"Une moyenne d'un but tous les deux matches au niveau international, c'est déjà quelque chose de fantastique, mais Eusebio a fait beaucoup mieux." Ancien mentor de la Panthère Noire à Benfica, Bela Guttman avait tenu à rendre hommage au parcours exceptionnel de son ancien protégé, auteur de 41 buts en 64 matches avec le Portugal, à l'heure où celui-ci mettait un terme définitif à sa carrière. Si la légende portugaise affiche effectivement une extraordinaire moyenne de 0,64 buts par match, il n'est cependant pas le maître incontesté en matière d'efficacité à ce niveau. Sandor Kocsis, ancien partenaire de Guttman en équipe nationale, reste encore aujourd'hui le fer de lance d'un petit groupe de joueurs qui comptent davantage de buts que de sélections.

Le grand attaquant hongrois a frappé à 75 reprises en 68 apparitions sous le maillot de l'équipe nationale. Son arme de prédilection ? Un jeu de tête exceptionnel. Auteur de six buts en cinq matches, Kocsis contribue largement au succès des Magyars dans le Tournoi Olympique de Football 1952. Deux ans plus tard, il trouve le chemin des filets à onze reprises en cinq sorties et conduit la Hongrie jusqu'en finale de la Coupe du Monde de la FIFA, Suisse 1954.

Kocsis est l'un des quatre lauréats du Soulier d'Or de la Coupe du Monde de la FIFA à avoir inscrit plus d'un but par match. Si Guillhermo Stabile peut quant à lui s'enorgueillir d'un taux de réussite de 200 % cent avec l'Argentine, force est de constater que son excellent rendement n'aura duré que le temps de quatre matches, tous disputés lors d'Uruguay 1930. En revanche, les deux autres buteurs en série ont eu le mérite de maintenir leur forme sur des périodes relativement longues.

Le 13 porte bonheur à Fontaine
Personne n'a oublié les 13 buts inscrits en six matches par Just Fontaine, tout au long de la Coupe du Monde de la FIFA, Suède 1958. Cinquante ans plus tard, le Français est toujours le meilleur buteur de l'épreuve sur une édition. L'ancien attaquant de Reims n'a pas non plus à rougir de son bilan avec les Bleus : 30 buts en 21 sélections. "Il pouvait marquer de la tête, des deux pieds, dans n'importe quelle position... C'était vraiment un attaquant unique", constate Raymond Kopa, son ancien coéquipier. "Ses appels étaient souvent très bien vus. Quand je sortais d'une série de dribbles, je pouvais facilement le trouver."

Il pouvait marquer de la tête, des deux pieds, dans n'importe quelle position... C'était vraiment un attaquant unique
Raymond Kopa, à propos de son ancien coéquipier Just Fontaine

L'édition 1970 au Mexique restera à jamais marquée par les performances éblouissantes des artistes brésiliens, mais le triomphe de la Seleçao ne saurait faire oublier l'émergence d'un buteur de légende, Gerd Müller. Auteur de 40 réalisations en 24 matches de Coupe du Monde de la FIFA, Der Bomber inscrira au total 68 buts en 62 sélections avec la RFA.

Deux ans plus tard, Müller conforte sa réputation d'homme providentiel en conduisant la Mannschaft au titre à l'Euro 1972, grâce à quatre buts, le meilleur total de la compétition, dans le dernier carré. Il s'illustre également en finale de la Coupe du Monde de la FIFA 1974 en inscrivant le but de la victoire (2:1) de la RFA sur les Pays-Bas. "Personne n'effacera jamais son formidable record", prédit Rudi Völler, son premier poursuivant au classement des buteurs allemands avec 47 réalisations en 90 capes.

Ernest Wilimowski n'a jamais remporté le Soulier d'Or, mais son rendement de 400 pour cent reste le plus impressionnant de l'histoire de la Coupe du Monde de la FIFA. Pour son unique apparition en phase finale de l'épreuve reine, à France 1938, le Polonais a inscrit un quadruplé, permettant ainsi à la Pologne de s'imposer 6:5 face au Brésil au premier tour.

Au total, "Ezi" inscrira 21 buts en 22 sorties avec la Pologne. Mais le natif de Katowice fait partie de ces rares joueurs à avoir porté les couleurs de deux nations au cours de sa carrière : les 13 buts marqués en 8 sélections avec la RFA lui permettent donc de figurer dans notre classement. En cumulant ces résultats, Wilimowski compte donc 34 réalisations en 30 sélections.

