne pouvons pas nous aligner sur les clubs allemands en matière de salaires. Les footballeurs allemands sont vraiment très gâtés sur le plan financier. J'ai tout de même parlé avec deux joueurs de première division qui m'ont tous deux affirmé être intéressés par le projet. Toutefois, il s'agit de joueurs encore jeunes, et ils se voient plutôt tenter l'aventure plus tard dans leur carrière. Nous ne pouvons nous permettre d'offrir plus de 100 000 dollars australiens à un joueur, d'autant que, sur cette somme, nous devons encore payer les impôts. A part Dwight Yorke, aucun joueur ne gagne davantage. Il faut aussi parler de la qualité de vie, qui est vraiment exceptionnelle. J'ai visité beaucoup d'endroits magnifiques dans ma carrière, mais Sydney est incontestablement une ville à part. J'ai également tenté d'approcher quelques joueurs japonais mais, comme le championnat n'est pas encore terminé, il est difficile de faire des propositions concrètes.
Comment voyez-vous la situation de la A-League par rapport à celle du championnat japonais à ses débuts, notamment en termes de concurrence avec d'autres sports et de sponsors ?
La situation n'était pas très différente au Japon puisque, à l'époque, le football n'était que le troisième sport national, derrière le sumo et le baseball. En Australie, c'est la même chose : le football est encore loin derrière le rugby et le football australien. Le championnat national doit encore convaincre, et nous sommes donc confrontés aux mêmes inquiétudes que les organisateurs de la J-League en leur temps. Financièrement, tous les clubs sont dans une situation très saine, grâce aux investisseurs privés. Ceux-ci ont accepté d'apporter une aide exceptionnelle pour le lancement du championnat, mais ils sont également décidés à s'investir dans ce sport sur le long terme. L'avenir dépendra avant tout du succès de ce nouveau championnat.
Le succès de la A-League aura-t-il également une influence sur la durée de votre séjour en Australie ? Vous venez de signer un contrat de deux ans.
Je me plais beaucoup ici mais il faut voir comment les choses évolueront. C'est très excitant de partir de zéro. Lorsque je travaillais en Allemagne, à Cologne par exemple, tout le monde me connaissait, j'étais toujours le "petit Pierre". La bonne nouvelle, c'est qu'à 45 ans, les gens pensent encore que je suis jeune et petit. De plus, ma famille se sent très bien ici, alors, si tout se passe bien, je pourrais envisager de m'installer.
L'expérience que vous avez accumulée au Japon vous servira-t-elle en Australie ?
Dans certaines situations, il arrive que les dirigeants du club viennent me consulter sur la façon dont les choses se font au Japon. Ou alors on me demande comment les clubs japonais établissaient leurs budgets. Mon expérience constitue donc un petit avantage, car elle peut nous permettre d'éviter certaines erreurs.
Comment voyez-vous votre rôle en tant qu'entraîneur ?
J'ai connu de nombreux clubs dans ma carrière d'entraîneur : Leverkusen, Duisburg ou encore Yokohama. Chaque expérience m'a enrichi et, aujourd'hui, je ne commets plus les mêmes erreurs. Au début, par exemple, j'étais beaucoup trop exigeant à l'entraînement. C'est toujours comme ça lorsque l'on débute. Mais j'ai fini par comprendre que l'on travaillait souvent mieux en se concentrant sur deux ou trois exercices par séance. Il ne faut pas surcharger les joueurs. Je parle beaucoup avec eux, ce qui est plus facile ici, en Australie, dans la mesure où je parle un peu la langue. Je crois que j'ai bien fait de réunir les joueurs dès le début. Tout le monde était nouveau ici, et il fallait poser beaucoup de questions pour apprendre à se connaître. De plus, je pense avoir réussi à créer des relations harmonieuses au sein du groupe.
On dit souvent que les Allemands doivent leur succès à leur mental de gagnants. Pouvez-vous apporter quelque chose à votre équipe sur ce plan ?
Les Allemands ont encore cette image à l'étranger. Dans les années 90, je me souviens avoir fréquenté beaucoup de joueurs qui étaient effectivement dotés d'un mental à toute épreuve, des gens comme Matthäus, Buchwald, Augenthaler, Völler ou encore Klinsmann. Évidemment, j'essaye de m'inspirer de cet état d'esprit et de le transmettre à mes joueurs. Jusqu'à maintenant, nous sommes toujours invaincus et nous n'avons concédé qu'un seul résultat nul. J'espère que nous pourrons continuer comme ça.