Confiné sur le banc en pro, ou en CFA depuis son arrivée à Bordeaux en 2006, le Malien Abdou Traoré a profité de l'automne pour sortir du rang et devenir plus qu'une option pour Laurent Blanc, confirmant ses dons remarqués dans la rue à Bamako où on le surnommait... +Zidane+.
A l'instar de nombre d'Africains, la vie de ce milieu de terrain, 20 ans, fils d'un "ancien joueur ami de Salif Keita", a commencé dans la poussière d'un quartier de Bamako.
Sa technique, ses grigris aperçus depuis ses débuts en L1 contre Saint-Etienne fin septembre, il les doit à "la rue, car quand on joue dans les petits buts, l'espace n'est pas trop grand, c'est là-bas que j'ai tout appris".
A 12 ans, il se fait remarquer et son quartier lui affuble le surnom de +Zidane+, "car je regardais tous ses matches, c'est mon idole", sourit-il.
Une idole, une trajectoire même. A 17 ans, alors qu'il évolue au Club Olympique de Bamako, il est repéré par un agent lors d'un match de sélections cadet qui lui propose un essai en France.
"J'ai choisi Bordeaux -Nice était aussi sur les rangs- car Zidane est passé par là".
Couvé dès son arrivée par les formateurs Patrick Battiston et Marius Trésor, Abdou retrouve en Gironde son partenaire de sélection Cheick Diabaté, lui aussi à l'essai. Les deux font la paire, puis l'affaire.
Son début de carrière prend forme fin 2007 quand Laurent Blanc le convie au +match des coiffeurs+ à Panionios, en coupe de l'UEFA, la qualification déjà en poche. "C'était énorme, mon premier match en pro, la coupe d'Europe avec tous les copains de la CFA, et on a gagné (3-2)", se souvient-il.
Juventus ou Real Madrid
En mal de temps de jeu, le jeune malien tique cet été an voyant son ami Diabaté prêter à Ajaccio, où il explose.
"Cheick a flambé là-bas, est devenu meilleur buteur de L2 et à un moment je me suis dit +pourquoi pas moi ?+ J'ai demandé un prêt mais le club n'a pas voulu. Alors je me suis battu pour avoir une petite place".
Son tour revient fin septembre, contre les Verts, pour "une titularisation surprise". "Généralement, on le sent quand on va jouer mais là, la veille il n'y avait aucun signe. Le coach m'a donné ma chance, c'était à moi de lui prouver qu'il n'avait pas eu tort. Je n'ai pas tout donné par peur de mal faire et je me suis demandé si j'allais avoir une deuxième chance".
Traoré l'a un mois après, à Nancy et depuis il s'est naturellement installé dans la rotation (6 matches joués en tout) -"je joue comme je le sens"- sans crainte de la concurrence à droite représentée par les Espoirs Yoan Gouffran et Gaby Obertan, ou dans l'axe par Pierre Ducasse.
"Sincèrement, je ne pensais pas avoir autant de jeu avant la trêve", reconnaît le Malien, qui peut compter sur le soutien d'Alou Diarra "un Franco-Malien qui me prend comme son petit frère et m'encourage".
A l'évocation des Keita, Kanouté et de la sélection malienne, ses yeux brillent. "J'ai déjà été présélectionné, j'espère les rejoindre pour les éliminatoires de la CAN et du Mondial 2010".
Quant à son avenir, il est déjà tout tracé. "Dans cinq ans, je me vois à la Juventus ou au Real Madrid. Mon surnom, c'est Zidane"!
