Ali Karimi aurait pu se contenter d'une retraite dorée à Dubaï en prolongeant son séjour à Al Ahli. Mais c'était sans compter sur l'ambition dévorante du Joueur Asiatique de l'Année 2004. A l'orée de cette nouvelle saison, l'attaquant iranien laisse donc derrière lui le désert du Golfe pour rejoindre le champion d'Allemagne en titre, le Bayern Munich.
Malgré les échecs de ses deux compatriotes, Ali Daei et Vahid Hashemian, dans le club bavarois, Karimi se veut optimiste. C'est en toute simplicité qu'il rêve de s'imposer dans sa nouvelle équipe et, pourquoi pas, de devenir l'une des stars de la Bundesliga. L'international iranien, qui compte déjà 87 sélections, a bien voulu répondre aux questions de FIFA.com sur ses premières impressions concernant le football allemand et sur les ambitions de l'Iran.
Voilà quelques semaines que vous avez rejoint le Bayern Munich. Quelles sont vos premières impressions sur votre nouveau club ?
Ali Karimi : Comme on peut s'y attendre dans un club de cette stature, tout est parfaitement organisé. Dès mon arrivée, j'ai été parfaitement accueilli et je tiens notamment à remercier mes coéquipiers pour leur gentillesse. Pour l'instant, tout se passe très bien. Je m'entends bien avec tout le monde. Avec la plupart d'entre eux, je dois encore me contenter de communiquer par gestes, même si j'essaie de parler un peu en anglais avec Roy Makaay et Owen Hargreaves.
Où, quand et comment avez-vous appris pour la première fois que le Bayern Munich souhaitait vous recruter ?
Cela faisait déjà un moment que je savais que le Bayern s'intéressait à moi. Mais j'imagine qu'un tel club garde un œil sur des centaines de joueurs. Toutefois, plus le temps passait, plus les contacts devenaient sérieux. Je me suis tout de suite senti très honoré de savoir qu'un club comme le Bayern Munich était prêt à m'engager. Lorsque le club a officiellement fait une offre, j'étais encore avec Al Ahli, à Dubaï. Evidemment, aujourd'hui, je suis très heureux de me retrouver en Bavière. J'ai également reçu une offre très intéressante de l'AS Monaco. Il s'agit d'un très bon club mais je pense que le Bayern joue dans une autre catégorie. Quand on a la chance d'être convoité par une équipe aussi prestigieuse, on ne peut pas se permettre de la laisser passer.
Après Ali Daei et Vahid Hashemian, vous êtes le troisième Iranien à porter les couleurs du Bayern. Vos deux compatriotes n'ont jamais vraiment réussi à s'imposer ici. Qu'est-ce qui vous fait croire que vous réussirez là où ils ont échoué ?
Ali Daei et Vahid Hashemian sont deux excellents joueurs. Peut-être qu'ils n'ont pas eu de chance, à moins qu'ils n'aient connu des circonstances défavorables. Pour le moment, je suis encore un inconnu ici. Je dois faire mes preuves, mais je compte bien tout faire pour m'imposer. Je vais donner le meilleur de moi-même, je verrai bien ce qui se passe ensuite.
Avez-vous demandé conseil à vos deux collègues de l'équipe nationale iranienne ?
Evidemment, nous discutons chaque fois que nous nous retrouvons en équipe nationale. De mon côté, j'essaie de tirer profit de leur expérience. Cependant, je sais que pour m'imposer dans cette équipe, je devrai faire mes preuves sur le terrain. Cela ne dépend que de moi. Je leur ai surtout demandé de me parler de la façon dont s'entraînent les équipes allemandes.
Puisqu'on aborde le sujet, votre entraîneur, Felix Magath, est réputé pour ses entraînements particulièrement musclés…
On m'avait effectivement prévenu que Felix Magath était quelqu'un de particulièrement rigoureux. Du coup, j'ai pu me préparer à ce qui m'attendait et je n'ai pas connu de gros problèmes jusqu'à maintenant. Je dois quand même reconnaître que je ne m'étais jamais entraîné aussi durement de toute ma vie. Pour l'instant, Dieu soit loué, j'ai pu suivre sans trop de difficulté le programme établi par le coach.
En Allemagne, vous allez découvrir une langue et une culture complètement différentes. On dit souvent qu'il faut un temps d'adaptation. Toutefois, vous avez signé qu'un contrat d'un an seulement. N'est-ce pas un peu court ?
J'ai effectivement signé pour une année, avec la possibilité de prolonger. Si certaines conditions sont remplies, la prolongation est automatique. Pour l'instant, je ne me projette pas aussi loin dans l'avenir. Tout ce que je veux, c'est faire le maximum pour m'imposer ici. Pour le reste, on verra plus tard.
Il est difficile d'évoluer à son meilleur niveau si l'on n'est pas parfaitement intégré à son nouvel environnement. Vous venez d'un milieu culturel très différent. Que comptez-vous faire pour accélérer votre intégration en Bavière ?
