Il n'y a rien de nouveau à construire une équipe nationale à partir d'un noyau dur issu d'un même club. Le concept a pourtant séduit en Tanzanie, où le tenant du titre, Young Africans FC, a envoyé la quasi-intégralité de son onze titulaire au récent Championnat d'Afrique des Nations de la CAF disputé en Côte d'Ivoire.

Le sélectionneur national Marcio Maximo a convoqué pas moins de 10 joueurs de Young Africans pour disputer l'édition inaugurale de la CHAN, compétition réservée aux joueurs évoluant sur le continent. Malgré leur élimination en phase de groupes, les Taifa Stars ont quitté le tournoi la tête haute, à juste titre.

Une élimination cruelle
Après leur défaite 1:0 lors de leur première sortie, contre le Sénégal, ils ont battu les Ivoiriens sur le même score. Lors du match couperet contre la Zambie, ils ont ouvert le score à la 88ème par l'intermédiaire du défenseur Shadrack Nsajigwa, auteur d'un penalty suite à une main dans la surface. Mais la place en demi-finale n'était pas assurée. En tête du groupe, les Chipolopolo ont égalisé dans le temps additionnel grâce à un geste acrobatique de Dennis Banda sur un corner (94').

Le jeune Jerry Tegete, l'un des 10 transfuges de Young Africans, estime que cette douloureuse élimination porte en elle un côté positif. "Nous avons tous engrangé une expérience énorme en disputant ce tournoi. Nous allons même tirer des enseignements de la façon dont nous avons été éliminés", a déclaré le rapide attaquant à African Football Media.

Quand les Taifa Stars disputent le CHAN, nous sommes derrière eux et lorsque nous nous rendons en Egypte pour jouer Al Ahly, nous sommes des ambassadeurs
Imani Madega, président de Young Africans

"C'est terrible de faire match nul alors que nous menions à deux minutes de la fin et de savoir que nous étions qualifiés si le score en restait là. Nous aurions dû être au courant. Mais si la situation se présente à nouveau, nous serons prêts", poursuit-il, sur le ton du défi. "Espérons que l'expérience acquise avec l'équipe nationale au CHAN nous sera utile avec "Yanga" (surnom de Young Africans sur le continent)."

Rendez-vous avec le roi d'Afrique
Tegete et ses coéquipiers vont très vite mettre leurs nouveaux acquis au banc d'essai. Le 15 mars, leur club, qui compte 16 titres nationaux, se rend en effet en Egypte pour disputer un seizième de finale de Ligue des champions de la CAF. En face d'eux, il trouvera Al Ahly, sextuple champion d'Afrique et nommé Club africain du siècle en 2000. Le jeune homme est convaincu que Yanga a les moyens d'inquiéter le tenant du titre continental. "Maintenant, nous savons que nous ne devons craindre personne. Je ne dis pas que nous allons battre Al Ahly et nous qualifier, mais en tout cas, nous allons jouer notre carte à fond."

Nous ne devons craindre personne. Je ne dis pas que nous allons battre Al Ahly et nous qualifier, mais en tout cas, nous allons jouer notre carte à fond
Jerry Tegete, à propos du match de Ligue des champions de la CAF face au géant égyptien

L'entraîneur de Young Africans, Dušan Kondic, est lui aussi persuadé que ses protégés ne seront pas ridiculisés par les géants cairotes, qui comptent certains des meilleurs joueurs égyptiens dans leur effectif. "Je ne parle pas de résultat. Si nous pouvons quitter la compétition en ayant bien joué, alors je serai heureux. En football, on ne sait jamais ce qui peut arriver. Nous nous présenterons face à eux sans complexe", annonce le technicien.

Marié à une Angolaise, Kondic a fait de l'Afrique sa deuxième patrie. Avant de débarquer en Tanzanie, il a entraîné en Angola pendant plus de 10 ans, signant au passage un doublé coupe - championnat. En connaisseur du football africain, il sait exactement à quoi son équipe doit s'attendre. "J'ai un immense respect pour Al Ahly. Ce club a des millions de supporters, il est professionnel à 100 %. C'est probablement le plus gros club du continent. Il a représenté l'Afrique à la dernière Coupe du Monde des Clubs."

Préparer le terrain pour le sélectionneur
Kondic n'a pas été surpris de voir Maximo réquisitionner dix de ses joueurs dans son effectif pour disputer la compétition ivoirienne. "Quand j'ai rejoint le club il y a un an et demi, il n'y avait qu'une poignée d'internationaux dans l'équipe. Nous avons travaillé dur et nous avons gagné le championnat. Cette saison, il ne nous reste plus qu'à gagner un match sur les six restants pour nous imposer à nouveau."

Respectueux d'Al Ahly, le Serbe l'est aussi du Brésilien Maximo. "Un sélectionneur national a le choix. Il peut soit prendre quelques joueurs dans chaque club, soit opter pour un bloc. Le cas échant, une partie de son travail est déjà faite car les joueurs retenus sont habitués à un style de jeu. J'imagine que s'il choisit le noyau de Yanga, c'est qu'il croit au travail que j'accomplis ici."

La relation qu'entretient le club avec l'équipe nationale est bien résumée par le jeune (43 ans) président de Young Africans, Imani Madega. "Quand les Taifa Stars disputent le CHAN, nous sommes derrière eux et lorsque nous nous rendons en Egypte pour jouer Al Ahly, nous sommes des ambassadeurs." S'il est fier d'aligner un tel contingent sous les couleurs nationales, le dirigeant ne cache pas le revers de la médaille. "Les joueurs ont passé pas mal de temps loin du club, ils ont pratiqué un jeu différent. Il va falloir qu'ils se réhabituent vite à notre jeu car le temps nous est compté."

Après s'être acquitté de ses obligations nationales, le noyau dur de Young Africans doit maintenant se reconcentrer sur son club et sur ce rendez-vous avec les rois du continent.