Personnage hors-norme du football français, Emmanuel Petit, l'autre buteur de la finale du Mondial-1998, répète ses doutes sur les Bleus et leur sélectionneur et met en garde contre les "comparaisons hâtives" de Yoann Gourcuff avec Zinedine Zidane, dans un entretien à Londres avec l'AFP.
Vous restez convaincu que Raymond Domenech aurait dû partir après l'Euro ?
J'ai été extrêmement déçu du comportement professionnel, mais aussi de la communication de Domenech, pendant et après l'Euro. Ce qui m'a choqué c'est la lâcheté de la Fédération. Cela leur avait été si facile de virer Roger Lemerre (ndlr: après le Mondial-2002), de le laisser seul se faire défoncer sur la place publique... Je ne demandais pas le départ de Domenech. Je demandais qu'ils reconnaissent leurs erreurs, qu'ils prennent leurs responsabilités.
Comment voyez-vous les qualifications pour le Mondial-2010 ?
Il y a eu la débâcle en Autriche en septembre, on a failli passer au travers contre la Roumanie... Il faudra dresser un bilan à mi-parcours. En mars, on sera fixé sur les chances de qualifications. Il sera encore temps de changer. Mais si l'équipe de France fait des bons résultats, il n'y aura pas de raison de changer Domenech.
Où est le problème de cette équipe ?
Il y a un problème relationnel entre les générations. Si eux n'arrivent pas à le gérer, c'est à l'entraîneur de catalyser. A défaut d'être un leader, il faut être bon communicant et fin psychologue. Là, il y a eu un déficit flagrant.
Domenech est-il un miraculé ?
Les Allemands n'ont jamais eu d'états d'âme avec leurs sélectionneurs. En Italie, Donadoni est parti de lui-même; en Espagne c'est pareil. En Angleterre, ils passent à la trappe les uns après les autres. Si Domenech, ou (le président de la Fédération française Jean-Pierre) Escalettes et compagnie, avaient été au conseil d'administration d'une grande entreprise, ils auraient été virés par les actionnaires. Ce qui me chagrine c'est que l'amour et le capital sympathie pour les Bleus, construits au fil des années, sont réduits à néant.
Que pensez-vous de la comparaison Gourcuff-Zidane ?
Cela a été le cas avec Ribéry, avec Benzema. Maintenant c'est Gourcuff... En attendant le prochain. Cela alimente le marketing du football et la presse qui a toujours besoin de nouveauté. Gourcuff a beaucoup de talent. Maintenant, faire des comparaisons hâtives ce n'est pas lui rendre service, cela lui met une pression dont il n'a pas besoin.
Il a récemment livré des matches splendides...
Il doit réitérer ces performances au plus haut niveau... Il l'a un peu montré en équipe de France. Mais sans faire injure aux formations en face, je préférerais qu'il le fasse contre l'Argentine, le Brésil, la Hollande, l'Allemagne, l'Angleterre, ou en Ligue des champions. Ce serait mieux que des roulettes, même si c'est beau à regarder. Je préfère attendre. Benzema, on lui a mis tellement de pression, qu'à un moment il s'est demandé s'il pouvait encore être un buteur.
Peut-on imaginer Emmanuel Petit entraîner une équipe professionnelle ?
Il faut être animé d'une réelle passion. Aujourd'hui, je ne l'ai pas. On me l'a déjà proposé. Je ne m'en sens ni l'envie ni la force.
