Au delà des hauts et des bas d'une carrière, d'une Ligue des champions gagnée en 2001 avec le Bayern aux pépins physiques qui l'ont poussé à raccrocher, Willy Sagnol restera comme une des dernières grandes gueules du football français.
Sa plus célèbre réplique reste ce "Ferme ta gueule l'ancien !" lancé au coeur du Mondial-2006 par voie de presse à Marcel Desailly, ex-champion du monde 1998, devenu consultant et trop critique envers les Bleus aux yeux du latéral droit.
Mais ce n'est qu'une des saillies de ce joueur passé professionnel en 1995 à Saint-Etienne. Avant son dernier grand tournoi, l'Euro-2008, Sagnol, 31 ans, s'était encore signalé en égratignant les responsables du football français coupables à ses yeux d'un calendrier mal géré.
"Il doit y avoir pas mal de supporteurs italiens dans les instances dirigeantes du football français", avait-il ainsi lâché en plein stage de Tignes, déplorant une finale de la Coupe de France qui avait empêché l'équipe de France d'être au complet en pleine préparation, alors que l'Italie était dans la poule des Bleus.
"Il m'a mis dans un trou"
Le Bayern, club avec lequel il a remporté cinq titres de champion d'Allemagne, n'a pas non plus été épargné par ses coups de griffes, nés cette fois du blues d'une satanée blessure qui l'avait écarté des terrains sept mois lors de la saison 2007-2008.
Le Stéphanois s'était d'abord senti abandonné pendant sa convalescence avant de râler, une fois rétabli, sur le peu de confiance et de temps de jeu accordé par l'encadrement bavarois.
Un gros "clash" survint quand Ottmar Hitzfeld, alors entraîneur munichois, le fit jouer milieu droit, et non pas à son poste, arrière droit. "Il (Hitzfeld) pense que l'équipe peut mieux jouer sans moi. Il m'a mis dans un trou", protesta Sagnol.
Sanction immédiate: Hitzfeld le priva de demi-finale retour de Coupe de l'UEFA la saison passée. Une des autres grandes gueules du "FC Hollywood" (surnom du Bayern), Oliver Kahn, avait déjà renvoyé précédemment Sagnol dans les cordes: "Ce n'est pas la peine de faire tout ce cinéma, il revient de blessure et il ne faut pas perdre la tête".
3 avril 2007 maudit
Mais ce sont pas ses coups de sang qui perdirent Sagnol. Son caractère bien trempé l'avait d'ailleurs bien servi chez les Bleus, où il était devenu un taulier, un proche de Zidane en 2006 et celui qui monte en première ligne pour négocier les primes.
Sagnol fut finalement poussé vers la sortie par les blessures. Il y eut notamment ce match maudit, quart de finale aller de la Ligue des champions contre l'AC Milan (2-2) le 3 avril 2007, durant lequel il se blessa à un genou. Il lui fallut 7 mois pour s'en remettre et plus de 10 mois avant de redevenir titulaire.
Cette indisponibilité le priva de ce brassard de capitaine du Bayern qui lui avait été promis une fois Kahn parti à la retraite. Cette absence lui coûta aussi un Euro-2008 raté. Comme Thuram, il fut écarté du dernier match des Bleus contre l'Italie le 17 juin (défaite 2-0). Sa 58e et dernière sélection fut donc ce désastreux Pays-Bas-France (4-1), 2e match du groupe le 13 juin 2008 à Berne.
C'est un dernier pépin, une blessure à un tendon d'Achille, qui l'a définitivement décidé à arrêter. Sagnol, depuis huit ans au Bayern, a donc fait la dernière de ses 184 apparitions en Bundesliga sous le maillot munichois le 10 mai 2008 (son contrat devait expirer en 2010).
Mais sa voix dans le milieu pourrait continuer à retentir. "Il en a les compétences", assure Karl-Heinz Rummenigge, le président bavarois qui a annoncé l'arrêt de sa carrière. Sagnol est pressenti pour intégrer l'encadrement de Monaco (un des trois clubs de sa carrière, avec celui des débuts Saint-Etienne et le Bayern).