Loin de la plus belle des scènes
Un certain nombre de joueurs affichent eux aussi des statistiques impressionnantes, même s'ils n'ont jamais eu la chance de participer à la Coupe du Monde de la FIFA. Poul "Tist" Nielsen, médaille d'argent des Jeux Olympiques de 1912, a cumulé 52 buts en 38 rencontres avec le Danemark. Sven Rydell fait encore mieux avec 49 frappes victorieuses en 32 sorties avec la Suède. Les deux hommes sont encore aujourd'hui les meilleurs buteurs de l'histoire de leurs pays, même si Rydell compte un rival de choix en la personne de Gunnar Nordahl. L'ancien joueur de l'AC Milan, médaille d'or des Jeux Olympiques 1948, affiche fièrement 43 buts en 33 sélections.

Parmi les autres habitués du tableau d'affichage, citons les Anglais Steve Bloomer (28 buts en 24 matches) et Vivian Woodward (29 buts en 23 matches), les Hongrois Istvan Avar (27 buts en 23 matches, dont trois buts en deux matches avec la Roumanie) et Ferenc Deak (29 buts en 20 matches), l'Ecossais Hughie Gallagher (23 buts en 20 matches), le Néerlandais Bep Bakhuys (28 buts en 23 matches) et l'Argentin Herminio Masantonio (21 buts en 19 matches).

D'autres attaquants peuvent se targuer d'avoir marqué plus d'un but par match, mais sur des périodes moins significatives. On trouve dans ce groupe de joueurs l'Anglais George Camsell (2 buts par match), l'Espagnol Isidoro Langara (1,42) et le Français Eugène Maes (1,36). Néanmoins, rares sont ceux à avoir franchi la barre des 20 sélections en conservant une telle moyenne.

"C'est un exploit remarquable", conclut un autre grand nom du football hongrois, Gusztav Sebes. "Quelques-uns des plus grands attaquants de tous les temps comme Sarosi, Pelé ou Puskas ont tenté de maintenir de telles moyennes et n'y sont pas parvenus."

Joueurs avec plus de buts que de capes :
Sandor Kocsis, Hongrie - 75 buts en 68 matches (ratio 1.10)
Gerd Müller, R.F.A. - 68/62 (1.10)
Poul Nielsen, Danemark - 52/38 (1.37)
Sven Rydell, Suède - 49/43 (1.14)
Gunnar Nordahl, Suède - 43/33 (1.30)
Ernest Wilimowski, Pologn et R.F.A. - 34/30 (1.13)
Just Fontaine, France - 30/21 (1.43)
Ferenc Denk, Hongrie - 29/20 (1.45)
Vivian Woodward, Angleterre - 29/23 (1.26)
Bep Bakhuys, Pays-Bas- 28/23 (1.22)
Steve Bloomer, Angleterre - 28/24 (1.17)
Istvan Avar, Rpumanie et Hongrie - 27/23 (1.17)
Hughie Gallagher, Ecosse - 23/20 (1.15)
Leonidas da Silva, Brésil - 21/19 (1.11)
Herminio Masantonio, Argentine - 21/19 (1.11)

Joueurs les plus proches de ce ratio :
Ferenc Puskas, Hongrie et Espagne - 84 buts en 89 matches (ratio 0.94)
Kunishige Kamamoto, Japon - 55/61 (0.90)
Pauli Jorgensen, Danemark - 44/47 (0.94)
Faas Wilkes, Pays-Bas- 35/38 (0.92)
Nat Lofthouse, Angleterre - 30/33 (0.91)
Juan Ulloa, Costa Rica - 27/27 (1.00)
Edmund Conen, R.F.A. - 27/28 (0.96)
Anton Schall, Autriche - 27/28 (0.96)
Luis Artime, Argentine - 24/25 (0.96)
Richard Hoffman, R.F.A. - 24/25 (0.96)
Stan Mortensen, Angleterre- 23/25 (0.92)
Tommy Lawton, Angleterre- 22/23 (0.96)
Zarra, Espagne - 20/20 (1.00)

Meilleurs buteurs en sélection :
Ali Daei, Iran - 109 buts in 149 matches (0.73)
Ferenc Puskas, Hongrie et Espagne - 84/89 (0.94)
Pele, Brésil - 77/91 (0.85)
Sandor Kocsis, Hongrie - 75/68 (1.10)
Bashar Abdullah, Koweït - 75/134 (0.56)
Hossam Hassan, Egypte - 69/169 (0.41)
Gerd Muller, R.F.A. - 68/62 (1.10)

* Ce classement ne tient compte que des joueurs qui ne sont plus en activité