C'est un "taulier" de l'équipe de France Espoirs mais il reste confiné au banc de touche du Paris SG depuis deux ans, où il peine à éclore: à 20 ans, Younousse Sankharé vit ce paradoxe sans alarme ni impatience, mais au contraire avec le recul digne d'un vieux briscard.
Si le sélectionneur des Bleuets, Erick Mombaerts, privilégie les titulaires dans leurs clubs, fût-ce en Ligue 2, le Parisien, qui n'a joué qu'un quart d'heure cette saison en L1, reste un de ses cadres depuis les débuts de la génération 88-89, au Danemark fin 2008. Une victoire française 1-0, un but de Sankharé quelques minutes après son entrée en jeu.
"J'ai eu ma chance en sélection, dit-il à l'AFP. Ma situation en club n'est pas frustrante: les joueurs n'arrivent pas à maturité en même temps, et peut-être que je ne suis pas assez mature". Le discours tranche avec l'habituel empressement des jeunes pros prompts à se plaindre de leur faible temps de jeu.
Il y a un fossé avec la génération 87 (Benzema, Ben Arfa, Nasri, Rémy...): "C'était une autre catégorie, avoue-t-il. A notre âge, ils étaient déjà surexposés médiatiquement. Nous, à part peut-être Capoue, Sakho et Sissoko, on l'est beaucoup moins, ça nous permet de progresser tranquillement".
Sage en paroles, Sankharé se montre appliqué sur un terrain. Trop? Son jeu manque de folie, de prise de risque au milieu de terrain. Il est loin, son elastico (dribble extérieur-intérieur du pied gauche) réussi contre Valence lors de l'Emirates Cup à l'été 2007, un geste technique qui l'avait fait sortir de l'anonymat.
"C'est une question de rythme, explique-t-il posément. J'avais beaucoup joué, j'étais bien physiquement et moralement. Quand on a moins de temps de jeu, on peut moins se le permettre. Aujourd'hui, ce genre de geste n'est pas d'actualité. C'est plutôt contrôle-passe".
Le modèle Vieira
Formé comme milieu défensif, Sankharé aimerait se fixer à ce poste. Au PSG, il est plutôt utilisé à gauche, et chez les Bleuets il lui est même arrivé de jouer en meneur de jeu. Actif à la récupération, il a aussi les capacités pour se projeter vers l'avant. Ca ne vous rappelle personne?
"Mon modèle de toujours, c'est Patrick Vieira, même si aujourd'hui il n'est pas à son niveau, confie-t-il. Je voulais qu'il vienne à Paris, ça aurait peut-être freiné notre temps de jeu, mais on aurait beaucoup appris avec lui. Comme avec Makelele: on l'observe beaucoup, c'est un pro en tout, dans les moindres détails".
Il a les mêmes origines sénégalaises que Vieira et le même attachement au maillot bleu, "un accomplissement sur le plan personnel, une sensation qu'on ne peut pas expliquer. C'est une fierté pour mes parents". Et pas de risque que la sélection du Sénégal lui fasse les yeux doux: il n'a pas la double nationalité.
Contrairement à Mamadou Sakho, coéquipier au PSG et chez les Bleus auquel il est intimement lié. "Ce n'est pas un copain, c'est un frère, avance même Sankharé. On se voit en dehors du terrain, on rend visite à la mère de l'autre".
Sakho dit de son camarade qu'il "donne l'impression d'être arrogant ou froid, alors qu'il est adorable. Et bourré de talent". C'est aussi ce qu'on dit du côté du PSG, où l'on précise que Sankharé se pose beaucoup de questions. De quoi freiner sa progression ou mieux la maîtriser?
