L'année 2006 gardera une place à part dans la vie de Horacio Elizondo. Ce professeur d'éducation physique argentin est entré dans les annales de l'arbitrage en dirigeant le match d'ouverture et la finale de la Coupe du Monde de la FIFA 2006.

Mais ce n'est pas tout. En Allemagne, ce féru de composition poétique âgé de 43 ans a établi un autre record, celui du nombre de rencontres arbitrées dans la même édition. Avec cinq prestations, l'Argentin côtoie son collègue mexicain Benito Archundia. Cette rutilante carte de visite lui a valu la reconnaissance de la famille du football. Ce n'est pas pour rien qu'il a été désigné pour arbitrer la finale de la dernière Copa Libertadores.

Début décembre, pour clôturer cette saison inoubliable, Elizondo a annoncé qu'il rangeait définitivement le sifflet. Quelques semaines plus tard, il accordait cet entretien exclusif à FIFA.com.

Mon année 2006 : Horacio Elizondo
"2006 n'a pas été une année comme les autres pour moi. Elle a été celle de la concrétisation, l'aboutissement d'une démarche marquée par l'effort et le dévouement. Beaucoup doivent penser que le moment le plus important de ma carrière a été la finale de la Coupe du Monde, mais ce n'est pas vrai. Le plus important, et le plus difficile, a été celui de prendre ma retraite.

Il n'est jamais facile de réaliser qu'après avoir atteint tous les objectifs dont on rêvait, on n'a plus rien à conquérir. Je ne voulais pas prendre la place d'un autre arbitre qui aurait été plus motivé et aurait eu plus de ressources, ni m'en aller sur des échecs. C'est mieux de faire comme ça, de partir sur des réussites.

La Coupe du Monde a été très importante pour moi, même si mes assistants Darío (García) et Rodolfo (Otero) y sont pour beaucoup. C'est moi qui récolte la plupart des signes de reconnaissance, mais c'est un peu injuste. Ils ont été une source d'inspiration sur le terrain. Nous avons réussi à travailler en équipe, ainsi qu'avec tous les arbitres de la compétition. La solidarité, le respect mutuel et la parfaite cohabitation qui ont marqué notre expérience là-bas sont les illustrations du concept de fair-play.

Pour ce qui est du jeu, même s'il n'a pas été aussi performant que prévu dans une compétition de cette ampleur, j'ai encore été enchanté par  Ronaldinho . Sinon, l'Italien  Fabio Cannavaro  a été celui qui a le plus attiré mon attention. Pas seulement par ses qualités de footballeur, mais aussi par sa prédisposition à prendre plaisir. Il est toujours de bonne humeur, souriant, rafraîchissant ; tout ça le rend encore plus performant. Je ne suis pas surpris qu'il ait été élu Joueur Mondial de la FIFA.

La compétition allemande m'a marqué pour d'autres raisons. Par exemple, j'ai été impressionné par les répercussions de mon travail. De mon retour en Argentine, où j'ai été accueilli par une foule de gens à l'aéroport, à ma réception par le Président (Néstor Kirchner), en passant par les applaudissements sur les terrains. Au début, j'étais gêné, je ne savais pas comment renvoyer l'ascenseur. Mais ensuite, je me suis libéré et je suis arrivé à apprécier tout ça. Encore aujourd'hui, on m'arrête dans la rue pour me féliciter et saluer ma décision de prendre ma retraite !

En tout cas, maintenant, je vais devoir négocier une nouvelle année, une nouvelle étape. Je vais devoir prendre du recul et cesser de raisonner comme un arbitre. J'entame un nouveau cycle de ma vie, il me reste beaucoup de choses à faire. Je ne sais pas encore précisément ce que je vais faire sur le plan professionnel, mais je sais sur quels piliers je vais m'appuyer sur le plan humain. Je vais en profiter pour retrouver mes racines et mes amis, après cette vie trépidante, remplie d'engagements. Je viens tout juste de poser à nouveau les pieds sur terre. J'espère retrouver tous ces moments qui me comblent de bonheur.

J'espère que l'année 2007 sera encore meilleure pour notre football. Pour cela, il faudra absolument que chacun assume ses responsabilités. Il faut travailler davantage, être plus professionnel et plus exigeant envers soi-même, comme je l'ai fait pendant ma carrière d'arbitre. Pour que les changements fonctionnent réellement, il faut d'abord les appliquer à soi-même, c'est essentiel. Si toutes les parties prenantes adoptent cette ligne de conduite, le football n'en sera que meilleur."