Pour le moment, nous devons suivre un programme de préparation très strict qui ne me laisse pas beaucoup de temps libre. Une fois que nous en aurons terminé avec ça, je commencerai à apprendre l'allemand.
Si tout se passe comme vous le souhaitez, où en serez-vous d'ici à quelques années sur le plan sportif ?
Je ne pense pas à ce qui pourrait se passer par la suite. Je me concentre sur le présent, pour donner le meilleur de moi-même à l'entraînement. Pour le moment, mon rêve, c'est de réussir au Bayern. C'est ma priorité. Le reste, j'y penserai plus tard. Je suis en train de vivre le moment le plus important de ma carrière et je ne veux pas me disperser. Je me concentre exclusivement sur le football, car je ne veux pas laisser passer la chance de m'imposer dans un tel club.
Sur le plan international, vous avez d'ores et déjà acquis votre qualification pour la Coupe du Monde de la FIFA 2006 avec l'Iran. Quelles seront vos ambitions l'été prochain ?
Jusqu'à maintenant, notre objectif était de nous qualifier pour la phase finale. Maintenant que c'est chose faite, nous voulons faire honneur aux nombreux Iraniens qui vivent en Allemagne et revenir au pays auréolés de gloire. Evidemment, je ne pense pas que nous serons champions du monde, mais ce serait déjà formidable de passer le premier tour.
Ce sera votre première participation à la Coupe du Monde de la FIFA. Que signifie cette compétition pour vous ?
Tous les footballeurs du monde rêvent de la disputer. J'espère que mon passage au Bayern me permettra d'être encore plus performant et d'aider l'Iran à briller en Allemagne.
Le fait que la prochaine Coupe du Monde de la FIFA ait lieu en Allemagne a-t-il joué un rôle dans votre décision de rejoindre le Bayern ?
Quand le Bayern m'a contacté, l'Iran n'avait pas encore décroché sa qualification pour la phase finale. Si je suis venu en Allemagne, c'est avant tout pour jouer dans un grand club, le Bayern Munich. Cela n'a rien à voir avec la Coupe du Monde de la FIFA. Toutefois, je ne peux pas nier que c'est un avantage pour moi de découvrir ce pays un an avant le début du tournoi. Cela va me donner l'occasion de me préparer.
Tout au long de la compétition préliminaire pour la Coupe du Monde de la FIFA, l'Iran est apparu de plus en plus fort. A quoi attribuez-vous cette montée en puissance ?
Pour être franc, je ne suis pas entièrement satisfait de notre parcours. Dans certaines rencontres, nous n'avons pas été très bons. Pourtant, comme on dit dans le football, seul le résultat compte. Nous avons su marquer des points dans les moments importants et aujourd'hui, c'est nous qui sommes qualifiés. Cependant, si nous voulons bien figurer dans cette Coupe du Monde de la FIFA, nous allons devoir élever notre niveau de jeu.
Quels ont été vos plus grands rivaux lors de cette compétition préliminaire ?
Le Japon a toujours été dangereux, mais les autres équipes n'ont pas démérité non plus. Dans ce type d'épreuve, la qualification va souvent à l'équipe la plus motivée et, Dieu merci, nous avons su nous imposer.
Quels sont les points forts et les points faibles de l'Iran à un an de la Coupe du Monde de la FIFA ?
Toutes les équipes présentes en Allemagne seront certainement au sommet de leur forme sur le plan physique. Je pense que nous devons encore progresser dans ce domaine. En revanche, notre équipe peut s'appuyer sur de fortes individualités. Maintenant, l'entraîneur doit encore trouver la formation idéale afin de composer la meilleure équipe possible.
L'Iran compte beaucoup de footballeurs confirmés, mais également quelques joueurs très prometteurs. Selon vous, quelles seront les stars de demain du football iranien ?
Je ne citerai pas de nom mais, en effet, l'Iran dispose de jeunes joueurs de talent. S'ils travaillent dur, l'équipe nationale devrait logiquement continuer sa progression au fil des ans.
L'avenir s'annonce donc prometteur pour l'Iran. Comment expliquez-vous la formidable progression du football en Iran au cours des dernières années ?
Le peuple iranien adore le football. L'organisation et le management ont aussi beaucoup progressé ces dernières années, même si je crois que nous pouvons encore faire mieux. Je pense que nous devrions entretenir une collaboration encore plus étroite avec les autres pays afin de nous inspirer de ce qui se fait de mieux à l'étranger. Si nous y parvenons, je suis convaincu que notre sélection nationale en retirera bientôt les bénéfices.
De nos jours, il est difficile de laisser de côté les questions de politique. Comment voyez-vous votre arrivée en Europe, en tant que représentant du monde musulman ?
Je prends les gens pour ce qu'ils sont. Je ne me soucie pas de savoir quelle est leur religion ou quelles sont leurs opinions politiques. Si je suis venu au Bayern Munich, c'est pour jouer au football, pas pour faire passer un message.
Karimi, l'interview
(FIFA.com) Dimanche 7 août 2005
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